6 2. HISTOIRE
chemin de cent* lieues , ceux qui se font exhalez ducorps d’un scélérat. On veut qu'ils restent suspendus àla hauteur de quatre ou cinq pieds, sens monter ni des-cendre, fans «'écarter ni à droit ni à gauche , & qu’ilssoient toujours prêts à donner fur une Baguette , pourla faire tourner entre les mains d’un certain homme tou-tes les fois qu’il paffeta par ce chemin. Je ne fais,Messieurs, ce que vous en pensez. Pour moi j’admireque des gens d'efprit ayent avancé des choses dont ilsriroient assurément , s’ils ne les avoient dites eux-mê-mes ; maw on voit bien comment on en vient-là. Per-suadé que l’on est de faction des corpuscules , & frapépar les effets merveilleux de l’aiman , quelque prodigequ’on propose, on le compare dans l'obscurité, on croitvoir quelque rapport , on aide aux conjectures ; on ris-que un peut-être , insensiblement on assure » & quandon s’est une fois engagé, on tient ferme, & il n’est plusrien qui étonne. Faut-tl expliquer comment la Baguet-te a pu découvrir le dernier vol, dont Mr. de . . . li-foit le récit ? En trois mots ils croyent résoudre la diffi-culté. Le linge volé, disent-ils, a été d’abord touchépar le voleur. Qu’on le porte ensuite par tout ou l’onvoudra , il laissera couler le long du chemin quelquesuns des atomes que le voleur lui a communiquez. Nevoilà-t-il pas de quoi faire tourner la Baguette ? Quene se retranchent-ils , interrompit Mr. l’Abbé de....,au tournoiment de laBaguette fur l’eau & fur les mé-taux , leur explication en vaudroit beaucoup mieux , &vous ne trouveriez pas tant de ridicule dans leur systè-me. Vraiment, repartit Monsieur de. . ., ils ne man-quent pas d’en venir-là quand on les presse. Tantôt ilstâchent de prouver qu’il est naturel que la Baguettetourne fur les eaux & fur les métaux ; quelquefois ils lesupposent , & se contentent de montrer que les autreseffets n’ont rien de plus surprenant. Ils ne négligentpoint ce qui peut les favoriser. Si un système ne leursuffit pas , ils en prennent plusieurs ; s'il se rencontredans un fait quelque circonstance qui les incommode,ils 1a passent , & avec tout cela , je fuis très persuadéqu'ils n oteront jamais tout le ridicule de leurs hypothè-ses. Croyez-vous , Monsieur , dit-il en s’adressant àMonsieur l’Abbé, qu’il n’y en ait point à supposer qued’une petite partie de métal, d'une pièce de quatre sols,par exemple , il fort une assez grande quantité de cor-puscules pour tordre une Baguette jusqu’à la rompre,ou à blesser leS mains de celui qui la tient bien serrée ?On trouvera bien d’autres difficultez , si on examine a-vec foin toutes les circonstances , j’attens Thistoire detous les usages qu'on a faits & qu'on fait présentementde la Baguette en Europe , & je vois bien par ce quem’en a dit un ami de k personne qui travaille à cetouvrage , qu’il y aura de quoi déconcerter tous lessystèmes. Mais c’est parler trop longtems. J'a voisseulement résolu de dire que des Physiciens très éclai-rez croyent qu’il n’y a rien de naturel dans aucundes effets de la Baguette : & qu’ils ne font en cela
que suivre le sentiment de l’Auteur de 1 a Recherchede la Vérité , qui le décida ainsi , en répondant àune Lettre écrite de Grenoble depuis plus de troisans.
On fit paroitre quelque empressement de voir ces Let-tres, & on en commençoit déja k lecture , lorsque M.de ... . après avoir rêvé quelques momens ; est-ilpossible , dit-il , qu’un si habile homme croye qu’il ya de 1 a diablerie dans le tournoiment de la Baguette furles sources, lui qui creuse si sort dans Ia Physique, quiadmet si difficilement les miracles , qui traite d’illusionpresque toutes les histoires des Bémonographes, & quiemployé tout un chapitre de k Recherche de la Vérité,pour expliquer naturellement ce que k plupart attribuentà k sorcellerie ? Cela me passe. JT’irai le prier de me di-re ce qui en est , mais que je n’empêche pas 1a lecturedes lettres.
Voilà , Monsieur , tout ce que vous faurefc de cetteconversation , car ma lettre est déja bien longue, & jecrains que vous n’en soyez ennuyé. Je joins ici les
c R i t i q. u E
deux lettres (*). On m’a dit qu’il y en a à Paris & ìLyon plusieurs copies, & de quelques autres fur le me-me sujet, mais peut-être n’ont-elles pas été jusqu’à vous-Montrez-les , je vous prie, à notre Illustre. Il vert»dans la lettre de Grenoble des particularisez, dont il k*ra bien aise d’être informé. Je suis, &c.
W
LETTRE
Touchant U Baguette («,).
V Ous me demandez, Monsieur, quel est mon se fl *riment fur les lettres qui font dans le Mercu sîde Janvier , & qui attribuent à l’opération du Déssi° flles effets de k Baguette. Je vous vais dire en peu &mots ce que j’en pense,- & j’espére vous faire voirqu’ct 1 'core que ces lettres renferment tout ce qui se peut dû*de plus spécieux , toutefois k décision qu’elles contien*nent n’a pas un fondement solide. Car lorsque po usproduire un effet, on employé une cause qui a k fo (CÍ& k vertu naturelle de le produire, l’effet n’est pas su-perstitieux , 8 e ne vient point d’un pacte avec le Dé-mon , pourvu que d’ailleurs on n’ait pas joint à 1a eau#quelque circonstance vaine Le inutile. Ceux, par exem-ple , qui pour se guérir de 1a morsure d'un chien enrâ'gé , disent, hax , pax , max ceux qui pour faire tom-ber les poireaux, leur disent au matin , bon soir , & ! fisoir bon jour , font des actions véritablement supersti-tieuses , parceque ces paroles qu’ils employeur pour 0 U 'ses, n’ont nulle efficace à l’égard de l’effet ; Le si quel-qu'un pour se guérir de k fièvre se servoit de quelq^ 5herbes, par la raison que çes herbes auroient été cueilli 5à jeun, Le non pas après avoir mangé, il y auroit de **superstition à cause de k circonstance vaine. Mais en-fin , s’il n’y a point de ces sortes de circonstances, ^que la cause naturelle qu’on employé , ait la vertu ^produire l’effet, il n’est point superstitieux.
C’est k doctrine de 8. Thomas dans k seconde p ast 'quest. 96. art. 1. & art. 2. Je rapporterai seulement f.qu’il dit dans l’art. 2., en répondant à l’objection qU ^s’étoit proposée. Il dit que , si l’on applique fimp^ment des causes naturelles pour k production des efst*que l’on croit que ces causes peuvent produire naturelsment, il n’y a en cela aucune superstition ni rien d’ik'cite, mais que si l’on ajoute quelques caractères, qu -ques paroles , ou quelques autres observances , tell £S jqu’il soit manifeste qu’elles n’ont en soi aucune force 0vertu pour l’effet qu’on attend ; en ce cas-Ià, il y aperstition , bien entendu toutefois que ces signes, £soient pas des signes instituez par J. C. ou par souglise. Tous les autres Théologiens conviennent avecThomas de cette doctrine.
Or suivant cette régie , il n’y a rien de ssiperststi^ou de magique dans les expériences , qu’on dit que *Aymar , car les causes qu’on employé pour explifl. f{le mouvement de 1 a Baguette , ont la vertu de k * 3i jjplier, puisque pour mettre un corps en mouvement»^suffit d’employer un autre corps qui soit lui-mé 10 ®mouvement, & c’est aussi ce qu’on fait. Au suff o-que ce corps en mouvement soit les corpuscules éruassdu meurtrier, des métaux , de l’eau, &c. qu’on /gne si l’on veut la matière subtile , que ces corpU'les agissent fur 1 a Baguette , par I’entremife des &Panimaux ou des muscles fléchisseurs des doigts, oU x.fin qu’on explique le pliement de 1 a Baguette de fl , QÍiqu’autre maniéré qu’on voudra ; on voit toujours fl^,fait mouvoir un corps par un autre qui est en r® 0 . e $,ment, & que l’on n’employe pas ou des figures va ^
(&) C’est la première Lettre du P. lè Brun, & la rép oîllalebranche, qui sent ci devant. , g
(a) Iníerée dans le Mercure de Février 169;- p- * 3 ^ p3s ]é 01'est une réponse aux deux premières Lettres dont « el gfcj* 3 ':ssus, & quí avoient d’abord été insérées dans le Mer corer de l’aa 169;.