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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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HISTOIRE

sonnes, fans quil y ait lieu de se défier de quelque four-berie.

Du mouvement de la Baguette a l'égard des bornes ,des voleurs , & des vols.

I L m'a toujours paru quon pouvoir démontrer en tou-te maniéra que le toùrnoycment de la Baguette à lé-gard des bornes, des voleurs & des choses dérobées, na-voit aucune cause matérielle, & que ce nétoit pas deces effets quon apelle naturels, physiques, produits enconséquence des loix naturelles. Je lavois, ce me sem-ble , démontré , & vous le faites , mon R. P. , avec lanetteté, la pénétration & lexactitude qui vous font or-dinaires. Je ne voyois pas même quon pût opposerrien de solide. Je nai garde de vous proposer ce quefont valoir quelques personnes ; vous ririez fans doutedentendre parler dinstinct , de faculté , de sympathie ,de constellation , & de semblables choses que les diseursde mots savent faire admirer aux bonnes gens, & I ceuxqui aiment les mystères. Mais voici quelques objectionsqui paroiffent plus raisonnables , & aufquelles il est àsouhaiter que vous saisi ez un mot de réponse pour la sa-tisfaction de bien des gens.

Seroit-ce , dit-on , en vertu de quelque pacte que laBaguette tourneroit ? Mais i. à quoi pourroit être at-taché ce pacte? Nulle parole, nulle figure, nul caractè-re. Ceux à qui la Baguette tourne sont pour la plupartde bonnes gens , simples , qui ny entendent point definesse , qui se sont apperçus par hazard , disent-ils, decette faculté, qui ont peur du seul mot de pacte avec leDémon, & qui ne sc serviraient jamais de la Baguette,si tous ceux quils ont consultez & quils consultent,leur disoient quil y a du mal. Quelle apparence doncde croire ces personnes coupables de quelque pacte avecle Démon ?

z. Dès quune chose telle que pourroit être la Ba-guette produit un effet déterminé en vertu dun pacteexprès ou tacite , cet effet doit être produit entre lesmains de quelque personne que ce soit ; car pourquoi lemême pacte nopéreroit-il pas de même maniéré dans lespersonnes qui ont les mêmes désirs , les mêmes inten-tions ? Cependant de cent personnes qui essayeront si laBaguette leur tourne , & qui souhaiteraient même debonne foi quelle leur tournât, il ny en aura pas deux àqui elle tourne. II nen est pas de même de quantitédeffets que produisent bien des gens de la Campagne parcertaines paroles ou figures ; il en est peu qui en usentfans opérer les mêmes effets.

3. Ne seroit-ce point ici quelquun de ces dons par-ticuliers que Dieu communique quelquefois aux hom-mes ? Les septièmes enfans mâles, disent quelques uns,ne guérissent-ils pas des écrouelles ? Enfin pourquoi semettre tant en peine de chercher la cause des effets de laBaguette? On fait que Dieu peut les produire, lufagequon en fait, na rien de mauvais. Que reste-t-il doncpour se mettre au dessus de tout scrupule, que de re-noncer à tout pacte sil y en avoit ?

Vos réponses, M. R. P., feront fans doute évanouirces difficultez.

Du mouvement de la Baguette fur les eaux & lesmétaux.

ï. TL est certain quon ne fauroit connoitre par des| régies Physiques la profondeur de leau, la gros-seur de la source, combien on trouvera de roche, de sa-ble , &c. Il nest personne qui ne doive être persuadéde çe que vous en dites.

z. A légard des personnes aufquelles la Baguettetourne fur les bornes auffi bien que fur les sources , toutm'est suspect; parcequil y a lieu de croire que la mêmecause qui fait tourner la Baguette entre leurs mains furles bornes, la fait auffi tourner fur les eaux.

3. Mais lorsque je vois des personnes de piété & de

caiTIQ.DE

mérite aufquelles la Baguette ne tourne que fur des sous*ces; nest-ce point ici , me dis-je , un effet purementnaturel ? Le Démon agiroit-il dans ces personnes qui I erenoncent de si bon cœur ? Jhésite, je nose condam-ner , & voici mes raisons.

II nen est pas de leau comme dune borne ; leau euun corps physique indépendamment de toute pensée &de la communication des hommes ; la Baguette est u"corps. Or entre les corps il y a des communications demouvement que je ne connois pas ; il y en a donc peut'être quelquune entre leau & la Baguette qui ne m'estpas connue, & ainsi je ne puis la nier absolument coflj'me impossible ; peut-être les vapeurs qui sélévent d®leau , causent-elles ce mouvement : ne pourroit-on p 35en dire de même des petits corps que les métaux exh 3 'lent ?

Mais, dit-on , les corps agissant nécessairement, $doivent toujours agir de la même maniéré dans Ifmêmes circonstances. Jen conviens. Donc si leau stfmouvoir la Baguette , elle la doit mouvoir par tout oUelle sera, & par qui que ce soit quelle soit tenue. í*conséquence ne me parait pas nécessaire. Différentsmains sont des circonstances différentes. On pourroitfaire voir par plusieurs expériences, que sil y a quelst uecommunication de mouvement entre deux corps , e ^ epeut être interrompue par un troisième corps , & elJquelque rencontre un troisième corps pourroit causer dumouvement entre deux corps qui nen avoient pas , Pu* 1vers lautre ; le mélange des liqueurs pourroit fournir d fsemblables expériences , nous nen manquerions pas ch&les Chymistes.

II me parait clair que les mains de différentes persomnés peuvent donner occasion à des mouvemens différend1. La tissure de ces mains est différente. 2. Les po reSen font différens. 3. Le flux perpétuel de corpusculequi sen exhalent, est tout différent. Ces petits corp*sont différens en grosseur, en figure, en vitesse , &° nla différente configuration des parties du sang. Ce ttfidifférence du sang & des parties qui sévaporent du costfse présente, ce me semble, nécessairement àlesprit, d eSquon pense à la différence quil y a entre les homM^sanguins & les pituiteux, ou les mélancoliques &c. C fla étant supposé , ne pourroit-on pas dire que ces pe tlt!corps qui sortent de leau , ne produiraient un telque lorsquils se mêlent avec ce qui sexhale des mainstelles personnes ?

Vous voyez apparemment, M. R. P., de quelleniére je my prendrais, si on me pressoir d'explist^comment se fait le mouvement de la Baguette , en sc£posant ; 1. une évaporation très abondante des parties »leau ; 2. un écoulement de corpuscules des mains dejflui qui tient la Baguette; 3. cette même Baguette sc'ceptible dagitation à loccasion des corps qui sinísc uraient dans ses pores. Jentreprendrois seulement d epliquer comment la chose se peut faire, & non pas c0

ment elle se fait ; cest tout ce quon doit exiges

d'u"

Physicien. Je ne prétens pas pour cela que ce y ^noyement de la Baguette soit physique , je dis \ e jment quil pourroit lêtre , & je soumets avec pb 1 * 1votre censure les raisons que jai de le penser ainsi» ^Vous vous attendez sans doute , M. R. P» » â çgvoir embarrassé fur ce que la Baguette ne tourneleau qui est cachée. Il est vrai, jy sens de la ; & voici seulement sur quoi je tâcherais de si,e a( . I ííSdaffaire. Japperçois quelque différence entre ses P. ^qui sortent de leau qui est cachée, & celles sttent de leau qui est à découvert. Celles quide leau souterraine sont comme filtrées, elles o& g dans la terre ce quelles avoient de plus gi' 0<{ yde moins flexible , il nen monte guéres que ce st ^a de plus spiritueux ; ainsi elles pourront peut-etty^duire un effet dont celles qui sélévent decouvert , fans cette espèce de filtration , seraient «blés. II ne me vient rien de meilleur présentemen * ^nons sil vous plaît, M. R. P» , à des difficume sont particulières, & qui me tiennent plus a ^