Buch 
Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
Entstehung
Seite
226
JPEG-Download
 

%í 6 HISTOIRE

Conrad Anten se propose au cinquième Chapitre deréfuter Scribonius, qui autorisoit cette épreuve. II ditune partie de ce que nous avons vu dans Newalds &dans Godelman ; & conclut enfin son Ouvrage par unedétestation de lépreuve , & par une prière fervente àDieu , le conjurant dempêcher que les Juges nautori-sent cet usage O).

Si des personnes croyent encore avoir quelques raisonspour justifier une telle épreuve, elles trouveront peut-être la résolution de leurs doutes dans le Chapitre sui-vant.

CHAPITRE V.

Eclaircissement des difficultez proposées parP Auteur de la République des Lettres furVépreuve de Veau froide.

I L y a quelques années quon réimprima en Allema-gne deux (b) Traitez fur lépreuve de leau froidequi avoient paru depuis un siécle, & dont nous avonsparlé au Chapitre précédent. LAuteur des Nouvellesae la République des Lettres fit lextrait de ces Trai-tez , Sc forma des difficultez & des doutes qui de-mandent quelque éclaircistement dans un Ouvragenous venons de traiter le sujet qui les a sait naître.Rickius Auteur du premier de ces Traitez, qui vou-loir que T épreuve de leau froide fût légitime , seproposa cette objection ; quon y tente Dieu, & en-treprit de la résoudre le moins mal quil put. MaisF Auteur de la République , qui est toujours prêt âfournir de son esprit au défaut de ses Auteurs, rai-sonne ainsi sur la difficulté proposée. Cette objec-,, tion , dit-il , ne seroit pas considérable, si on étoit assuré que l'épreuve dont il sagit na jamais été fautive. Car on auroit lieu de croire en ce cas- que Dieu a établi l'immersion des gens confédérezj, avec le Diable , cause occasionelle de la découverte de ce complot, en sengageant dempêcher leffet naturel de la pesanteur. Une expérience constam- ment réitérée seroit une révélation assez significati- ve de cette institution de Dieu , de sorte que sans le tenter on y pourroit recourir quand cela seroit,, nécessaire. Il y a cent exemples dans lEcriture qui montrent que Dieu na pas defaprouvé quon ait voulu de lui des signes & des prodiges pour bien sassurer dun fait, & il faut tenir pour indubita- ble, que lEglise nauroit jamais condamné les épreu- ves du fer chaud, si lon neût eu de fortes raisons de douter quelles fussent un bon garant de la jus- tice ou de linjustice.

RE FLEXION OUREPONSE.

I.

Quoiquun effet qui nest pas naturel soit arrivéplusieurs fois fans aucune variation , on na pas pourcela droit dassurer que c'est un miracle que Dieuopère , jusques à ce quon sache indubitablement quele Démon ny a aucune part. Lorsquon lit dans lE-vangile de Saint Jean que les malades qui defcendoient

(*) Et hxc íùnt qus in prsferitiarum de diabolico, detestandolegibus & moribus legitimis improbato mulierum balneo, feu ma-vis kvatione, item de impiâ hsrefi potestatis anilis, 8t fathanicsaiçere habui. Supernus ille Judiciorum prsses Deus qui magistra-tui gladium ceu Pelei hastam, ad bonorum fecuritatem 8c malo-rum terrorem ac punitionem commisit, per Filii fui Salvatorisnoitri J. C. faxit innocentiam, ne cuípide obverfâ promedicami-ne vulnus, pyo vulnere remedium detur , lèd excuffis diaboli prs-stigus, juitmam non ex proprio , uti Palladem ex lavis fingantcerebro . le ut per legitimos ícripti juris tramites calumniantiuminiquitates oppnmantur , bonique tutelà & digno patrocinio per-fruantur.

(£) Tractatus duo íìngulares de examine íàgarum super aquamfrigidam projectarum. Francof. & Lipsis. 1686. in 4.

CRITIQUE

dans la Piscine étoient guéris, on voit que lagitâtioflde leau étoit établie comme la cause occasionelle de 1®guérison des malades ; Sc lon ne peut douter que ce n 2fut un vrai miracle, parcequil est dit au même endroitque lAnge descendoit, (c) &que leau étoit mue. Ce' 3est décisif. ê -

Mais comme le Démon qui est le singe de 'Dieu*contrefait quelquefois ses opérations, par le pouvoir q"?Dieu lui laisse, il y a souvent lieu de douter si la cautóde certains effets merveilleux ne doit point être rappot'tée au Démon , ou si elle vient de Dieu par les boD sAnges. On se tromperoit en plusieurs rencontres si Y° ajugeoit fur les premières apparences. Donnons en uUexemple. Le saint Livre de Tobie (d) nous apprendque Sara fille de Raguel fut mariée successivement 3sept hommes , qui moururent tous la première nuitleurs noces. Cet événement si tragique arrivé sept so lSfans aucune variation me donne-t-il lieu de croire q ueDieu fait connoitre par quil ne vouloir pas que Sas*se mariat, & quil avoir établi son lit cause occasionsde la mort de tous ceux qui lépouseroient ? Si je } ecroyois ainsi, & que jassurasse que cet effet ne pouvotfvenir que de Dieu par les bons Anges, je me rrompfrois & je reconnoitrois mon erreur dans le même endroitde Tobie , il est dit que le Démon avoir tuésept hommes, & que ce Démon ne pouvoir être arrêt 6que par le secours des prières ferventes & par l'opéf 3 'tion du saint Ange Raphaël. Donc quand un grao®nombre de personnes auroient demeuré fur leau contí 2toute raison physique ; on ne peut pas conclure cM®que cest un miracle que Dieu opère, à moins quon ^fût bien assuré que le Démon ny a aucune part.

II. (

1 J.

Quand il seroit constant que Dieu a produit un m 6 'me effet en plusieurs rencontres à la prière de quelq aS ISaint, soit pour soutenir la foi, ou pour empêcher jpression dun innocent, comme il a certainement arrc^ jlactivité du feu en plusieurs rencontres que nous avo°marquées au Chapitre III. ; il ne sensuivroit pas ss* 5Dieu dût produire le même miracle , lorsque nous lsouhaiterions. Il est certain quon tente Dieu, lorsst^fans aucune inspiration, sans ordre, fans Loi, sans q u 'ait parlé, on exige quen telle occasion Sc en tel r 6 ^précisément il agisse pour nous secourir, ou pour o°révéler quelque sait caché. Lheure des miracles est ^ ^quée , ainsi que le dit ( e ) J e s u s-C h R 1 s t auX rfices de Cana. Ce Divin Sauveur nous apprend, en P®\lant du Démon qui lexcitoit à changer les pierres ppain, que cest tenter Dieu que de vquloir des mir^fans ordre. Et Judith avoit reproché auxhabitans ( .jBethulie, (/) quils tentoient Dieu en prétendant ssfdevoit les secourir le cinquième jour. Cette sainte ^jjve nignoroit pas que tout est possible à Dieu , Le stssjfait une infinité de miracles : mais il les fait quan® jlui plait, & pour qui il lui plait; ce nest pas à n° l,S plui prescrire le teins auquel il doit les faire. Doncque Dieu ait fàit plusieurs fois des miracles, lorsqu 6Saints qui íuivent fa volonté lont demandé, il ne s6 pfuit pas que tout le monde doive attendre le mêm 6 J jracle, surtout dune maniéré aussi précise quon l 3 ^/dans Jépreuve de leau froide, fur laquelle on c0 ° da ítne un homme au feu. Ainsi quand lépreuve ;

réussi autrefois dune manière constante, ce seroit t j

Dieu que dexiger la même chose dans une test 2 0 j

sion, & quand il plaira I un tel Juge. \

Si lon ne veut pas apeller cela tenter Dieu, f ^du moins faussement présumer que Dieu doit ag ,r ^ 0 íi june telle rencontre , & mériter par cette pr éfoi^P [

(f) Angélus autem domini deícendebat íècundùm ten ) P' lscinam, & movebatur aqua. Jonn. 11. 4.

{d) Tob. 6 .

(e) Nondum venit hora mea. Joan. î ;

(/) elìis vos qui tentatis Dominum ? Judith. 8-

in