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le pacte est ôté & détruit ; autrement il faudroit direque le Démon peut induire & porter au péché un hom-me malgré lui, & contre sa propre volonté.
Le Cardinal Cajetan nous apprend dans fa Sommequ'il fit un jour une expérience , à dessein de rompre,pour Futilité des Fidèles, le pacte diabolique. Ce Car-dinal dit qu’ayant pris une bague attachée à un fil , ilprotesta que le verset qu’on récite en cette occasion, ilne le disoit point en intention de faire mouvoir la baguesuivant la convention du Diable , mais qu’il le disoitpour louer Dieu suivant l’intention du Psalmiste. Etenfin il dit qu’ayant récité le verset , la bague qu’il te-noit suspendue dans le verre, ne remua point.
Ce fait que ce Cardinal nous dit qu’il a éprouvé lui-même , nous apprend premièrement qu’on peut renon-cer au pacte ; secondement , qU’après y avoir renoncé,Fesse t ne s’ensuit point , s’il est attaché au pacte ; troi-sièmement , que si nonobstant cette renonciation Feffets’ensuit, il doit avoir une cause naturelle, sauf aux cu-rieux à la rechercher. Or Aymar , & les autres qui sesont servis de la Baguette , & qui s’en servent encoretous les jours pouf découvrir les sources d’eau, les mé-taux , &c. tlon seulement ne sont point convenus avecle Démon , & ne Font point invoqué , mais ils nousprotestent encore , & nous déclarent qu’ils renoncent àtout pacte avec lui, & qu’ils ne font cette action, queparcequ’íls la croyent naturelle , & éloignée de toutesuperstition. D’où il saut conclure que , dans le faitdont il est question , il n’y a ni pacte explicite, ni im-plicite avec le Démon.
De quelle force peuvent être après cela les raisons deces Messieurs? La chose volée, disent-ils, est la mêmequ’auparavant ; mais f homme qui vole , est-il dans lamême tranquillité qu’auparavant , & ne cause-t-il pointde changement , tant dans la chose volée que dans leslieux où il passe ? Le chemin est le même avant & aprèsque le maître d’un chien y a passé. Comment se fait-il donc que le chien choisit si bien ce chemin, & laisseles autres? Comment se fait-il qu’un bon chien de chas-se suive si exactement tous les détours par où le lièvre apassé? II faut regarder Aymar après un voleur , commeun chien après un lièvre , & il n’y a pas plus de lieud'être surpris de ce qu’il ne convient pas à toutes sortesd’hommes d'être touchez de la piste ou des corpusculesdu voleur , que de ce qu’il ne convient pas à toutesfortes de chiens de chasser le lièvre. II faut penser lamême chose des bornes transplantées , que de la chosevolée.
Mais comment se peut-il faire , disent-ils , que lescorpuscules émanez de Fhomicide ou du voleur, persé-vèrent si longtems dans Fair, & ne soient point dissipezpar les vents ? Je demande aussi pourquoi les corpuscu-les ou les globules de la lumière ne font pas emportez parles vents , & pourquoi la peste persévère si longtemsdans Fair ? Ces exemples, & plusieurs autres qu’on pour-roit rapporter , suffiroient pour exclure Fopération duDémon , quand même Mr. Chauvin n’auroit pas déjarépondu à ces difficultez. Mais on pourroit donner uneréponse bien plus jolie , si le monde étoit encore d’hu-meur à se vouloir contenter de ces qualitez , qui íèperpétuent par propagation dans le sujet qui se ren-contre.
L’eau , disent-ils, qui est à découvert, devroit agirplus fortement pour le mouvement de la Baguette , quenon pas l’eau qui est cachée fous terre. Mais leur mê-me raison prouve que l’Ayman qui est tout à décou-vert , devroit agir plus fortement que lorsqu’il est armé.Ce seul exemple fait voir Finutilité de l’objection , 8cnous montre qu’il faut recourir aux conjectures & nonau Démon. Ne pourroit-on point dire que les vapeursde l’eau n’ont leur force pour Feffet dont il s'agit, queparcequ elles entraînent avec elles certaines terreflréite s,,ou parcequ en traversant les pores de la terre, elles pren-nent certaines autres modifications que n’ont point les 1vapeurs de l’eáu qui est à découvert ? Messieurs Chau-vin 8c Garnier , & Ics autres qui ont posé des systèmes
C R I T I au E
pour F explication de ces expériences , ont déja réponsaux principales difficultez. Mais il ne s’ensuit nulsewenque ceux qui ne se trouveront pas satisfaits , ni de c£systèmes ni des réponses , ayent plus de droit de recourir au Démon dans cette occasion, que dans Fexpli catI011de tous les autres effets de la nature , qui se paff £nt ennous, ou hors de nous.
Delrio auroit eu bien plus de raison d’accuser de '° r 'cellerie Avicenne , Alkindus , Paracelse , Pompons*André Catanée , & d’autres qui soutiennent que la ^° r *ce de l’imagination est telle, que non seulement elle P el j £fasciner des personnes fort éloignées, ou leur procurerguérison, mais encore remuer les corps, exciter des t 011 'néres & des pluyes. Cependant il ne traite pas deforte ces Auteurs. Il dit seulement que ì’opinion c ° n '.traire est plus commune parmi les Théologiens , 8c 1tâche même de concilier les deux fentimens , en dis antqu’il est vraisemblable que la force de l’imaginàtion P eUtcauser quelque changement dans les corps extérieurs *pourvu qu’ils ne soyent pas trop éloignez : & il app° r 'te cette raison, qu’il se peut faire, que les effets de l’iru a>gination soyent du nombre de ceux dont nous ignore» 115les causes.
Y auroit-il raison encore après tout cela d’attribuer ^libertinage , Fessai que font les Physiciens d’expliq ue£par des causes naturelles , les effets de la Baguette-N’est-ce pas au contraire un libertinage , & une espé^d’idolatrie , d’attribuer au Démon les effets de Dieu #de la nature ? C’est manquer de reconnoissance, Sc ât £(au premier Etre ce qui lui appartient, par le titre de 13souveraineté, & ce n’est point juger à l’antique, (p 0 ^me servir des termes de ces Messieurs) car l’ancienne feest pour Dieu , pour la nature & pour la vérité. ^Démon est postérieur , il n’en est que le singe 8c 1 £prestigieux imitateur. Les Physiciens ne font ici q uefaire mouvoir un corps tel qu’est la Baguette , par 1,0autre corps qui est en mouvement. C’est ainsi qu’on atoujours raisonné; & c’est une nouveauté.que de ne P aSpenser de la sorte. Aussi ces Messieurs ne parlent qu’ 3 ',vec scrupule, & ils ne prétendent pas , disent-ils,
■leurs conjectures soient regardées comme des démonstiens. Pourquoi donc traiter de chimères , de libert 1 'nage & d’impiété le sentiment contraire au leur ?Thomas n’a-t-il pas averti qu’un effet n’est superstíd £U *que lorsqu’il est tel, qu’il est manifeste, & que la ^se qu’on employé pour le produire n’a aucune force yefficace pour cela. ..
Quelle application peut avoir au fait présent ce q u ’ Jdisent de l’Artocrate , de la Rabdomantìe , & des vess> eSdont se servent quelquefois les Magiciens dans leurs se 1 'persistions? Ces Messieurs pouvoient joindre à cespies la Lithomantie , /’ Onphalomantìe , FImmantie > ^cent autres manières de divination. On trouvera d atoutes ces espèces , le véritable caractère de la sup £{lion. On trouvera qu’avec les Baguettes, ou ave cautres choses naturelles dont ces Magiciens se servoi ent Jils joignoient quelques paroles, ou quelques circonst 311ces , ou enfin quelques autres signes qui n’ont auC uproportion , aucun rapport avec Feffet qu’ils voul° ,£produire. Qu’on lise ce que dit Rhodiginus de ceRabdomantie, après Hérodote & Strabon, on y tr °vera la vérité de ce que j'avance. Car enfin , de ^loir faire passer pour sorciers tous ceux qui se serven £verges & de bâtons , c’est vouloir accuser de force*les Bedeaux de nos Paroisses , & cent autres perse» 11 ^qui se servent de ces choses pour quelques marçff^jdistinction de leurs charges , ou de leurs emploi »parler de Moïse qui s’est servi de verges pour c ° n e jl-dre les Magiciens , & pour tant d’autres effetsleux en Egypte & dans le désert ; 8c c’est à rassismauvais usage des verges -, & à raison des paroles ^vocations diaboliques qui se rencontrent dans la st- 3 Amande, que l’Ecriture & S. Jerôme la condamnent»
'que nous la condamnons aussi.
Quant à ce qu’on dit que des gens du Nord ven» ^des caractères pour réussir en différens métiers , ^
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