2,4 HISTOIRE
manderait une application extraordinaire , & c’est uneétude qui n’a pas de grands attraits. Le détail d’une in-finité de choses badines qu’ils font, ne saurait s’ajusterdans mon esprit avec des douleurs si terribles. Il faudraapparemment conclure de-là , pour le sentiment de ceuxqui tiennent que tous les mauvais Anges qui font dansles strs & parmi nous, que S. Paul apelle les puissancesde l%ir, & les Princes de ces ténèbres, ne souffrent pas.Mais j’ai dèja passé les bornes d’une lettre ; je vous priede me le pardonner, & d’être persuadé que je fuis, &c.
Réponse de l’Auteur de la Recherche de la Vérité.
Mon Re’ve’rend Pe’ke,
V Ous me faites tant d’objections contre ce que jevous ai écrit, & vous me proposez tant de nou-velles questions , qu’il faudrait , outre bien du loisirque je n’ai pas , mais que je pourrais peut-être pren-dre , une capacité que je ne prétens point d’avoir jamais.Ainsi ne soyez pas surpris si je ne fuis pas votre lettrepied à pied. Il'faudrait assurément plus de cent pa-ges , pour y répondre exactement, & ma lettre feraitun livre. Mais voici ce que je crois certain , & quipeut servir de principe pour juger de ce qui se passechez vous.
i. Les Anges bons & mauvais ont. pouvoir fur lescorps comme causes naturelles ou occasionnelles.! Vousentendez ces termes.
2 . Les bons ont part au gouvernement du monde,& ils ont corSmission de Dieu pour cela.
;. Les bons ont un pouvoir plus étendu que lesméchans , & ils ne permettent aux Démons l’exercicede leur pouvoir , qu’autant qu’ils le jugent à propos.Ces principes me paraissent certains par l’Ecriture , &vous en savez les preuves.
Les Démons ont donc le pouvoir de nous tenter,ils ont bien tenté l’homme innocent. Ils ont mêmetenté le Sauveur ; ils l’ont transporté d’un lieu en unautre. II semble que les Anges ne devraient pas lesouffrir ; du moins cela seroit-il sort commode pournous. Mais les Anges ont pour cela leurs raisons quenous ne saurons jamais bien , & que nous ne devonspoint rechercher ; parceque nous ne pouvons point nousassurer de les avoir rencontrées. U faut laisser cela] àceux qui fe plaisent à deviner au hazard. Nous savonsbien qu’il faut en général que les hommes soient éprou-vez , qu’il saut qu’ils combattent pour mériter, que leDémon attaque pour être vaincu , & le reste ; mais-'avoue que je ne fais point d’où vient que les Anges,& s es u s-C h R i s T même qui a reçu la souverainepuissance, n’empêchent pas telle tentation. Je fais queles bons Anges ne sont tels , que parcequ’ils font deTordre immuable ou de la loi éternelle la régie de leurconduite ; mais je ne fais point quand il est de Tordrede laifler aux Démons T exercice de leur puissance.
Les Démons peuvent donc [être les acteurs invisiblesdes prodiges de la Baguette. Et si cela est, quoiqueles Anges les laissent faire , les hommes font obligez deles empêcher. Et ils le peuvent ; car quoique nousn’ayons point de pouvoir fur les Démons, nous en aVonsfur les hommes dont ils se fervent. Les Anges ont lais-sé tenter la femme par le serpent, sans blesser en cela Tor-dre immuable ; mais si quelqu’un eût été présent à cet-te tentation, certainement il aurait dû T empêcher- Dieune gouverne pas le monde seulement par le ministère desAnges, il le gouverne par les hommes & par toutes lescauses secondes. Ce que les hommes peuvent faire , iln est pas à propos que les Anges le fassent. La provi-dence ordinaire consiste dans la subordination des causes :il faut donc que chacun empêche le mal selon son pou-voir , & qu il agisse selon sa lumière intérieure , selon saconscience. Car les Anges n’interrompent jamais fansde grandes raisons le cours majestueux de la providencegénérale, ils ne font point de prodiges à tous momens ,
CRITIQUE
comme tâchent de faire les Démons ; ils laissent agir k 5causes secondes selon la puissance qu’ils en ont de Dieu,en conséquence des loix générales.
Or que le mouvement de la Baguette ne soit pointl’effet des bons Anges mais des méchans, en voici ce mesemble des preuves suffisantes.
Les bons Anges ne font & ne doivent rien faire P 31 "'mi nous, que pour nous porter à Dieu, & jamais p° urnous occuper des corps, & encore moins des propriétémerveilleuses d’une nature imaginaire. Car Tordre m 1 'muable est la régie de leur conduite , & cet ordre l eurapprend que Dieu seul est notre fin. Or vos Devi nSprétendent à T égard de la plupart de leurs découvertes >que tout cela est naturel. Donc , &c. Les bons An-ges ne troublent jamais Tordre de la providence généra'fans de grandes raisons. C’est pour cela qu’ils laiffen £Ordinairement vaincre celui qui est le plus fort , qti oí *qu’injuste & brutal ; qu’ils empêchent rarement un hom-me de bien de fe casser la tête s’il tombe de fort haut >& une infinité de semblables désordres. Mais vos Di-vins font des prodiges, pour découvrir une borne , °n esource, de l’or & de Targent , objets de la concupiscen-ce des hommes ; ils découvrent ce que les hommes p afleurs enquêtes peuvent découvrir. Et cela non une foi 5ou deux, & pour quelque raison pressante , mais toute 5les fois que le Devin le souhaite. Mais quand les hom-mes ne pourvoient pas découvrir le voleur par leurs en-quêtes , les bons Anges ne feraient point pour cela obli-gez d’y pourvoir. Si les hommes faisoient comme au-trefois les épreuves de Teau & du feu, &c. pour fe pU £ "ger des accusations imposées, les Anges ne feraient poi otobligez, pour conserver les innocens , d’empêcher l’e$ etnaturel de ces élémens. Souvent lorsque les champm° Sse barraient en duel pour prouver leur innocence, ks in-justes accusateurs demeuraient les victorieux, & ce n’ e ‘pas fans raison qu’on a condamné dans les Conciles ceS .dangereuses épreuves, qui d’ailleurs fembloient honnf-rer la Providence » puisque dans la nécessité où l’ oItétoit, on aVoit quelque sujet de s’attendre quepar une volonté particulière , ou les Anges en comséquence de leur pouvoir & de leur commissionsent quelque prodige en saveur des innocens. c ’ e tqu’il est contre le respect dû à Dieu, & même aux A<J'ges, de prétendre qu’ils doivent nous secourir dans ^tems, & de la maniéré que nous leur prescrivons. L .raisons suffisent, ce me semble, pour empêcher ceuxont horreur d’avoir avec le Démon quelque comm e ffjou quelque rapport de se servir de la Baguette ; cas (suffit pour cela que mes raisons soient vraisemblable 5 'dans le seul doute de ce commerce , c’est un grand rché que d’agir.
Mais bien loin de doúter, je fuis convaincu de lablerie, du moins si les choses sont comme vous mecrivez. Car enfin, M. R. P. il me parait certain 4^,la découverte de Teau, de Tor , & de Targent , te ^que vous me T écrivez , n’est point naturelle ; j edire, une fuite des loix générales du mouvement.puisque vos Devins par leur Baguette découvrent ^choses, qui dépendent uniquement de la conventionhommes , (pure moralité qui ne change rien dansrangement & les circonstances des corps) n’est-ce p 35 pCmarque certaine que leur Baguette est conduite p 3s 11 ^Intelligence, qui à T égard de la découverte de Te 31 * 5des métaux , fe cache sous les apparences d’une n 3 . ^dont nous ne connoissons pas les merveilles , &découvre visiblement, en faisant connoitre les chose 5 ^robées , les bornes , les chemins perdus, Lee. ah°troubler la conscience des hommes ? tt g
Ceux qui de bonne foi fe fervoient de lapour trouver de Teau , ne péchoient point, n ass , £ jgpoint contre les remords de leur conscience. Q ue 3Démon pour y jetter le trouble , & pour exciter apidité? II fait trouver de Tor & de Targent ; ^ Sque bien des gens peuvent; encore fans remords , 3 ^ ]jde leur ignorance touchant les forces prétenduesnature , fe servir de la Baguette . pour chercher A