DES SUPERSTITIONS. iit
V. Ils s’imaginent avoir 1 *excuse du monde la pluslégitimé, en disant : Nous avons été obligez d'avoirrecours aux Hnchantemens , aux Préservatifs, aux Li-gatures , aux Billets , aux Caractères, aux Ceintures,aux Anneaux , aux Talismans, aux paroles & aux O-raisons superstitieuses , parce que fans cela nous eussionsété très-long-tems , & très-dangereusement malades,nous fustions demeurez perclus de la moitié de nous-mêmes, nous euíïions été estropiez toute nôtre vie, nousfussions morts.
point , dit admirablement„ d’avancer une vérité4, ble.
Mais qui les à assurez que les remedes superstitieuxles ont guéris Lc leur ont sauvé la vie ? Je ne craindrai
. . S. Jean Chrysostome (a) ,
qui paroîtra peut-être incroya-C'est que quand même les Enchanteurs gueri-3, roient véritablement les maladies , il vaudroit mieux„ mourir que de chercher fa guérison en implorant les, secours de ces ennemis de Dieu. Car que sert de3 , guérir le corps , si on laisse mourir l’ame ? Et quel35 avantage y a-1’il de recevoir un peu de consolation3, en ce monde pour être ensuite précipité dans les flà-3, mes eternelles ” ? N’tst-ce pas-là ce que le Fils deDieu nous enseigne par ces mots de l’Evangile J) ?3, Si vôtre main ou vôtre pied vous est un sujet de„ scandale & de cheute, coupez-les & jettez-les loin3, de vous. II vaut bien mieux pour vous que vous33 entriez dans la vie n’ayant qu’un pied , ou qu’une3, main , que d’avoir deux pieds & deux mains & d’ê-3, tre précipité dans le feu eternel. Et si vôtre œil3, vous est un sujet de scandale & de cheute, arrachez-33 le & jettez-le loin de vous. II vaut bien mieux pourvous que vous entriez dans la vie , n’ayant qu’un„ œil 3 que d’avoir deux yeux, & d’étre précipité dans5, le feu de l’enfer ”. N’est-ce pas-là aussi ce qui obli-gea S. Bernard d’éloigner de foi en criant, & de chas-ser avec un grand mouvement d’indignation , une fem-me qui usoit d’enchantemens, & qu’on lui amena pourle guérir d’une grande douleur de tête qui le travailloit :ainsi que le raporte Guillaume , Abbé de S. Thierryde Reims (c)?
Sachez, mes Freres , avant tontes choses , (dit S. Au-gustin dans le Sermon des Augures (d)) „ Que le De-ì, mon ne peut causer le moindre dommage, ni à vous 33, ni à ceux qui vous appartiennent, ni à vos bestiaux,3, ni à quoi que ce soit que vous ayez , si Dieu neà, lui en donne la permission. Car il ne pût nuire à3, Job qu’après que Dieu le lui eût permis ; Et notis3, lisons dans f Evangile qu’après que les Diables eu-3, rent été chassez des corps de ceux qu’ilspossedoient,3, ils demandèrent au Fils de Dieu qu’il leur permît3, d entrer dans le corps des pourceaux. S’ils n’oserent33 Y entrer sans cette permission , qui de vous aura as-sez peu de soi pour croire qu’ils puissent nuire auxbons Chrétiens, si Dieu ne.leiir permet de le faire?,, Or Dieu le permet quelquefois pour deux raisons-„ ou pour nous éprouver , si nous sommes justes, ou„ pour nous corriger, si nous sommes pécheurs. Ceux3, qui souffrent patiemment ce qui leur arrive de la3, part de Dieu, & qui disent, lorsqu’ils ont perdu quel-33 sine enose^, Dieu me l’avoir donné , Dieu me l’á3, ote , il n en eit arrivé que ce qui lui a pieu , que3, son nom soit béni ; leur patience est récompensée 333 s’ils sont justes, ou leurs pechez leur’sont pardon-,3 nez , s’ils sont pécheurs. Prenez bien garde à cela,„ mes freres. Parce que le Diable ayant dépouillé Job„ de tous ses biens, ce saint homme ne dit pas , le3, Seigneur me les a donnez , le Diable me les a ôtez :3 1 Mais , Le Seigneur me les a a donnez , le Seigneur
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perstîtio enim verte pietatis saisi semper fuit imitatrix. Non erìimpossent-truces illi lupi simpliciores fellere, nisi sub Chrifti nommetegerent rabiem bestialem, C. 4. Decret 8.
(») Homil. 6 . advers. judacos.
W Matth. 18.
(r) L. 1. vit* S, Bernard, c. a- , ; , . ,, ■
(d) 341. de tempore. 8. Bonìface , Archevêque de ay ,Vattribuë à Saint Augustin, Ep. ad Zachar. Rom. Pontu:. cap. 0.
3, me les a ôtez. Il ne voulut pas donner cette gloire,5 au Diable , que de dire qu’il pouvoit les lui ôter3, fans la permission de Dieu. Si cet ennemi de nôtrez, salut ne pouvoit lui faire du mal ni en sa personne,3, ni en celle de ses enfant, ni en ses chameaux, ni eií« ses ânes , à moins que Dieu ne lui en eût donné la3, permission , y-a-t il lieu de croire qu’il puisse faire3, plus de mal aux Chrétiens qu’il ne plaira à Dieu„ qu’il leur en faste. C’est pourquoi étánt bien per-3, fuadez que nous ne pouvons perdre que ce que Dieu,5 veut que nous perdions, abandonnons nous entieré-33 ment à fa miséricorde , & après avoir rejette les ob-3, servances facrileges, mettons en lui toute nôtre con-„ fiancé.
Aíais vous me direz, peut-être , c’est encore S. JeârtChrysostome qui parle de la sorte se) , ,, Laisserai-je33 donc mourir mon enfant ? Et moi je vous dis que33 si vôtre enfant ne vit que par cet artifice criminel j,, íà vie est une véritable mort, & qu’au contraire vous„ le ferez vivre en le faisant mourir, plutôt que de con-5, server íà vie par ce moyen. Dites-moi je vous prié,,5 si quelqu’un vous diioit : Portez-le dans un des3, Temples où l’on adore les Idoles , & je vous assure,, qu’il vivra , le feriez-vous ? Vous me répondre^5, fans doute que vous ne l’y porteriez pas , Sc d’ou3, vient que vous isoleriez l’y porter ? Vous me repli-„ querez infailliblement , que c’est parce que vous fe-5, riez contraint d’y commettre une idolâtrie , & que5, ce n’est pas ici la même chose , parce qu’il ne s’agic„ que de charmes & d’enchantemens. Voilà certes une3, pensée de Sathan ; voilà une invention diabolique ,„ de cacher ainsi la fourberie & de prefenter du miel„ dans un breuvage empoisonné. Le Diable s’étant áp-„ perçu qu’il ne gagnoit rien fur vous en vous portant,, directement à l’idolatrié, a pris un autre chemin pour3, VOUS seduire , & vous a persuadé d’avoir recours à5, ces choses que vous attachez à vôtre coû , & d’é-„ coûter ces contes de vieilles. Ainsi la Croix est des-5, honorée , & les caractères magiques fout reçus avec,, respect. On chasse honteusement Jesus-Christ , &3, on fait entrer en fa place une vieille radoteuse qui5, est actuellement yvre. On foule aux pieds le my-5, stere de nôtre salut, & la fourberie du Diable est„ triomphante. Peut-être me demanderez-vous : pour-,, quoi donc^Dieu ne punit-il pas ceux qui en usents, ainsi ? C’est que comme il voir qu’après les avoir5, souvent punis, il ne les a pas persuadez, ilvousaban-„ donne à vôtre erreur , comme íâint Paul dit des Pa-,3 yens, Ou’il les a livrez, au fins réprouvé.
33 Le Roi David , dit ce même Pere (f) » ainioit sorti> petit-fiîs, qui étoit fort malade. II se couvrit ds3, sac & de cendres , mais il ne fit venir dans son Pà-,, lais ni Devins ni Enchanteurs, quoi qu’il y en eût,, pour lors, ainsi que nous l’aprenons de l’Histoire dej, Saul : il offrir seulement à Dieu ses prières. Quel-" que amitié que vous ayez pour vôtre fils 3 elle n’é-òì galera jamais celle que ce Prince avoit pour le sien." paralytique qui demeura 38 ans dans son lit, se« saisoit porter tous les ans à la piscine probátique , &3, tous les áns il étoit repoussé fans pouvoir obtenir lás, íàntéi Mais il n’eut recours pour cela , ni aux De-33 vins, ni aux Enchanteurs, ni à ceux qui promettent,j de guérir les malades par des ligatures. Il n’attendit,, que le secours du Ciel, Sc ce fut-là Tunique moyen,, par lequel il reçut la santé d’une maniéré admirable &3, inouie* Le Lazare ne fut pas feulement 38 ans à„ combattre la faim , la maladie Sc les ennuis ; mais il„ les combattit toute fa vie. Sc il mourut en cet étatà, à la porte du mauvaîs-riche , où il demeura baffoué,3, moqué, famélique &‘abandonné aux chiens. Son,, corps étoit tellement affoibli , qu’il ne pouvoit pas„ même chasser les chiens qui sc jettoient fur lui, Si
W Nornii 8. in E p. ad ColoiT.
VJ ) Homil, 2,0. in Ep. ad Coloff. Homil, f- advers. Judseos.
Ee z.