S i HISTOIRE
pourrez voir ces faits dans deux Lettres que j’ai écritesdepuis peu à M.***, je "ies joindrai à celle ci.
Je répons, 2. Que quand les Théologiens disent queles pratiques superstitieuses supposent une espèce de pac-te , ils ne prétendent pas pour cela qu’il y ait un accordformel entre les hommes & le Démon. Ceux-mêmesqui proposent l’objectión, ne font consister le pacte im-plicite qu’à faire précisément une action vaine , c’est-à-dire qui n’ait de soi aucune proportion avec f effet quiest produit. Voici donc de quelle maniéré se contractece pacte.
On se sert , par exemple., d’une Baguette, qui parun tournoiment doit indiquer les véritables bornes d’unchamp. Ce qu’on fait , paroit naturel j tout se réduit.3 prendre un bâton de coudre, ou de quelqu’autre espé-• ce de bois.. Mais il n’y a nulle proportion entre uneborne & l'agitation d’une Baguette ; car l’essentiel d’uneborne est la convention de deux personnes, pure morali-té qui ne peut ébranler un bâton ; ainsi faction qu’onfait est vaine-, l’effet n’est pas produit naturellement.Supposons donc que le Démon a inspiré cet usage , &.qu’il lè fait réussir. Celui qui cherchera des bornes a-: vec la Baguette , doit être. censé entrer en commerceavec le Démon > & participer à son œuvre , parcëqu’ilagit avec lui. L’un tient la Baguette , l’autre la faittourner ; voilà le commerce» On a beau dire alors,je renonce à tout pacte , les paroles font démenties paríes actions. Le Démon a suffisamment averti qu’il a-.gissoit dans cette pratique ; il n’y faut jamais recourir,íì on abhorre son commerce.
DIFFICULTE*.
La Baguette découvre des scélérats, fait faire des re-stitutions , fait trouver les métaux , & plusieurs autreschoses utiles. Est-il vraisemblable que le Démon vou-lût faire tant de bien aux hommes?
REPONSE.
N’est-ce pas une chose sort ordinaire qùe les sé-ducteurs couvrent de quelque bien apparent le malqu’ils veulent; faire ? Si la Baguette ne servoit qu’àdes usages criminels , le Démon ne séduirait que desscélérats; & ce sont-ìà des gens qui tiennent à lui parbiert d’atltres endroits que par la Baguette. Il doitdonc montrer quelque bién apparent , s’il veut sédui-re des gens de probité , & lès engager à se servir dela Baguette, même dans le doute si l’esset est naturel,ôu s’íl ne Best pas. Mais comme l'Efprit de malicedoit faire plus : de mal que de bien , voyons si fousle bien que k Baguette semble procurer, il ne se faitpas plus de mal.
Elle a découvert tin criminel. Notez qu’il étoitdéja en prison. Elle a sait faire , dit-on , quelquesrestitutions à Lyon. Mais combien de crimes a-t-ellefait commettre ? Combien de brouilleries a-t-elle pro-duites datis un grand nombre de familles par de faus-ses accusations ? Vôus Bavez vu dans la précédenteLettre. Combien de vols a-t-elle fait faire , depuisqu’elle est en usage ?- Ceux qui ont été dans les arméesd’Allemagne, nous apprennent qu’il n’est rien de pluscomrhun que de voir les soldats dans leur route cher-cher , la Baguette à k main , ce que leurs hôtes ontcaché avec le plus de foin. Ils s’en servent mêmebrsqu’ils campent , pour se voler les uns les autres;pain , vin, or , argent, linge & autres nipes, la Ba-guette découvre tout pour faciliter les larcins.
Voilà déja bien des maux qui font gémir , à ceque je vois , des Auteurs Allemans qui ont parlé deía Baguette. Et pour le bien qu’elle procure, voyez,je vous prie , avec combien de ménagement & de ré-serve cela se sait. Remarquez le dans la découvertedes meurtriers de Lyon. Trois scélérats font un meur-tre, & un vol tout ensemble. L’un des trois a beau-coup moins de part que lès autres, & au meurtre &
CRITIQUE
au vol. Ses mains n’ont point été ensanglantées. Bn’a fait que garder la porte de la cave ou le meurtres’est fait ; & de cinq cens francs qu’on a volez , dne lui en est venu que six écus pour fa peine. Bienmoins adroit que ses compagnons , il se laisse prendreà Beaucaire pour un petit larcin. On le met en pri"son, d’où il ne seroit peut-être pas sorti qu’on ne h'*eût sait déclarer ses crimes , & qu’on ne lui eût ôtele moyen d’en faire aisément de nouveaux. Voilà (ce-pendant le seul des trois scélérats què la Baguette btrouver. Les autres., - dit-on, font des Démons , despestes publiques; la Baguette les épargne, le petit boffi 1paye pour Tous.
Voyez encore à quoi aboutissent les belles promet*de faire trouver des trésors. La plupart de ceux q u *les cherchent avec des Baguettes, font fort gueux. B eDémon trouve le secret de ne les faire riches qu’en idée& en espérance. 11 les entretient dans une avarice mor-telle ; & quelquefois Dieu lui permet de leur ôter bvie, lorsqu’ils sont dans cette disposition. C’est cearriva il y a près de deux ans à une famille nombreusequi logeoit tout auprès de notre maison, & qui trouv»une mort soudaine là. ou la Baguette lui avoir sait espé-rer de trouver un trésor. Je vous en dirai le détail quandil vous plaira.
DIFFICULTE’*
D’où vient que la Baguette ne totirne qu’à certaine*personnes ? Le Démon n’aime-t-il pas à se communi-quer aux horhmes autant qu’il le peut ? Et n’est-il p aîvisible que s’il étoit fauteur de l’usage de la Baguette til la seroit tourner du moins à ceux qui souhaitent de-voir cette vertu ? . . . . .
REPONS E.
ton*
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n’oublia rien p9*$
IÎ est très constant, qu’il y a eu des Magiciens , ) 3veux dire des gens qui ont fait des prodiges p,ar f opéra'tion du Démon. Faudroit-il conclure de-là.queCeux qui ont voulu f'être, font été véritablementconséquence seroit fausse. Nérondevenis habile dans la magie, & n’y put réuffir.
Comine âu tems de Notre-Seigneur il y.avoit plu,'sieurs possédez , auroit-on pu raisonner de cette manié're ? Si les Démons possédoient les hommes , ils dé'vroient les posséder tous & toujours , car ils aiment *dbminer fur euX. Qr ils ne les possèdent pas tous. Don 5ils n’en possèdent aucun. -
Les Démons ne font pas toujours tout te qu’ils V^U'lent , soit parceque les Anges qui ont .plus de pouv° ,l ' )qu’èux, empêchent quelquefois l’exécutión de leurssirs , soit parcequ’ils ne veulent pas eux-mçmes tout cCqu’ils pourraient. . .
Bien des gens savent par expérience que Jes p ra t i st ^superstitieuses ne réussissent pas toujours ; & il eststant qii’elles n’ont pas leur effet , suivant les désir* ûtoutes sortes de personnes, il y a deux mille ans stst oSl -parle de la divination par le crible. Dé tems encette détestable pratique a eu cours parmi le peuplependant on fait bien que tout le monde ne pouvoir r >faire tourner le sas, . . . . .
Ainsi bien loin de conclure que le Démon n e P{ £être fauteur du tournoiment de la Baguette , à c3L ^ g ,qu’elle ne tourne pas entre les: mains de toutes soi' teSpersonnes , il faut dire au contraire que c’est p ar < ~ ú „même que l’usage de la Baguette ressemble sort a 11 * 3tres pratiques superstitieuses. :
Le Démon en use de cette manière pour exci tes ^ nS ,vantage la curiosité, & pour entretenir les homss l£S j ele doute. Si la Baguette tournoit à toutes so rtÊS t .personnes , on ne se défierait peut-être pas da > e5mais cette différence dont on ne sautoir donner à£ne raison, fait qu’on doute, & qu’agissant avec eete, on pèche. Voilà où vise le Démon.
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