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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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64 histoire

le pacte est ôté & détruit ; autrement il faudroit direque le Démon peut induire & porter au péché un hom-me malgré lui, & contre sa propre volonté.

Le Cardinal Cajetan nous apprend dans fa Sommequ'il fit un jour une expérience , à dessein de rompre,pour Futilité des Fidèles, le pacte diabolique. Ce Car-dinal dit quayant pris une bague attachée à un fil , ilprotesta que le verset quon récite en cette occasion, ilne le disoit point en intention de faire mouvoir la baguesuivant la convention du Diable , mais quil le disoitpour louer Dieu suivant lintention du Psalmiste. Etenfin il dit quayant récité le verset , la bague quil te-noit suspendue dans le verre, ne remua point.

Ce fait que ce Cardinal nous dit quil a éprouvé lui-même , nous apprend premièrement quon peut renon-cer au pacte ; secondement , qUaprès y avoir renoncé,Fesse t ne sensuit point , sil est attaché au pacte ; troi-sièmement , que si nonobstant cette renonciation Feffetsensuit, il doit avoir une cause naturelle, sauf aux cu-rieux à la rechercher. Or Aymar , & les autres qui sesont servis de la Baguette , & qui sen servent encoretous les jours pouf découvrir les sources deau, les mé-taux , &c. tlon seulement ne sont point convenus avecle Démon , & ne Font point invoqué , mais ils nousprotestent encore , & nous déclarent quils renoncent àtout pacte avec lui, & quils ne font cette action, queparcequíls la croyent naturelle , & éloignée de toutesuperstition. D il saut conclure que , dans le faitdont il est question , il ny a ni pacte explicite, ni im-plicite avec le Démon.

De quelle force peuvent être après cela les raisons deces Messieurs? La chose volée, disent-ils, est la mêmequauparavant ; mais f homme qui vole , est-il dans lamême tranquillité quauparavant , & ne cause-t-il pointde changement , tant dans la chose volée que dans leslieux il passe ? Le chemin est le même avant & aprèsque le maître dun chien y a passé. Comment se fait-il donc que le chien choisit si bien ce chemin, & laisseles autres? Comment se fait-il quun bon chien de chas-se suive si exactement tous les détours par le lièvre apassé? II faut regarder Aymar après un voleur , commeun chien après un lièvre , & il ny a pas plus de lieud'être surpris de ce quil ne convient pas à toutes sortesdhommes d'être touchez de la piste ou des corpusculesdu voleur , que de ce quil ne convient pas à toutesfortes de chiens de chasser le lièvre. II faut penser lamême chose des bornes transplantées , que de la chosevolée.

Mais comment se peut-il faire , disent-ils , que lescorpuscules émanez de Fhomicide ou du voleur, persé-vèrent si longtems dans Fair, & ne soient point dissipezpar les vents ? Je demande aussi pourquoi les corpuscu-les ou les globules de la lumière ne font pas emportez parles vents , & pourquoi la peste persévère si longtemsdans Fair ? Ces exemples, & plusieurs autres quon pour-roit rapporter , suffiroient pour exclure Fopération duDémon , quand même Mr. Chauvin nauroit pas déjarépondu à ces difficultez. Mais on pourroit donner uneréponse bien plus jolie , si le monde étoit encore dhu-meur à se vouloir contenter de ces qualitez , qui íèperpétuent par propagation dans le sujet qui se ren-contre.

Leau , disent-ils, qui est à découvert, devroit agirplus fortement pour le mouvement de la Baguette , quenon pas leau qui est cachée fous terre. Mais leur mê-me raison prouve que lAyman qui est tout à décou-vert , devroit agir plus fortement que lorsquil est armé.Ce seul exemple fait voir Finutilité de lobjection , 8cnous montre quil faut recourir aux conjectures & nonau Démon. Ne pourroit-on point dire que les vapeursde leau nont leur force pour Feffet dont il s'agit, queparcequ elles entraînent avec elles certaines terreflréite s,,ou parcequ en traversant les pores de la terre, elles pren-nent certaines autres modifications que nont point les 1vapeurs de leáu qui est à découvert ? Messieurs Chau-vin 8c Garnier , & Ics autres qui ont posé des systèmes

C R I T I au E

pour F explication de ces expériences , ont déja réponsaux principales difficultez. Mais il ne sensuit nulsewenque ceux qui ne se trouveront pas satisfaits , ni de c£systèmes ni des réponses , ayent plus de droit de recourir au Démon dans cette occasion, que dans Fexpli catI011de tous les autres effets de la nature , qui se paff £nt ennous, ou hors de nous.

Delrio auroit eu bien plus de raison daccuser de '° r 'cellerie Avicenne , Alkindus , Paracelse , Pompons*André Catanée , & dautres qui soutiennent que la ^° r *ce de limagination est telle, que non seulement elle P el j £fasciner des personnes fort éloignées, ou leur procurerguérison, mais encore remuer les corps, exciter des t 011 'néres & des pluyes. Cependant il ne traite pas deforte ces Auteurs. Il dit seulement que ìopinion c ° n '.traire est plus commune parmi les Théologiens , 8c 1tâche même de concilier les deux fentimens , en dis antquil est vraisemblable que la force de limaginàtion P eUtcauser quelque changement dans les corps extérieurs *pourvu quils ne soyent pas trop éloignez : & il app° r 'te cette raison, quil se peut faire, que les effets de liru a>gination soyent du nombre de ceux dont nous ignore» 115les causes.

Y auroit-il raison encore après tout cela dattribuer ^libertinage , Fessai que font les Physiciens dexpliq ue£par des causes naturelles , les effets de la Baguette-Nest-ce pas au contraire un libertinage , & une espé^didolatrie , dattribuer au Démon les effets de Dieu #de la nature ? Cest manquer de reconnoissance, Sc ât £(au premier Etre ce qui lui appartient, par le titre de 13souveraineté, & ce nest point juger à lantique, (p 0 ^me servir des termes de ces Messieurs) car lancienne feest pour Dieu , pour la nature & pour la vérité. ^Démon est postérieur , il nen est que le singe 8c 1 £prestigieux imitateur. Les Physiciens ne font ici q uefaire mouvoir un corps tel quest la Baguette , par 1,0autre corps qui est en mouvement. Cest ainsi quon atoujours raisonné; & cest une nouveauté.que de ne P aSpenser de la sorte. Aussi ces Messieurs ne parlent qu 3 ',vec scrupule, & ils ne prétendent pas , disent-ils,

leurs conjectures soient regardées comme des démonstiens. Pourquoi donc traiter de chimères , de libert 1 'nage & dimpiété le sentiment contraire au leur ?Thomas na-t-il pas averti quun effet nest superstíd £U *que lorsquil est tel, quil est manifeste, & que la ^se quon employé pour le produire na aucune force yefficace pour cela. ..

Quelle application peut avoir au fait présent ce q u Jdisent de lArtocrate , de la Rabdomantìe , & des vess> eSdont se servent quelquefois les Magiciens dans leurs se 1 'persistions? Ces Messieurs pouvoient joindre à cespies la Lithomantie , / Onphalomantìe , FImmantie > ^cent autres manières de divination. On trouvera d atoutes ces espèces , le véritable caractère de la sup £{lion. On trouvera quavec les Baguettes, ou ave cautres choses naturelles dont ces Magiciens se servoi ent Jils joignoient quelques paroles, ou quelques circonst 311ces , ou enfin quelques autres signes qui nont auC uproportion , aucun rapport avec Feffet quils voul° ,£produire. Quon lise ce que dit Rhodiginus de ceRabdomantie, après Hérodote & Strabon, on y tr °vera la vérité de ce que j'avance. Car enfin , de ^loir faire passer pour sorciers tous ceux qui se serven £verges & de bâtons , cest vouloir accuser de force*les Bedeaux de nos Paroisses , & cent autres perse» 11 ^qui se servent de ces choses pour quelques marçff^jdistinction de leurs charges , ou de leurs emploi »parler de Moïse qui sest servi de verges pour c ° n e jl-dre les Magiciens , & pour tant dautres effetsleux en Egypte & dans le désert ; 8c cest à rassismauvais usage des verges -, & à raison des paroles ^vocations diaboliques qui se rencontrent dans la st- 3 Amande, que lEcriture & S. Jerôme la condamnent»

'que nous la condamnons aussi.

Quant à ce quon dit que des gens du Nord ven» ^des caractères pour réussir en différens métiers , ^

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