DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES, &c. im
droit savoir. C’est pourquoi c’étoit une superstition vi- -Livre des Confessions chap. r r. que S. Augustin ou-
qu’on ne pouvoit pas justifier en la colorant du vrit le Livre des Epîtres de S. Paul dans cette vue (h).
titre spécieux du sort des Saints. On nommoit ainsi cet- Mais on doit faire attention que cette interprétation avoit
te espèce de Sort, Sortes Santlorum , à cause qu’on ne été précédée par la voix du Ciel , Toile , kge , Prenez,
consultoit que les choses saintes. & lisez , ce qui lui fait dire , Divinitus mihi ju&bri.
Aussi le Concile de Vannes, qu’on croit avoir été te- D’ailleurs les Livres Saints font faits pour porter tous
Au au cinquième siécle , & le Concile d’Agde en ;o6. les hommes à Dieu; & heureux ceux qui fe font appli-
condamnent expressément cette pratique (a). Et le pre- quez aussi saintement ce qu’ils en ont lu ou entendu,
^ e r Concile d’Orléans (b) en 511. renouvelle cette que l'ont fait S. Antoine , S. François, S. Nicolas dedefense sous peine d’excommunication. Cependant ce Toîentin , & que fe rappliquent encore tous les joursJl ui est assez surprenant, on voit au même siécle que ce- ceux qui prennent de saintes résolutions , en lisant le“ se faisoit publiquement en quelques endroits, fans nouveau Testament, ou lTmitation de Jesus-Christ.qu’on y trouvât à redire. Car Grégoire de Tours rapor- se fouhaitterois qu’on pût justifier aussi aisément laîe au Livre 4. Chapitre 16. que Chramnus Fils du simplicité des personnes qui ont recours à YObfecroTe
Roi Clotaire, voulant savoir si sa révolté contre le Roison père auroit un bon ou un mauvais succès, vint àDijon ou les Clercs consultèrent pour lui le Livre desprophètes, les Epines de Saint Paul, & les Evangiles,êt lui apprirent ce qui arriva (c).
Au Livre cinquième l’an 577. le même Grégoire deTours blâmant fortement ceux qui assoient consulter uneDevineresse fameuse en son tems, ne defaprouve pasqu’on recourût aux Livres Saints pour savoir l’avenir.
R le fit lui-même cette année (d). Et il rapporte au longcomment Merovée , Fils de Chilperic, consulta troisLivres, le Pseautier, le Livre des Rois , & des Evan-giles , pour savoir s’il seroit Roi (c). Ce fait fut sansdoute connu à Auxerre, ou Merovée alla d’abord âpres,
& c’est aparemment ce qui engagea les Pérès du Conci-le d’Auxerre , assemblez l’an 578., à condamner defi ouveau cet usage au quatrième Canon. De tems entems on revenoit à ces fortes d’épreuves, en Orient aussibien qu’en Occident. L’Empereur Heraclius s’avisa deconsoler les Livres Saints, pour savoir quel quartier d’hi-Ver il devoit assigner à son Armée, il en fit l'épreuve,& il trouva, à ce qu’on prétend, que l’Armée devoitpasser l’hiver en Albanie , ainsi que le raporte Cedre-
rws (/).
Four faire cesser cet usage, il fallut en renouveller ladefense. Les Capitulasses de Charlemagnelarenouvellérent1 an 789. (g). Depuis cette défense on trouve fort peud exemples de cet usage superstitieux.
II est peut-être à propos de remarquer que ces expé-riences qui ont été condamnées , ne doivent pas faireblâmer la coutume de. plusieurs personnes pieuses, quiouvrent des Livres de piété, pour y rencontrer quelquechose qui leur soit propre. Comme les Livres Sacrez,°u les Livres pieux , ne sont faits que pour édifier 8 cPour instruire, il est assez naturel qu’on y cherche à s’é-difìer aussi bien à l’ouverture du Livre, qu’à une lectu-ïe suivie.
Je sais que des Auteurs ont osé accuser S. Augustinde s’être contredit, & d’être tombé dans la superstitionqn’il avoit condamnée, à cause qu’il consulta les Epîtresde S. Paul, soposant qu’il y rencontrerait ce que Dieudemandoit de lui. Véritablement on voit au huitième
(a) à ne id tortaffe videatur omiííum quod maxime fidemCâ-ìohcK Religionis infestât, quòd aliquanti Clerici, siveLaïcì, Hu-ent Augurns, oc. íub nomine fictce Religionis per eas quas Sanc-- °tutn Soites vacant, divìnationis scíentiam profitentur, aut quavum-enmcjue Scripturarum inspectione sutura promittunt, hocquicum->1 ^-lericus aut Laïcus deteétus fixerit vel coníulere veldocere, abeelesiâ habeatur extraneus. Canon 4a.
Canon 30.
Hìk ^ 1 A oI ' ltl s Çlerici tribus Libris super altarium , id est, Prophe-
Chr’ atque Evangeliorum , orarunt ad Dominum , ut
amno qu id eveniret, ostenderet, aut si ei félicitas succederet,e ii -
aut
1 Ï 7 -
certè li
tegnare poffet, divina potentia declararet &c. Vag.
oc^vero reíerato Salomonis Libro, versiculum qui primus
< iì Us veto non credens Pytonissae , tres Libros super’ym : 8c y’ •] 'Posuit, idest, Psalterii, Regum , Evangelio-n ‘ ret > ortèn.i ' 5 îotâ nocte petiit ut sibi beatus confessor quid eve-^omino 1 > & utrùm poffet regnum accipere an non, ut
(f) Hist 1 ^ nte cognofceret. L'tb. y. c. 14.
^ttire pr*s uraat s m Píalterio, vel in Evangelio , vel in aliis rébus' a +3* ec divinationes aliquas observare. Cash. tom. i.
& à l’Oraison de trente jours, pour savoir l’heure deleur mort, ou pour obtenir tout ce qu’elles désirentpourvu qu’on dise durant trente jours cette prière, oìtí’on a marqué le lieu précis de la demande. Demande *.ce qu il vous flaira. Il est fâcheux que de telles prièress’impriment tous les jours avec privilège , pour passerentre les mains de tout le monde. Il est visible que c’esttenter Dieu , que de prétendre qu’il nous doit révélerce que nous fouhaittons , lorsque nous aurons répétéune Oraison un certain nombre de fois ; & qu’il y alieu de dire aux personnes qui recourent à cette prati-que, ou qui l’autorisent , ce que Judith reprocha auxAnciens de Bethulie, qui attendoient le secours de Dieuen cinq jours (/). Oui êtes-vous , four tenter ainfi le Sei-gneur? Ce n’est pas là le moyen d’attirer fa miséricorde»mais plutôt d’exciter fa colère , & d’allumer fa fureur.Vous avez prescrit à Dieu le terme de sa miséricorde,selon qu’il vous a plu, & vous lui en avez marqué lcjour.
CHAPITRE II.
D? la coutume de faire jurer dans les Egli-ses , ou fur les saintes Reliques , pour dé-couvrir les parjures , & les autres crimi-nels. Superstition des grands Hommes furce point. Introduction des Duels , pourconnoitre la sonne cause , & les faux té-moins.
L E plus ancien usage d’examiner la vérité d’un fait,lorfqu’on manquoit de témoins & de preuves étoitde recourir au serment. Mais parcequ’on craignoitqu’onne fe parjuras, on alloit, autant qu’il étoit possible, endes lieux où. il fe faisoit des miracles. Durant les sixpremiers siécles de l’Egliíè , il s’en faisoit en beaucoupd’endroits pour punir les parjures. Véritablement Dieuqui est par tout, dit S. Augustin, peut aussi par toutopérer des miracles ; mais il ne les opère pas par tout,parcequ’il distribue ses grâces comme il lui plaît.
S. Augustin renvoya à cette épreuve deux personnesde son Monastère, c’est-à-dire des Clercs de son Sé-minaire, parcequ’il ne pouvoit s’assurer d’un fait, dontils fe chargeoient mutuellement. Le Prêtre Boniface avoitaccusé d’un crime secret un Clerc nommé Espérance,& celui ci dit au contraire que Boniface avoit commisla faute. Comme il n’y avoit point de preuve, & quele Clerc demandoit d'être avancé aux Ordres , ou ques’il en étoit éloigné, le Prêtre fût suspendu de son Mi-nistère ; S. Augustin manquant de preuve pour terminerce différend, qui l’affligeoit très sensiblement , permitqu’ils allassent purger leurs consciences par le ferment estquelqu’un de ces endroits où Dieu faisoit des miracles ter-ribles contre les parjures (k). Il choisit le Tombeau de S.
Fe-
(h) Nihil aliud ínterpretans ílisi divinitus mihi juberî, ut aperftrem codieem., £c legerem. quòd primum capitulum inveniíTeni*
(0 Qui estis vos qui tentatis Dominum? Judith 8.
(fc) Elegi aliquid médium, ut certo placito fë ambo eonlìringe»rent ad locum ianctum fe perrecturos, ubi tcrribiliora opéra DeiEee no»