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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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HISTOIRE CRITI CL U L

,, S. Hubert; touche & guérit pareillement les bestiaux,, mordus, Se malades de rage.

II ne paroit pas par les Lettres Patentes, quon aitconstaté aucune guérison. Si cela étoit, on nauroit pasîîlanqué de marquer quon avoit appelle des Médecinsqui avoient décidé que les loups ou les chiens etoientvéritablement enragez, & que ceux qui avoient été mor-dus, étoi,ent en danger. II paroit quon se faisoit toucherpar précaution^ A légard des faits citez par M. deGori-dy & par M. de Gondrin , on ne volt pas non plusquon se soit assuré du fait. Le premier dit simplementque ses domestiques surent garantis de la rage, & lesbestiaux guéris ; mais il na été fait aucun examen-des-fus ; cest un bruit des fermiers, & des domestiques.Le fait rapporté pár M. de Gondrin est un peu plusèmbarassant ; mais comme il ne paroit aucun certificat deMédecin qui atteste la rage, on peut le rejetter, &soutenir quon a cru le jeune homme atteint dune mala-die quil navoit pas. M. lEvéque dAngers se laissaéblouir par les Lettres Patentes, & par les certificats deM M. les Archevêques de Paris, & de Sens.

La même permission fut accordée par M. de la SalleEvêque de Tournai en 1694. le 4. de Mai, par M.de Sève de Rochechouart Evêque dArras la même an-née le 29. de Mars, par M. de Valbelle Evêque de S.Orner la même année le 22. de May* par M. Colbertía même année le lo. de Novembre, par M. de laFre-Zeliére Evêque de la Rochelle en 1699. le i2.de juin,par M. de L rias Archevêque de Cambray le 2. de Juil-let 1695. & ?ar le Prieur de P Abbaye de Fecamp en1701. Il y eut encore plus de trente Evêques & Arche-vêques, qui donnèrent de semblables permissions; maisil paroit qUils furent entraînez par l'exemple des pre-miers.

Outré ce George Hubert si fameux en France, il ya eu une Religieuse à lAbbaye aux Bois qui se disoitChevalière de Saint Hubert, & qui touchoit plusieurspersonnes ; il y en avoit une autre à Gerttilly aux Hos-pitalières. On ma dit quil y ert avoit une actuellementà Lille.' Dans le Fureteríana , il est parlé dune préten-due Chevaliere de S. Hubert, qui touchoit , dit-on,avec succès. Je ne fais sil y a encore en Flandre de cesprétendus Chevaliers & Chevalieres ; du moins nen en-tend-on point parler.

A légard du Chevalier qui fe dit de la race de SaintHubert, cest une prétention tout-l-faií supposée & ima-ginaire. 1. II y a déja mille ans que Saint Hubert estmort , qui-est-ce qui pourroit faire une généalogie demille ans ? A moins quon nen fasse uné depuis Adam,comme celle quon fit de Charlequint par Japhet, &dabord on en fit dautres, comme celle que fit un desplus beaux esprits de ce siécle, qui pour montrer le ri-dicule de la grotesque généalogie de Charlequint, enfit une , ou il saiíòit descendre dAdam par Japhet

& les noms nétoient point fixes. Alors tout étoit auxRois, les Duchez, les Seigneuries, les Fiefs, tout étoitau Seigneur dominant à qui ceux qui avoient les Fiefs,dévoient fournir des troupes dans le besoin. Cest doncune idée de sìmagrner que íe Chevalier de S. Hubert,soit issu de la race de S. Hubert fils de Bernard DucdAquitaine. Le P. le Comte (a) ne parle quobscuré-ment des Ancêtres de 8. Hubert ; il dit quil étoit dA-quitaine, & que sainte Ode femme de Bogges Duc d'A-quitaine étoit fa tante maternelle. Voilà tout ce quonfait de certain touchant Fòrigine du Saint.

2. Au onzième siécle ou lon a fait lHistoire tou-tes les merveilles du Saint, on voit bien quon alîoit dé-ja à son tombeau , quon y étoit taillé, & quon met-toit à 1 incision un petit brin de lEtole ; mais nul vesti-ge du Chevalier errant.

On oppose 1 usage des Rois France, qui guéris-(*) Ceint. Amt. EccL Franc. T. 4. p. -M

sent des écrouelles. Cet usage, dit on, a été générale-ment approuvé & respecté par les Auteurs de toutes ksnations qui en ont parlé. Il ne faut donc pas trouvermauvais que des personnes duné certaine race guéris-sent de certains maux.

Je répons 1. que la guérison des écrouelles par lesRois de France est constante & très ancienne , & quilnen est pas de même des guérisons des prétendus Che-valiers de S. Hubert. Je répons en second lieu, que lesAuteurs qui ont parle avec admiration de la guérison deîécrouelles, ont cru que ce miracle sétoit opéré depuisIe tems de Clovis, & ont attribué cette vertu à lhuikcéleste de la sainte Ampoule 3 dont on suppose que kgrand Clovis fut sacré. S. Thomas (b) au 2. liv;regimìne Prináfmm , tire de cette origine, la cause de cet-te merveille. Je répons en 5. lieu, que quoique la gué-rison des écrouelles ne vienne pas du tems de Clovis, & puisse pas être rapportée au Sacre de nos Rois, elkne laisse pas dêtre très ancienne & très respectable. Vé-ritablement il ny a pas lieu de rapporter cause de cettemerveille au premier Sacre de Clovis. On ne sautoirprouver que ce premier Roi Chrétien ait reçu queíquau-tre onction que celle du Baptême, & de ía Confirma-tion. On rte voit pas même quaucun des Rois de hpremière race ait jamais été sacré. Pépin la été le pre-mier à Soissons par S. Boniface ìan 75 r., & le fut en-core à S. Denis en France trois ans après par Pap eEtienne III. Depuis ce tems- lauguste cérémonie desSacres] na jamais été interrompue. Je ne vois pourtantpas quon puisse rappôrter à cette époque du premier Sa-cre, la guérison des écrouelles. On ne lit nulle part qikCharlemagne & Louis le Débonnaire son fils ayent gué-ri ces sortes de maladies, quoiquun très grand nombredHistoriens nous ayent fait le détail de toutes leurs ac-tions. Mais cela nempêche pas que cette Vertu merveil-leuse ne soit très ancienne. II y a plus de 600. ans, queGuibert de Nogent en a fait mention. Il en parle com-me témoin oculaire ; car il avoit souvent vu le RoiLouis le Gros guérir les écrouelles en touchant les m*'jades, & faisant sur eux le signe de la Croix sc).

Il y a plusieurs remarques à faire fur cet endroit. Mpremière est, que la vertu de guérir les écrouelles etoi cconrtue avant Louis íe Gros, puisqu - elle avoit été exer-cée par le Roi Philippe premier.

La seconde est, que cette vertu peut cesser, &quel-íe cessa en esset duránt plusieurs années en personne dePhilippe ; ce qui se rapporte fans doute au tems qué cCPrince demeura excommunié pour avoir épousé B ert ra-de, femme du Comte dAnjou, quil ne porta point dffcouronne , ne se trouva à aucune des fêtes soïemnelk*royales, & se contenta daffister tous les jours à un«Messe basse avec le consentement des Evêques. Ain^que le dit (d) Orderic Vital Auteur contemporain »

qui

{b) SanéMtatis fieras unctionis argumentum assumimus ex gc^Fraricorum , 8c B. Remigii super Clodoveum Regem , extione olei desuper per columbam, quo Rexprasfatus fuitinunct uS .

8c inunguntur posteri, signis, portentis ac variis curis appareil 1 'bus in eis ex unctione praedictâ.

(c) Les paroles de cet Auteur rfont jamais été citées par du La u '

reiït, ni par aucun autre Auteur qui ait traité de k guérison àfécrouelles, 8c elles méritent biendêtrerapportées ici. Quid, q u ° 1Dominuín noftrum Ludovicum Regem coníùetudinario uti vi'k'mus prodigio? Hos plané qui Ícropíias circa jugulum, aut usp' alílin corpore patiuntur , ad tactum ejus, superaddito crucis lîg sl0vidi catervatim me ei cohérente, 8c etiam prohibente, concu#^re. Quos tamen ille ingenitâ liberalitate , serenâ ad se manu obp 0 'cans, humillimè coníìgnabat. Cujus gloriam miraculi cum Pb^P.'pus pater ejus alacriter exerceret, neício quibus incidentibus cn 'pis, amiiit. Super aliis Regibus qualiter se gérant in bac re s sl P?fbdeo. Regem tamen Aiíglicum neutiquam in talibus audere í cl0Guibert de pignoribus Sanfr. lib. i. cap. 1. p. 331. -,

(d) Tempore igitur Urbani 8c Pascalis Romanorum Pontifie 111 *Jferè xv. annis interdictus fuit, quo tempore nunquam diad e1 ^portavit , nec purpuram induit, neque íblemnitatem aliquan 1 Lgio more celebravit. ïn quodeumque oppidum vel urbem G®, trum Rex adveniflët, mox ut à Clero auditum fuislèt, cefijomnis clangor campanarursl , 8c generalîs cultus Clericorum : 'tus itaque publicus agebatur , 8c dominicus cultus privatim ecebatur , quamdiu transgreflbr Princeps in eadem Dicecesi c °\ /raorabatur. Permifiu tamen Pnesulum , quorum Dominas & *pro regali dignitate Capellanum suum habebatà quo cutn p rlfamiliâ privatim milfim audiebat. Lib. vin» hist. Ecdes. p<*í- 9'