Buch 
Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
Entstehung
Seite
50
JPEG-Download
 

HISTOIRE

,, tout contribué. Franchement, j’avoue qu’après ce„ travail & cette étude , qui ne demande pas un es-„ prit médiocre, un homme s’est acquis un droit in-„ contestable de décider si le mouvement de la Ba-,, guette est, ou n’est pas naturel.

Monsieur Garnier avoir déja proposé la même' diffi^culte. ,, II saut toujours , dit-il , pour éviter l’erreur„ que l’évidence précédé le consentement de la volonté.„ Dans le fait dont il s’agit, par exemple , pour parler„ raisonnablement, il saudroit que ceux qui veulent ab-„ solument soutenir que tous les talens d’Aymar ne„ peuvent avoir une cause naturelle , connussent toutes„ les causes naturelles qui peuvent avoir quelque rap-„ port à ces talens ; & que les ayant toutes examinées,,, ils connussent qu’aucune n’y peut contribuer : ils,, pourroient alors avec quelque raison prononcer que„ ces talens ont une cause qui n’est pas naturelle.

RE’PONSE.

Ce seroit assurément une présomption insuportableque de dire , je ne puis expliquer un tel phénomène jdonc nul Philosophe ne l’expliquera. Quand même per-sonne ne sauroit l’expliquer, on ne devroit pas pour celaconclure que l’effet n’est pas naturel. Mais si l’on voitclairement qu’on ne peut attribuer cet effet à une causematérielle, íàns détruire l’idée que l’on a de la matière ;on n’a nul besoin d’examiner autre chose. Par la régieétablie , il saut conclure que l’effet n’est pas naturel,c’est-à-dire , qu’il n’est pas produit par la feule actiondes Corps.

Supposons x par exemple , qu’au seul désir d’un cer-tain homme les cloches sonnent. Est-ce que pour dé-terminer si cet effet est naturel, ou s’il ne l’est pas, jedois savoir toutes les manières dont on sonne les clo-ches , ou que je dois connoitre tous les ressorts imagina-bles qui peuvent les faire sonner ? Ne suffit-il pas queje sache que les cloches n’ont point d’esprit ; & qu’ellesne peuvent ni connoitre le désir d’un certain homme,ni se mettre en état de lui’obéir?

Donc si j’apperçois qu’en présence des mêmes Corps,& entre les mains d’une même personne , tantôt là Ba-guette tourne, & tantôt elle ne tourne pas, à cause desdésirs différens de ceux qui la consultent : comme je nesaurois donner aux Corps une intelligence qui leur fasseappercevoir des pensées , sans sentir me peine intérieure& des reproches secrets de ma raison , je dois dire que cen’est pas faction des Corps qui fait tourner la Baguette.

Or il est évident que la Baguette s’accommode auxdésirs qui là consultent. Je pourrais. le montrer parcent faits , si je ne craignois de faire des Livres plutôtque des Lettres , & si je ne m’étois fait une loi de neraisonner que fur des faits publics , rapportez par ceux-mêmes qui nous donnent des systèmes.

Ainsi comme c’est Monsieur Garnier qui propose ladifficulté , je voudrois seulement le prier de faire réfle-xion sur ce qui sc passa à Lyon en sa présence chezMonsieur le Lieutenant-Général.

Lorsqu’on faisoit chercher à Aymar l’or ou l’argentcaché , la Baguette les découvrait. Lorsqu’on lui de-mandoit quels étoient ceux de la compagnie qui avoientde l’argent dans leurs mains , la Baguette le désignoitaussi par son tournoiment. Mais veut-on savoir siquelqu’un a volé de l’argent, la Baguette ne tourne plusfur personne ? Voici encore m fait, dit Monsieur Gar-nier, dont je fuis témoin, £r ejui est digne de remarque. •

-, Madame la Lieutenante-Générale eut la curiositéj, de savoir si cet homme (t) pourrait deviner un vol„ qu’elle aurait fait elle-même. Elle prit donc à ce,, dessein la bourse à Monsieur de Puget, puis elle de-„ manda à cet homme s’il n’y avoit point de voleur„ dans la chambre où l’on étoit. Aymar nous exami-„ na tous , & ne reconnut point de voleur. Elle lui3 , dit encore prens bien garde , tu te trompes, il y a

(f) Jacques Aymar.

CRITIQUE

„ ici quelqu’un qui a volé à un autre fa bourse dâsts,, cette chambre même. Aymar nous examina une se'„ coude fois, & ne connut point le vol ; & comme on„ lui soutint qu’il sc trompoit , & qu’il avoit été seit,, un vol dans la chambre, il répondit froidement qu’«„ falloit que ce vol eût été fait pour rire & d’une ma-,, niére innocente , auquel cas il n’en pouvoit rien con-,, noitte, assurant que si Je vol avoit été fait d’une m 2 '„ niére criminelle , il n’auroit pas manqué de le cosl'„ noitre.

Que de moralisez dans les circonstances de ce fait-Mais ne faisons réflexion qu'à la raison pourquoi la B 3 'guette , qui tournoit il n’y a qu’un moment dans 1 £Sendroits où il y avoit de l’or & de l’argent , ne tour** 2plus à présent , quoique l’homme à la Baguette toucheles personnes qui en Ont. N’est-ce pas parcequ’on slSconsulte plus la Baguette pour savoir si quelqu’un a del’argent, mais qu’on la consulte seulement pour savoir hquelqu’un |a volé ? Et n’est-il pas évident que si ce q u *s’exhale des métaux faisoit tourner la Baguette , elsen’auroit pas manqué de tourner auprès de Madame ^Lieutenante-Générale , qui outre fa bourse avoit encoreCelle de Monsieur de Puget ? Je ne sais comment oílpourrait faire réflexion fur de tels faits , fans avouerqu’il faut que la Baguette ait de l’esprit.

Si vous avez lu la relation de ce qu’a fait Ayst ,3Ípour découvrir ce qui a été volé à Madame de Bourse'mont, vous y aurez vu bien plus clairement que la B 3 'guette s’accommode aux désirs des hommes » & qu'elsedoit avoir de l’esprit.

Lorsqu’Aymar guidé par sa Baguette , est allé enendroits où l’on a trouvé de l’or & de l’argent rnoU'noyé, dont une grande partie étoit du vol, la Baguet teen a fait le discernement. Elle a tourné sur les espèce*volées , &. n’a pas tourné fur les autres. Elle a tournefur de nouvelles espèces qui n’avoient pas été volée s »mais qui avoient été changées à la monoye pour les ast"dermes qui avoient été volées.

Ya-t-on dans une chambre où il y a de l’or &l’argent séparément sans qu’on le sache , lâ Baguettetourne , & sait connoitre distinctement qu’il y a dan*un endroit de l’or, & dans l’autre de l’argent. On pré-sente ensuite à Aymar de la vaisselle d’argent, pour sa-voir si elle a été volée, la Baguette est immobile. Mai*il n’y a qu’un moment qu’elle tournoit fur l’or &l’argent, la vaisselle n’en est-elle pas ? II est vrai ; m a ' 5auflì considérez qu’on ne consulte à présent la Bagues?que pour savoir si la vaisselle a été volée » & non paselle est d’argent. .

En vérité, Monsieur, si on réfléchit fur des faitscette nature, ou si on sc donne la peine de lire avec at-tention les réflexions que je vous ai envoyées fur la dcouverte du meurtre de Lyon ; & qu’après cela on 0encore soutenir que la Baguette se meut naturelset I,esur ce qu’elle découvre , comme l’aiman se tourne fle pôle ; je ne saurois m’empêcher de dire après Ov> d '

Proh Superi, quantum mortalia peélora caca

JSsoùlis habent !

Si

DIFFICULTE’.

„ C’est un principe, dit-on , reçu en Théologie»,^„ bien établi par Saint Thomas qu’une pratique 0 ^„ superstitieuse & illicite, que lorsqu’on y joint des?

,, rôles, des caractères , des figures, & autres objet„ tions de cette nature. II faut donc conclure, dit 1- teur de la Physique occulte , que puisqu’on n etìì F <

,, dans l’usage de la Baguette , nì'caraiïéres, ni Pé 1 *' "Y,, ni paroles, ni cérémonies, ni vaines observation! i,, peut avoir , selon tous les Théologiens , ni JùpVy^

,, ni pacle explicite, ou implicite.

RE’PONS E.

r_:r_

M