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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES PRATIQUES SU

c . e ft à cause que toutes ces choses nont pas de propor-tl0n a vec leffet qu' en attend. Donc si ce quonei Dploye fans aucune vaine observation , nà pas de pro-Pp r fiou avec lefFet quon veut produire , la pratiquen en sera pas moins superstitieuse.

Si lon disoit à un homme prêt à se faire arracher uneeilt > quen mettant une fève dans la main, la dent sar-ra chera dabord delle-même, ou bien quil na quà pro-^oncer pana gana fana ; je dis que ces deux pratiqueser oient également superstitieuses, parceque si trois motsne peuvent ébranler & déraciner une dent » la fève neP Cuc pas non plus le faire.

Qpand ces Messieurs citent , les uns Saint Thomas ,

& ks autres tous les Théologiens , cest une marqueì Ue ni les uns ni les autres ne lisent guéres ni SaintThomas, ni les Théologiens. Car Saint Thomas,a *nt Bonaventure , Alexandre dAlés , Gerson , &Guillaume de Paris, disent en plusieurs endroits quuneP r atique nest exempte de superstition , que lorsque 1a^ a use quon employé , a naturellement la vertu de pro-l're lefFet quon en attend. Donc sil nest pas natu-. st uune Baguette fe torde pour marquer quune cer-ltle pierre a été prise pour borne » quoiquòn ne pro-Da^ 3 Ucunes paroles en tenant la Baguette, il ne laisseq . tre constant que cette pratique est illicite , &

^ e ' e part dun méchant principe. Je pourrois citers e cens Théologiens qui vous diraient la même cho-> mais il suffit de mettre ici la régie quétablit SuareZr les principes généralement reçus.

. » Lorsquon (v) attend un effet d'une cause qui naP as naturellement la vertu de le produire , il est cer-'' ta in que le secret est diabolique. On le prouve ainsi.

Les moyens dont on fe sert pour produire cet effet,

5> Ne peuvent être de vrayes causes ; car ces moyens j 0nt » 011 des actions des hommes , ou Fapplication» de certaines choses naturelles. Or leffet est au dessusJj du pouvoir des hommes & de la vertu des choses na-3> Jurelles. Donc il ne faut les regarder en cette occa-' 10tl > que comme des signes de la présence dun au-»» re agent. Or cet agent ne peut être , ni Dieu , ni Ange ; parceque ces signes ne font pas dinstitu-' ^ divine, & quil ne sy trouve rien qui ait le ca-,J re des actions de Dieu , & qui porte â la piété.

3 > auteur donc de ces signes 8 c de leffet produit ne

* peut être que le Démon.

Cette régie est tout-à-fait conforme à que les-c s °nt dit fur cette matière. Saint Augustin & Saint^rysostome k supposent en Cent endroits ; & cest furp e Ç nnc 'P e quils mettent au nombre des pratiques fu-pat i. U eu ^ es & des illusions des Démons les divinationst e$ eail > p a r k feu , par le froment, par des Baguet-s Ur * & par une infinité dautres choses. Cest encoreles Ce . tïl ® me principe quils condamnent les talismans,c Ql ^ re k rv atifs ou amulétes , quoiquils fussent souventsans paroles & fans caractères. Auffi lorsquese S î Augustin fait le détail des pratiques superstitieu-se*' ' outre celles qui font évidemment telles par dess > ou par des caractères , compte-t-il celles qui

ÍCs e st^ lan ^° effectus qui per hanc artem promittitur, supra vi-, g. eatar um cauíàruna , certum est talem artem esse diaboli-S efF e Q, rria g' c am deceptionem. Probatur , quia média qux adss s adhibentur , non possunt esse causse , ex se habenteser ° nes r«ru^ 0s . quia média funt actiones humanx, vel applica-0 S° uaturalium , effectus autem funt longé superiores :

jJ er atu r . ^ at ur ut signa , ad quorum pracsentiam aliquis aliusQ eUs nuj, ed *Ue non est Deus , nec sanctus Angélus ; tum quiaJ» ^ e um ï 11 ta ' ia % na instituic , tum quia in eis uih.il est,r ° n > à q u <aece at, nec quod pietatem promoveat : est ergo Da>Pffiit. ^ 0 n °n vers, sed per prxstigia fit talis effectus L. i. deM A Ai r ' » S

itdJ Ad j. *-c at'fy. genus pertinent omnes etiam ligaturée , atquere-in ^âicorurn quoque disciplina condemnat , five impré-cis * Ve n quibusdam notis quas characteres vocant, five

oy * HUod a î i ret us suspendendis atque alligandis, vel etiam aptan-si» - non ad temperationem corporum, sed ad

c îr»° r ' I 'orn- Cationes aut occultas aut etiam manifestas , qusen,Q J sed na j" e J h ysi c a vocant, ut quasi non superstitions impli-gìti aur 'Utn si n r ^ f r0(ie sse videantur : sicut funt in aures in sum-S £>ocìnn4çf, ' aut de ^rutltionum oíîibus ansulse in di-

. 10.

PERSTITIEUSES, &c. 5 t

consistent seulement à porter sur foi quelque petite partiedun os , ou dune racine , & quon veut faire passerpour des secrets Physiques, comme, si céfoient des cho-ses qui pussent delíes-mêmes produire certains effets fortsinguliers*

DIFFICULT E>

(y) Si lusage de k Baguette âvoit pour âuteur les, Démon, il ne réussi roi t quen vertu de quelque pâc- te. Or ceux qui sont tourner 1 a Baguette , nont point sait de pacte avec le Démon ; car tout pacte est , ou explicite , ou implicite. T'explicite fe sait,

lorsque lon convient expressément par soi , ou paf autrui avec le Démon > on bien lorsque l'on saitquel- q us chose, dont on attend un effet que lon fait cer-,, tâinement provenir du Démon. Et il est bien cer-i>) tain que lhomme à la Baguette na pas fait un pacte de cette nature.

Le pacte implicite consiste précisément à faire une action ou vaine en elle-même , ou 3 laquelle on jointj, quelques circonstances vaines & inutiles , cest-à-dire,, qui nont de foi aucune proportion avec lesset quiest produit. Or (ï les choses qu'Aymar pratique é- toient de cette sorte- , il arriverait que tous ceux qui se serviraient de k Baguette dans les mêmes cir- constances > & pratiquant les mêmes choses que lui 4 contracteraient le pacte implicite avec le Démon , &,, que pár conséquent k Baguette tournerait entre leurs,, mains; ce qui est tout-à-fait contraire à lexpérience, puisque dun très grand nombre de personnes qui Ont fait lessai de 1 a Baguette , il ne sen est trouvé que fort peu entre les mains de qui elle ait plié»

R £ P O N S E*

Je répons , t. Que le Démon peut agir fans avoiffait de pacte avec les hommes. II à transporté Jésus*Christ dun lieu à uft autíe. |1 Fa tenté , & tentesouvent les justes 'qui nont point fait de pacte avec lui»Comme il ne reçoit pas des hommes le pouvoir quil afur les Corps , il peut remuer une Baguette , & touteautre chose indépendamment de nos volontçz* 11suffit donc pas de dire quon ne sest jamais donné auDiable, & quon ne Fa ni vu, ni invoqué. On, plai-sante quelquefois fort mal à propos fur cet article , &on le fait dune maniéré qui marque beaucoup digno-rance & peu de Religion.

LEcriture ne nous défend pas seulement de recouriráux Démons, elle nous avertit perpétuellement de noustenir fur nos gardes , dobserver les pièges quil noustendent , & de repousser f*) toutes leurs attaques parune vive foi. Les Docteurs & les Pasteurs de lEgliseont toujours donné aux Fidèles les mêmes avis , & onna jamais douté que le Démon ne puisse faire plusieurschoses surprenantes pour séduire les hommes, fans quilsayent fait de pacte avec lui. Il peut donc agiter uneBaguette entre les mains duri homme qui na jamaisfait de semblable pacte. II pourrait même k remuer,malgré cet homme , comme il a possédé plusieurs per-sonnes qui nauroient pas voulu être possédées»

II est vrai que si ceux qui se font servis de la Ba-guette , ou de quelque chose de cette nature dans unegrande simplicité , renonçoient au Démon au premierdoute, souhaitoient que F usage ne réussit point, & de-mandoient à Dieu la grâce de ne pas permettre que le sé-ducteur agît dans eux j il y a lieu de croire que le Dé-mon qui ne gagnerait rien- , nagiroit point. Je fuistémoin que cela est arrivé de cette manière à légard dequelques personnes qui sétoient servies plusieurs fois dek Baguette avec succès. Après quelles furent entréesdans ces dispositions , la Baguette ne tourna plus. Rc-fîjìez, ait (à) t>iable , A- H s'enfuira de vous. Vous

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(y) Mercure de Février 169;.

(L) Jac. 4. f. 1. P et. y. é» 9

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