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Le Sénateur s’étoit autorisé de la tolérance de cettepratique, & du silence des Evêques fur ce point jusqu’a-lors. A quoi l’on répond qu’on ne fait pas cesser tousles désordres en même tems, comme la médecine ne gué-rit pas en un moment toutes les maladies (a). On ré-pond en second lieu que les Evêques ses prédécesseursrendroient chacun raison a Dieu de leur conduite ; qu’ilsavoient peut-être fait des efforts pour fuprimer ces prati-ques , & qu’ils avoient peut-être auffi trouvé de fortesoppositions auprès des Puissances temporelles ; puisqu’enson tems on s’opposoit encore par des efforts si déraison-nables. .
Tout cela nous montre la difficulté qu’il y a de fairecesser les superstitions ; qu’il n’en est presque pointqui ne trouvent des défenseurs, tels que ceux quis’imaginoient que quelques petits coups de peau dechèvre, donnez à quelques femmes grosses, pouvoientnon seulement être utiles à ces femmes, mais encorerendre toutes les autres femmes fécondes , & toutesles terres de la campagne fertiles.
On a cru auffi que les maux dont les habitans d’u-ne Ville étoient menacez , ou affligez , pouvoient setransporter à une seule personne, ou à un animal. L’His-toire Grecque fournit beaucoup de faits touchant lesVilles, où l’on donnoit des malédictions â un hom-me , pour lui faire porter tous les maux que le Peu-ple avoit méritez. Valere Maxime (b) rapporte l’e-xemple d’un jeune Chevalier Romain, nommé M. Cur-tius , qui voulut attirer fur lui-même tous les mal-heurs , dont Rome étoit menacée. La terre s’étoit"épouvantablement entr’ouverte au milieu du marché,& l’on crut qu’elle ne reprendroit son premier état,que lorsqu’on verroit quelque action de valeur extra-ordinaire. Le jeune Chevalier monte à cheval, fait letour de la Ville à toute bride, & se jette dans le pré-cipice , que l’ouverture de la terre avoit produit, &qu’on vit fermer ensuite presque en un moment. L’onvoit dans Servius fur Virgile , qu’à Marseille , dèsqu’on appercevoit quelque commencement de peste,on nouriííbit un pauvre homme des meilleurs alimensdurant une année, qu’on le faisoit promener par tou-te la Ville, en le chargeant hautement de malédictions,& qu’on le chassoit ensuite, afin que la peste & tousles maux sortissent avec lui.
II n’est pas surprenant qu’on trouve dans le Paganis-me des imitations de la cérémonie du Bouc Emissaire,que le Grand-Prêtre (c) envoyoit au désert, après sa-voir chargé des péchez de tous les Israélites. On faitque le Démon est le singe de Dieu, & qu’il donne sou-vent à la superstition les dehors de la Religion véritable.Mais il est étrange que des Philosophes entreprennent deprouver , qu’on peut guérir des maladies en les faisantpasser à d’autres hommes, à des bêtes, ou même à desarbres; qu’on ose expliquer physiquement les effets vraisou faux de ces pratiques si évidemment superstitieuses ;& qu’on ne craigne pas de faire des systèmes pour expli-quer la transplantation des maladies. En quoi ils sontbeaucoup moins raisonnables, que ne f étoient les Mar-seillois Payens.
Je ne lais si quelques personnes ne penseront’point qu’onvoit encore à Marseille, des restes ou quelque imitationde ce que le Paganisme y avoit introduit autrefois; àcause que la veille & le jour de la Fête Dieu, on pro-mène par la Ville au son des flûtes, des musettes, &destimbales , un Bœuf orné de rubans & de colifichets ;mais cette cérémonie n’est pas assez ancienne, pour avoirsuccédé au Paganisme. M. de Ruffi dans son Histoirede Marseille, rapporte un Acte en Provençal du quator-
( a ) Multa sunt qu* à sirïgulis Pontifícibus diveríb tempore su-blata sunt noxia vel abjecta. Non enim simul omnes in corporecurât medecina languores. Col. 1139.
(b) L. s. de pietate erga Patr.
(c) Offerat hircum viventem, 8c positá utrâque manu super ca-put ejus, connteatur omnes iniquitates Filiorum Israël, &univer-íà delicta atque peccata eorum ; qu* imprecans capiti ejus, emit-tet illum per hominem paratum, in descrtum. Levitic. tap, 17, v.aï.
C R I T I Q. U E
ziémè siécle, où l’on voit que ce Bœuf tire son origi-ne d’une délibération des Associez à la Confrairie duS. Sacrement , qui voulant régaler les pauvres, & &régaler eux-mêmes, résolurent d’acheter un Bœuf, Sctrouvèrent à propos d’en avertir le peuple, en le íaisa^promener par la Ville. Ainsi sonne peut, ce semble*blâmer cette cérémonie, qu’à cause que de vieilles fem-mes s’avisent de faire baiser ce Bœuf aux petits enfans,& que diverses personnes peu instruites s’empressent pouíavoir de la chair de ce Bœuf, dès qu’on le tue le len-demain de la Fête-Dieu.
M. Marchety a tâché de spiritualiser cette cérémo-nie , & son dit qu’il a fait plaisir aux Marseillois st 5concitoyens. Je crois néanmoins que le Peuple de Mar-seille n’est pas si attaché à la cérémonie du Boeuf, qu’ilne se console aisément, quand il plaira à M. sEvêquede défendre qu’on le méne à une procession auffi augusteque celle du S. Sacrement. Quoi qu’il en soit, on a soind’instruire le Peuple que ce Bœuf ne guérit de rien.
Les Chrétiens d’Orient n’étoient pas autrefois si bieninstruits, ou ils n’étoient pas si dociles , car on prome-noir de Ville en Ville des ours ornez de petits morceauxd’étoffe de diverses couleurs, & malgré les défenses del’Eglise , on distribuoit des brins ou filets de ces piècesteintes avec un peu de poil de la bête , comme un mer-veilleux préservatif contre les maladies. Les femmes nemanquoient pas de donner de l’argent pour en avoir, SCpar dessus le marché on faisoit toucher à leurs enfans lederrière de la bête , pour les préserver de tous mauxíainsi que le dit Zonare , fur le soixante & unième Ca-non in Tntllo. Cè Canon dressé fan 601. défend cessortes de pratiques, sous peine d’être chassé de l’Eglssedurant six ans ; & de tems en tems il salut renouvellesla défense, suivant la remarque de Balsamon & de Zo-nare.
S. Charles renouvella auffi la défense contre les Amu-lettes ou préservatifs qu’on introduisit à Milan, poufse préserver de la peste, dont cette Ville fut si fort af-fligée. „ Ce saint Archevêque apprenant, dit ( d) l'A*'„ teur de sa Vie , qu’on avoit répandu parmi le peupla,, quantité de billets & de caractères , en forme -de m e ',, dailles , que l’on disoit être bons pour préserver dU,, mal, il publia incontinent une défense de s’en servis„ comme étant des choses superstitieuses & condamnée,, par l’Eglife , faisant voir combien c’étoit un grand,, péché que de mettre sa confiance en de semblables ba-„ gatelles ; & par ce moyen il prévint le mal, Sc il 1 ?.„ déracina dès son commencement.
CHAPITRE IV.
‘Des pratiques superstitieuses qui ont été pu-bliquement autorisées , pour chasser les biptes , pour avoir de la pluye , pour les pt e "server de la rage , par les clefs de fat^‘Pierre , & par celles de S. Hubert.
N Ous avons vu au Chapitre précédent l’abus
plusieurs Juifs faifoient des Exorcismes, pour g uC 'rir les maladies. On a auffi abusé dans la fuite des Ex° f ''cismes que l’Eglise employé, en faisant l’Eau benisfjou en d’autres cérémonies. L’Eglise ne prétend pasen cela un Sacrement ; elle invoque seulement le fee otlde Dieu pour préserver le peuple Chrétien desque le Démon pourroit lui faire; toujours avec f° u f I ? , Lsion aux ordres de Dieu , n'attendant l’cffet des P r ‘ ies ^Sc des Exorcismes, qu’autant qu’il peut être utile a°âmes, plutôt qu’aux corps des Chrétiens. ç e
Mais des personnes qui auroient dû être instruites »font imaginé que les Exorcismes & les Excommû 0 , 1tions, que les Ecclésiastiques empirent , devo 1 ^,
(J) L 1 4. ch. 4. p. z;8°