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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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i 7 8 histoire

Le Sénateur sétoit autorisé de la tolérance de cettepratique, & du silence des Evêques fur ce point jusqua-lors. A quoi lon répond quon ne fait pas cesser tousles désordres en même tems, comme la médecine ne gué-rit pas en un moment toutes les maladies (a). On ré-pond en second lieu que les Evêques ses prédécesseursrendroient chacun raison a Dieu de leur conduite ; quilsavoient peut-être fait des efforts pour fuprimer ces prati-ques , & quils avoient peut-être auffi trouvé de fortesoppositions auprès des Puissances temporelles ; puisquenson tems on sopposoit encore par des efforts si déraison-nables. .

Tout cela nous montre la difficulté quil y a de fairecesser les superstitions ; quil nen est presque pointqui ne trouvent des défenseurs, tels que ceux quisimaginoient que quelques petits coups de peau dechèvre, donnez à quelques femmes grosses, pouvoientnon seulement être utiles à ces femmes, mais encorerendre toutes les autres femmes fécondes , & toutesles terres de la campagne fertiles.

On a cru auffi que les maux dont les habitans du-ne Ville étoient menacez , ou affligez , pouvoient setransporter à une seule personne, ou à un animal. LHis-toire Grecque fournit beaucoup de faits touchant lesVilles, lon donnoit des malédictions â un hom-me , pour lui faire porter tous les maux que le Peu-ple avoit méritez. Valere Maxime (b) rapporte le-xemple dun jeune Chevalier Romain, nommé M. Cur-tius , qui voulut attirer fur lui-même tous les mal-heurs , dont Rome étoit menacée. La terre sétoit"épouvantablement entrouverte au milieu du marché,& lon crut quelle ne reprendroit son premier état,que lorsquon verroit quelque action de valeur extra-ordinaire. Le jeune Chevalier monte à cheval, fait letour de la Ville à toute bride, & se jette dans le pré-cipice , que louverture de la terre avoit produit, &quon vit fermer ensuite presque en un moment. Lonvoit dans Servius fur Virgile , quà Marseille , dèsquon appercevoit quelque commencement de peste,on nouriííbit un pauvre homme des meilleurs alimensdurant une année, quon le faisoit promener par tou-te la Ville, en le chargeant hautement de malédictions,& quon le chassoit ensuite, afin que la peste & tousles maux sortissent avec lui.

II nest pas surprenant quon trouve dans le Paganis-me des imitations de la cérémonie du Bouc Emissaire,que le Grand-Prêtre (c) envoyoit au désert, après sa-voir chargé des péchez de tous les Israélites. On faitque le Démon est le singe de Dieu, & quil donne sou-vent à la superstition les dehors de la Religion véritable.Mais il est étrange que des Philosophes entreprennent deprouver , quon peut guérir des maladies en les faisantpasser à dautres hommes, à des bêtes, ou même à desarbres; quon ose expliquer physiquement les effets vraisou faux de ces pratiques si évidemment superstitieuses ;& quon ne craigne pas de faire des systèmes pour expli-quer la transplantation des maladies. En quoi ils sontbeaucoup moins raisonnables, que ne f étoient les Mar-seillois Payens.

Je ne lais si quelques personnes ne penserontpoint quonvoit encore à Marseille, des restes ou quelque imitationde ce que le Paganisme y avoit introduit autrefois; àcause que la veille & le jour de la Fête Dieu, on pro-mène par la Ville au son des flûtes, des musettes, &destimbales , un Bœuf orné de rubans & de colifichets ;mais cette cérémonie nest pas assez ancienne, pour avoirsuccédé au Paganisme. M. de Ruffi dans son Histoirede Marseille, rapporte un Acte en Provençal du quator-

( a ) Multa sunt qu* à sirïgulis Pontifícibus diveríb tempore su-blata sunt noxia vel abjecta. Non enim simul omnes in corporecurât medecina languores. Col. 1139.

(b) L. s. de pietate erga Patr.

(c) Offerat hircum viventem, 8c positá utrâque manu super ca-put ejus, connteatur omnes iniquitates Filiorum Israël, &univer-íà delicta atque peccata eorum ; qu* imprecans capiti ejus, emit-tet illum per hominem paratum, in descrtum. Levitic. tap, 17, v..

C R I T I Q. U E

ziémè siécle, lon voit que ce Bœuf tire son origi-ne dune délibération des Associez à la Confrairie duS. Sacrement , qui voulant régaler les pauvres, & &régaler eux-mêmes, résolurent dacheter un Bœuf, Sctrouvèrent à propos den avertir le peuple, en le íaisa^promener par la Ville. Ainsi sonne peut, ce semble*blâmer cette cérémonie, quà cause que de vieilles fem-mes savisent de faire baiser ce Bœuf aux petits enfans,& que diverses personnes peu instruites sempressent pouíavoir de la chair de ce Bœuf, dès quon le tue le len-demain de la Fête-Dieu.

M. Marchety a tâché de spiritualiser cette cérémo-nie , & son dit quil a fait plaisir aux Marseillois st 5concitoyens. Je crois néanmoins que le Peuple de Mar-seille nest pas si attaché à la cérémonie du Boeuf, quilne se console aisément, quand il plaira à M. sEvêquede défendre quon le méne à une procession auffi augusteque celle du S. Sacrement. Quoi quil en soit, on a soindinstruire le Peuple que ce Bœuf ne guérit de rien.

Les Chrétiens dOrient nétoient pas autrefois si bieninstruits, ou ils nétoient pas si dociles , car on prome-noir de Ville en Ville des ours ornez de petits morceauxdétoffe de diverses couleurs, & malgré les défenses delEglise , on distribuoit des brins ou filets de ces piècesteintes avec un peu de poil de la bête , comme un mer-veilleux préservatif contre les maladies. Les femmes nemanquoient pas de donner de largent pour en avoir, SCpar dessus le marché on faisoit toucher à leurs enfans lederrière de la bête , pour les préserver de tous mauxíainsi que le dit Zonare , fur le soixante & unième Ca-non in Tntllo. Canon dressé fan 601. défend cessortes de pratiques, sous peine dêtre chassé de lEglssedurant six ans ; & de tems en tems il salut renouvellesla défense, suivant la remarque de Balsamon & de Zo-nare.

S. Charles renouvella auffi la défense contre les Amu-lettes ou préservatifs quon introduisit à Milan, poufse préserver de la peste, dont cette Ville fut si fort af-fligée. Ce saint Archevêque apprenant, dit ( d) l'A*' teur de sa Vie , quon avoit répandu parmi le peupla,, quantité de billets & de caractères , en forme -de m e ',, dailles , que lon disoit être bons pour préserver dU,, mal, il publia incontinent une défense de sen servis comme étant des choses superstitieuses & condamnée,, par lEglife , faisant voir combien cétoit un grand,, péché que de mettre sa confiance en de semblables ba- gatelles ; & par ce moyen il prévint le mal, Sc il 1 ?. déracina dès son commencement.

CHAPITRE IV.

Des pratiques superstitieuses qui ont été pu-bliquement autorisées , pour chasser les biptes , pour avoir de la pluye , pour les pt e "server de la rage , par les clefs de fat^Pierre , & par celles de S. Hubert.

N Ous avons vu au Chapitre précédent labus

plusieurs Juifs faifoient des Exorcismes, pour g uC 'rir les maladies. On a auffi abusé dans la fuite des Ex° f ''cismes que lEglise employé, en faisant lEau benisfjou en dautres cérémonies. LEglise ne prétend pasen cela un Sacrement ; elle invoque seulement le fee otlde Dieu pour préserver le peuple Chrétien desque le Démon pourroit lui faire; toujours avec f° u f I ? , Lsion aux ordres de Dieu , n'attendant lcffet des P r ies ^Sc des Exorcismes, quautant quil peut être utile a°âmes, plutôt quaux corps des Chrétiens. ç e

Mais des personnes qui auroient être instruites »font imaginé que les Exorcismes & les Excommû 0 , 1tions, que les Ecclésiastiques empirent , devo 1 ^,

(J) L 1 4. ch. 4. p. z;8°