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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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«ji HISTOIRE

y, nit pas toujours par des châtimens visibles les déré- glemens des hommes, mais les attendant à pénitence avec une patience infinie , il diffère ordinairement de les châtier jusquaprès leur mort. Sil ny avoit que ceux qui sapprochent dignement des Sacremens qui sussent préservez de la rage , & si tous ceux qui en3> abusent même sans le savoir mouraient dans la rage, cela auroit de grands inconvénient Les premiers se-

roient tentez d'une présomption dangereuse , & les seconds mourroient dans le désespoir. On ne veut,, point pourtant assurer quil narrive jamais que quel- quun meure dans la rage , en punition des confes- fions & communions indignes quil auroit faites.,, Car si un défaut de foi, ou une obmiffion volon-,9 taire de quelquune des observances, accompagnée de,, quelque mépris, peut empêcher la guérison, suivant ce qui a été dit , combien davantage la profanation que quelquun feroit des Sacremens ? II est tems que nous disions quelque chose touchant le répit,,, dont il est parlé dans larticle dixième.

On ne peut pas , dit-on , reconnoitre un privilé-,, ge miraculeux , tel quest celui-ci dans les impies, fans en avoir de très grandes raisons. Or on accor- de ce pouvoir de donner répit à toutes fortes de per- sonnes qui ont été taillées, & cela fans en avoir de bonnes raisons, au moins quon sache.

,, R. Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit, touchant lorigine de la neuvaine. Il est à présumer, comme nous avons dit, que ceux qui en ont dressé les articles, lont fait par linstinct de lesprit de Dieu. Après en avoir réglé les neuf premiers , il fallut son- ger aux moyens de pourvoir aux besoins de ceux qui ne íè trouveroient pas en état de se transporter inces- famment à Saint Hubert, ou qui ne pourraient pasj, actuellement pratiquer cette observance. Tels que sont les enfans, qui nont pas atteint lâge compétant pour communier. Tous ceux qui fe trouvent dans,, quelquun des cas pour lesquels , selon les régies de3 , lEglife, il faut refuser ou différer labsolution. Ceux qui sont trop éloignez pour se rendre ici aussitôt quils le devraient ; ou qui ne le peuvent à cause deS , quelque maladie ou infirmité, ou autre empêchement considérable. Il fut donc résolu quon accorderait dans tous ces cas un certain terme â ces fortes de personnes, par une humble confiance dans les méri- tes du grand Saint Hubert. 11 fallut désigner en- me tems les personnes qui pourraient accorder ce- lai, & on nen pouvoit désigner dautres plus raison- nablement que les Religeux de cette maison, & ceux dont il est parlé dans larticle. On ne pouvoit res- traindre le pouvoir daccorder le répit aux seuls Re- ligieux ou autres personnes de ce Monastère , com-,, me il est clair, puisquil n'aurait servi quà ceux du,, voisinage. On y ajoute donc ceux qui auraient été taillez, & dont il sèroit facile de rencontrer quelquun>, dans tous les endroits , ou le grand saint Hubert-,, roit connu. Une infinité de merveilles ont fait voir,, jusquici quon ne sest pas trompé dans la confiance,, quon a eue dans les mérites de ce grand saint, car ceux à qui on donne répit sont également préservez,, de la rage , tout le tems que dure le répit, comme,, ceux qui ont fait la neuvaine. Le terme que lon donne, est de 40 jours. Il le falloit ainsi pour ceux qui font un peu éloignez , & dailleurs un plus long terme accordé indifféremment à tous, ferait la cause3, que plusieurs négligeraient de fe rendre ici aussitôt»> quils le peuvent, ce qui feroit dangereux ; & parce-» que ce terme ne suffit pas toujours, cest pour cela3» que larticle porte que la personne taillée pourra don-,, ner répit ou délai de 40 jours à 40 jours. Si ceux qui ont institué la neuvaine , navoient su le grand,, pouvoir que Dieu avoit accordé à Saint Hubert de,, son vivant meme , on auroit pu les accuser de vou-,, loir tenter Dieu, & risquer lhonneur du saint, ausfi- bien que la vie dune infinité de personnes. Mais les merveilles que ce grand Saint avoit opérées de son

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vivant, & les miracles quil faisoit encore après fa mort , furent un motif suffisant pour les porter à ce- la , Le il y a tout sujet de croire quils furent con- duits de Dieu en cela , & en tout ce qui regarde la neuvaine. On ne peut raisonnablement former dau- tre jugement, quand on considère ce qui sest pas- depuis près de 900 ans. Car oseroit-on dire quS tout cela nest quune pure illusion de lEsprit ma- lin, Le quune chose qui sest passée aux yeux ds tout le monde , non seulement de laveu des Evê-,) ques Diocésains, mais avec lapprobation de tant ds personnes savantes & pieuses , est une superstition damnable ? Dieu qui se plait à glorifier ses Saints devant & après leur mort , St qui a rendu le non»,» du grand Saint Hubert si célèbre par toute la ter-. re, aura-t-il permis que le Diable ait trompé &-,, duit une infinité dames sous le nom de ce grand saint, dans le lieu-même repose son saint corps,-, & il a été si souvent chaíïé par linvocation ds ce même nom?

,, Peut-être, dira-t-on, quencore que tout ce qu*,, se pratique ici soit en effet une pure superstition, Dieu ne laisse pas de récompenser la simplicité de la soi de quelques personnes , qui par une ignorance sondée sur lexemple & lautorité de tant de pér-ir sonnes savantes & pieuses, & par conséquent invin-,, cible, pratiquent cette Neuvaine, & espèrent lagué- tison des mérites du grand Saint Hubert. Cest en,, effet ce que disent quelques uns, & nous avons vu un petit écrit latin quon assure être dun Docteur & Professeur en Théologie qui parle en ces tenues. Oui tam m inculpatâ ìgnorantid , quàm cúm pietate îfl sanftum Hubert um Novendianos ritrn observât , atqtii etiam procrastmationis inducias , quod t amen diffkilÛH approbatur , concedit , superfiitionis potefi non infìmtf lari , ìmb ex fidei merito immunìtatem k rabie obtineTC valet interdum a Deo per preces fanEH Hubertí.

II avoue dans le même écrit quil nest pas éví-s dent que la pratique de la Neuvaine soit fuperstitieu- fe , sor-tout après lapprobation de lEvêque Dioce-,, sain Sc des Docteurs de Louvam* ylpcrta çorruptel^ vacat , dit-il. On laiste à juger aux favans si cS quil dit est foutenable , & conforme aux principe* de la Théologie. Savoir si en supposant, comme il fait, que la pratique de la Neuvaine est une pure sb'

perstition , on peut dire en même tems que Dieu ne laisse pas de récompenser la simplicité de la foi ds quelques personnes qui lobservent. Ne sembîeroit- il pas appuyer , si cela étoit, cette observance supes'

stitieuse , & travailler à tenir des gens simples SC idiots dans lerreur ? Cela saccorde-t-il avec la doC'

,, trine commune des Théologiens, qui enseignent qt*®

,, Dieu ne peut pas faire des miracles qui tendraient *

appuyer une doctrine erronée ? in confirmâtiontm ef

roris. Mais nest ce pas fournir , fans y penser, de*

armes aux hérétiques, pour combatre ce que lEgl*"

fe enseigne touchant linvocation des Saints, &lhosl'

neur que nous rendons à leurs Reliques? Nous n° servons pour appuyer ce dernier point de plusieuf*

passages de lEcriture ; par exemple de ce qui est ^

dans lEvangile de cette femme qui avoit une pe stC de sang , & de plusieurs autres qui par un saint e 01 '

,, prestement sapprochoient du Sauveur pour touché le bord de son vêtement dans lespérance quils st'

raient guéris de leurs maladies. Rogabant eum , ^

vel fimbriam vefiimenti ejus tangerent , efi,, tetigerunt salvì faEli funt. Aíath. XIV. Nous servons de même de ce que nous lisons aux des Apôtres chap. 5. que le peuple apportoit les Jades dans les rues, & les mettoit fur des lits & ^

,, paillasses, afin que lorsque Pierre passerait, fon bre au moins couvrît quelquun deux , &

sussent guéris de leurs maladies. Et au chap. ^ , í que les mouchoirs & les linges, qui avoient toU c 1 le corps de Saint Paul étant appliquez aux m^ 3 .

ils étoient guéris de leurs maladies, & les E S P y