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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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66 HISTOIRE

avoit passé par b grande porte. II fit tourner la Ba-guette au buffet à cause de Pargent , & elle ne tournapoint sur une manne qui en étoit pleine , parcequelleétoit couverte. Ayant apperçu un peu de dorure aubas dun siège , il fit encore tourner fa Baguette, &voulut persuader que c'étoit de cette dorure dont elleprenoit ce mouvement. II entra ensuite dans un cabi-net , tous les sièges font dorez, mais couverts dehousses jusquen bas , & la Baguette ne tourna point,non plus que fur un grand chandelier à bras dargent,fous lequel íl étoit , & auquel il ne prenoit pas garde.Faites réflexion , Monsieur , que je ne vous dis riendont des Princes & des Princesses, & une infinité dau-tres personnes, ne soient témoins.

Pour retrouver une aísiéte qui avoit été volée à M,de Gourville , il fit passer le voleur à travers la foire,& après avoir conduit ceux qui laccompagnoient jus-quà la dernière maison du côté des Incurables , il ditquil falloit aller à Versailles. Vous remarquerez quelaffiéte ayant été volée au mois dOctobre , la foire autravers de laquelle il íaisoit passer le voleur, nétoit pasouverte en ce tems-.

Voici ce qui sest passé à Chantilly. Monsieur lePrince voulut savoir qui avoit volé les truittes dun bas-sin. La Baguette tourna fur plusieurs endroits de cebaffin , pour marquer que ce nétoit pas par un seulquon avoit volé les truittes. La Baguette conduisitAymar & fa compagnie à une petite maison , & montrales lieux elles avoient été mangées. Elle ne tournapas pourtant fur les personnes qui étoient préièntes ,mais un de la maison qui étoit absent , sitot quil lesut , alla trouver Jacques Aymar pour se faire déclarerinnocent par la Baguette. Aymar qui étoit pour lorscouché, & qui se disoit sort las , ayant été obligé dese lever par limportunité de cet homme, prit sa Baguet-te, & elle tourna , ce qui lobligea de prendre la suite,dans la crainte quon ne prît cela pour une conviction.Lon fit ensuite monter le premier Paysan quon ren-contra, & lon dit à Jacques Aymar quil y avoit unepersonne dans la compagnie que l'on soupçonnoit du voldes truittes. Il fit tourner un peu fa Baguette fur cethomme, & dit quil n'avoit point servi à voler les truit-tes, mais quil en avoit mangé. Enfin pour le mieuxpousser L bout , lon prit un garçon denviron douzeou quatorze ans , & M. de Vervillon insinua douce-ment comme en confidence à Jacques Aymar, que cé-toit le fils de celui qui sétoit enfui. Aymar ne fit passemblant de P entendre, mais il lui fit tourner la Baguet-te dune rapidité merveilleuse, & dit quil avoir volé &mangé les truittes. Remarquez quil ny a quun anque ce garçon demeure à Chantilly , & quil y en aplus de sept que les truittes ont été volées. II y a dau-tres circonstances en ces faits , mais toutes à la confu-sion de Jacques Aymar.

Lon voulut éprouver sil avoit quelque habileté pourconnoitre les eaux & leurs sources , quune infinité degens se vantent de découvrir. Mais dans cette recher-che de Peau , il passa trois fois fur la rivière de Chan-tilly qui est cachée par une voûte de pierres , & parde la terre , & des arbres qui font dessus, fans que laBaguette tournât. On lui dit même , lorsquil étoitsur cette rivière, de prendre garde sil ne trouvoit pointdeau ; tout cela sut inutile , la Baguette ne tournapoint. M. Bufliere qui étoit présent , lui demanda siles yeux lui servoient pour deviner les endroits quil ve-noit de marquer à une allée il disoit quil y avoit deleau , & Aymar ayant répondu que non , on lui ditquil ne pouvoit pas donner un témoignage de fa sincé-rité qui plût davantage à M. le Prince que celui quonlui alìoit proposer. Cétoit quon lui banderoit les yeux,Sc quaprès cela on verroit si la Baguette trouveroit lesmêmes endroits. Mais il ne voulut pas se soumettre àcette épreuve. On lui demanda auffi comment en cher-chant des sources & de Peau , il distinguerait lor &largent , sil en rencontrait. II répondit que íon in-tention fuffisoit pour ne sy pas méprendre.

C K i T- -I CL U E

M. Goyonot, Greffier Conseil, par ordre & deconcert avec S. A. S. feignit quon lavoit volé , &casser un panneau de vitres. Aymar qui fut apellé , fi £tourner la Baguette fur la table , & fur la vitre casses,fans quelle tournât fur lescalier. Il la fit tourner audessous de la fenêtre, dans la cour, & dit que le voleurnavoit point passé fur lescalier , mais que le vol avoitété fait par la fenêtre & la cour, & continuant de-pour-suivre ce vol chimérique , il aurait trouvé sans douteun voleué ; mais on se contenta de lui demander par ouavoit été le voleur , après quil étoit sorti de la maisoU*II dit que cétoit à droite , pareeque sa Baguette tour-noi t par- , 8c ne tournoit point du tout à gauche*Monsieur le Prince étant informé du fait par M. Goy 0 'not, fit venir chez lui ce galant homme, & vous pou-vez penser comment il y sut traité.

M. Peyra , Concierge, vous témoignera quAymaralla chez un parent de M. de la Fontaine, Maréchal de*Logis du Régiment des Gardes , lon avoit for ceune armoire , & volé huit cens livres. Ce fourbe 6 eplusieurs tours pour découvrir le vol, & comme il cro-yoit que cétoit un vol feint, comme celui de M. Go-yonot , la Baguette ne tourna en aucune sorte. Ain* 1ne tournant point à de véritables vols , & tournant à d#vols feints, on nen saurait conclure autre chose , si"OUquil la fait tourner comme il lui plait. Tout le mo"'de la fait tourner auffi , pour peu quon veuille s'e"donner la peine. 11 ne faut que prendre deux pkim £Sneuves, attachées par une ficelle du côté quon les tail-le, une en chaque main, & les plier, & les écarter po urles obliger à faire ressort & à se| mouvoir. Vous en V#'rez un modèle imparfait, qui ne laissera pas de vous s u)Vprendre.

Un jeune homme j dans le doute que fa maîtresse &sage , différait toujours à se marier. Il alla consulslhomme à la Baguette, pour savoir de lui si elle nét 0,tpoint galante. Aymar reçut deux écus que lui donn ace jeune homme, & dit ensuite au Valet de chambreM. Briol, que ce nétoit pas assez quil eût été payé d elamant , quil le vouloir être auffi de la maîtresse » ^quil irait la trouver pour lavertir quil savoir de l £înouvelles, & quil falloit quelle lui donnât de Barges» 1si elle vouloir quil dît quelle étoit sage.

Peut-être petisez-vous que je vous écris une 1coméd^pour vous divertir. Non, Monsieur, ce font des & iíScertains dont je vous fàis part. J'aurais bien daatf 1 *choses à vous dire, qui font auffi!vrayes & plus furp^nantes , si je vous parlois de linfidélité des maris & dfemmes que la Baguette connoit , & des innocens ssront été accusez & mis en prison par la Baguette » 01que les vrais coupables ont justifiez ensuite. II y ascélérats dune nouvelle espèce, quon prend pour dh oílnêtes gens , & qui entrent en commerce avec Ay^^Ils indiquent les chemins , & font arrêter la Bag^ .par des mines , des gestes , & des paroles même 5 alieux ils veulent. Ce que jai à vous dire ferajet dune autre lettre. , g5

M. Ferrouillard , Marchand de draps de la rue .Mauvaifes-paroles , apella Jacques Aymar le soir aVson départ, dans la pensée quil pourrait lui faire reC °^,vrer quatre ou cinq pièces de draps quon lui avoitrobées. Pour lengager à cela , il lui donna un h a j/,quAymar fit porter par provision I lHôtel deLa compagnie fut nombreuse , plusieurs voisins ayvoulu voir ce quil ferait , Meilleurs Renier ,ton, du Chaisne, Mortier , 8c autres en étoient*^ ^Baguette les conduisit aux Jésuites par la Grève, 3 r e jquepuce , à Montreuil , & comme il falloit st8c manger, on dit à Aymar , dans un lieu 1^.^,toit arrêté , quon lui donnerait quatre louispourvu quil íît tourrter fa Baguette à un demi ^ o(ices louis, dans un espace de seize pieds en quarte ^les avoit cachez. II refusa le parti , & com me > j g[1 ,sort tard, il dit quil viendrait reprendre la pist e ^ydemain. II la reprit en effet , après quil se rutrassé de ceux qui laccompagnoient, & mena M