HISTOIRE C R I T I <X_V E
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Voudroit , & qu’il seròit volontiers l’expérience. Lelieu de l’épreuve , & le jour furent assignez. On s’yrendit de tous les Villages d’alentour; & ce pauvre mal-heureux jette dans l’eau pieds & poings liez, demeuratoujours fur l’eau, lors même que des enfans se jettérentfut lui pour tâcher de le faire enfoncer» Cela est causeque cet ouvrier, qui tenta si mal à propos cette épreu-ve , est réduit présentement à I’indigence, personne nevoulant le faire travailler , parcequ’il passe plus que ja-mais pour Sorcier, quoique le Curé du lieu attestequ’ilest des plus réglez & des plus dévots de la Paroisse.
Mais l’épreuve qui s’est faite à Montigny-le-Roi àtrois lieues d’Auxerre , a fait beaucoup plus de bruit.Plusieurs personnes de ce lieu, hommes & femmes, ac-cusées depuis longtems de sortilège , dirent à Mr. leCuré de la Paroisse de Montigny, qu’elles étoient dis-posées à faire l’épreuve de l’eau froide, pour se justifierdevant tout le monde des calomnies dont on les noircis-foit , & s’offroient à être baignées publiquement. Lepeuple curieux de ces sortes de spectacles en parut ravi,& l’épreuve sc fit le Mercredi suivant cinquième deJuin dans la rivière de Senin, près de l’Abbaye de Pon-tigny. Le jour venu, on sonna la cloche pour la folem-nité de l’expérience, plutôt que pour avertir le peuple,que la curiosité n’attiroit que trop. On alla en foule ìune lieue de-là près de l’Abbaye de Pontigny , fur lebord de la rivière .de Senin, où l’on vit un grand nom-bre de personnes des lieux voisins , Curez , Religieux,Gentilshommes , & autres personnes de tout sexe 8c detout âge.
Là ceux qtii dévoient faire l’épreuve, quittèrent leurshabits. Des hommes leur lièrent les bras 8e les mains auxjarrets & aux pieds ,, & leur passèrent une longue cor-de fous les aisselles, pour pouvoir tirer de l’eau ceuxqui enfonceraient. On les jetta ainsi dans la rivière, lesuns après les autres. II y en eut deux qui enfoncèrent.Tous les autres demeurèrent toujours fur l’eau commedu liège, ou selon l’expression du Notaire* comme desgourdes , c'est-à-dire, des citrouilles sèches 8c vuides,sens .qu’il leur fût possible d’enfoncer. Quelques unS con-fus de se voir fur l’eau contre leur espérance, se récriè-rent que les cordes dont on les avoit liez étoient ensor-celées , on en changea plus d'une fois, 8c cela ne servitqu’à augmenter leur confusion. Quoique la présence desReligieux Bernardins de l'Abbaye de Pontigny, 8c deplusieurs autres personnes de considération , rendît l’ex-périence bien autentique , on voulut la faire juridique-ment pâr un Acte dans les formes. Un Notaire fut char-gé d’en dresser'le Procès-Verbal, à la réquisition mêmede ceux qui voulurent faire l'épreuve, espérant d’en-fòncer dans l’eau. Voici le Procès-Verbal, dont on m’aenvoyé la copie collationée par le Notaire.
„ Ce jourd’hui cinquième jour du mois de Juin mil„ six cens quatre vingts seize, à l’heure d’environ huit,, heures du matin, sc font adressez pardevant moi Clau-„ de Hay Notaire Royal en la Prévôté Royale de Mon-„ tigny-Ie-Roi pour Monseigneur le Prince de Coudé,, Seigneur dudit lieu , Vincent Baudot Maréchal ,„ Jeanne Manteau fa femme, Suzanne d’Appougny„ veuve de Claude des Bœufs, tous demeurais audit,, Montigny, Etienne d’Appóugny Laboureur dertieu--„ ránt à Merry Parroisse dudit Montigny , & Marie„ Liger fa femme , lesquels m’ont dit & fait entendre„ que plusieurs' Habitans dudit Montigny les traitent„ & qualifient tous de Sorciers , 8c disent qu’ils le font ;„ & pour leur faire voir & connoitre qu’ils ne font de„ cette qualité de Sorciers, 8c qu’ils nel’ont jamais été,„ & se font soumis & se soumettent tous volontairement,, de se faire baigner dans un endroit qui se trouvera le„ pi_ us profond dans la rivière de Senin, pour voir s’ils,, O iront point au fond de l’eau, ou y allant ou non,„ on dresser mon Procès-Verbal. C’est pourquoi ils„ m’ont tous prie & requis de me vouloir transporter-„ avec eux a ladite rivière de Senin avec mis témoins„ ci-après nommez , ce que je leur ai octroyé, dont„ Acte fait & passé en présence de Maître Jean Bous-
,, fard Lieutenant auBaillage deBlegnyy demeurant .*•«„ la Minute des présentes est signée defdits d’Appougny„ 8c Baudot, & dèsdiís autres témoins & de moi No"„ taire susdit foussignez.
,, Ce fait 8c à l’instant je Notaire susdit & soussigné*'„ assisté des témoins ci-deíîus nommez , me fuis trans'„ porté avec lefdits Baudot, se femme, Etienne d*Ap-„ pougny veuve des Bceufs , Claude Regnard , Sc„ Claudine Rian veuve de Jean Jolliton tous dudit lietí„ de Montigny à ladite rivière de Senin au dessus d U,, gué du bras des pierres proche & au dessous de l’Ab-„ baye de Pontigny , où étant fur le bord de l’eau ds„ ladite rivière , qui est un endroit le plus profond„ qu’ils ont pu trouver, tous lesquels fe font fait bai'„ gner volontairement , 8c iceux fait lier aux mains S„ aux pieds par Claude Masse Cordonnier , 8c Jean„ Thibault Laboureur demeurant audit Montigny &,, Nicolas Rousseau Laboureur demeurant à Venousse,,, qui s’y est trouvé, 8c autres ; & ensuite ont été jet-„ tez les uns après les autres dans ladite rivière, en pré-„ serice de plus de six cens personnes, par lequel bain,‘ s’est trouvé que ledit Vincent Baudot a enfoncédanî„ l’eau une fois feulement, en ayant été trouvé déli黄 en le retirant, & l’autre fois n’a été au fond de ladite„ eau, à l’égard de ladite veuve des Bœufs a enfoncé.„ deux fois dans l’eau avec la femme dudit d’Appoti'„ griy, & quant aufdits d’Appougny , Regnard & la',, dite veuve Jolliton n’ont nullement enfoncé dans„ l’eau (a) & dont 8c de tout ce que dessus ai Notaire,, susdit soussigné, drëssè le présent Procès-Verbal pouf„ servir en teins 8c lieu ainsi qu’il appartiendra, dont„ j’ai fait Acte ... La Minutte des présentes est signée
,, par lefdits.& de moi Notaire susdit soussigné»
„ Icelle controlée à Seignelay par Noiret Commis IL„ onzième Juin 1696.
Comme ce Procès-Verbal est extrêmement succinct»parcequ’avant de le faire controler, on en ôta, dit-on»plusieurs circonstances, soit parcequé le Notaire s’étotfmal énoncé, soit pour diminuer la confusion de quelque?personnes, il est bon d’ajouter ici : 1. Que l’expériencíse fit plus modestement qu’elle ne sc faifoit autrefois»car au |lieu que les personnes que l’on jettoit dans l'eatlétoient toujours toutes nues, on leur laissa en cette oc-casion la chemise , ce qui rend plus excusables du côtede l’honnêteté, plusieurs personnes qui assistèrent à l’ e "preuve. On nous a pourtant écrit de nouveau que quel-ques uns de ceux qui ne pouvoient enfoncer, craignsque la chemise ne les empêchât, la quittèrent , maisne laissèrent pas de surnager.
2. Que les personnes qui ne purent enfoncer das 5l’eau, étoient plutôt maigres que grasses, & qu’il y £í>avoit même de fort maigres. Je me fuis informé de cel-te circonstance, pareeque les hommes maigres doivesaller au fond de l’eau plus vite que ceux qui sont gras-.
3. Qu’on les jetta plus d’une fois dans la rivière, V
qu’on lés laissa surnager durant un teins considéra^’environ une demie heure. On jetta même quelques t J I jdes furnageans jusques a quatre & cinq fois fans q uJenfonçassent. .
. Après cette épreuve; étonnante où il y a visiblen^dû surnaturel, toutes ces personnes ainsi liées, déb-aller naturellement au fond , ceux qui avòíènt furnajU*passèrent pour Sorciers. On n’en douta point, # ! ss,ne fut en peine que de la procédure qu’on devoit g* r j aà leur égard. Mr., M. . . qui étoit Receveur df-jTerre de Montígny-le-Roi, & chargé par f° n q^-des Procès criminels , pour éviter un trop grand e jbarras , empêcha qu'on né poursuivît ces P rt<t£l h n tSorciers. D’ailleurs les Juges de Montignydonné avis de l’épreuve au Conseil de Mr. I e ;, (0Í tce , ce Conseil sage 8c éclairé répondit que ce npas là une conviction , & qu’il ne faloit pl usrer ces sortes d’épreuves. Ainsi on laissa ces fl 13
(a) Non plus que des gourdes, dont les enfans fe f elaprendre à nager.
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