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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES, &c. 67

souillard jusqu’à Neuilly, après quoi il s’en alla. AinsiMarchand perdit son habit, & fit inutilement pourCinquante francs de dépense. Je crois qû’il n’en fautP as davantage pour vous convaincre qu’Aymar est un°urbe. On m’a dit que la Baguette tourne par leeffort que fait chaque branche en la courbant, com-me deux forces qui fe balancent , & qu’un mouve-IIlen t insensible du poignet les détermine de telle for-

í e , que les mains sont comme deux pivots immo-biles.

L’on pensoit que la crainte de l’homme à la Ba-guette pourrait retenir les petites gens à 1 * Hôtel. Ce-P e udant dans le tems même que ce fourbe y a été,0tl a volé impunément aux écuries de S. A. S. la^leur de cent écus , fans qu’il ait pu rien trouver.°us en apprendrez encore davantage par la copie delettre que vous allez lire. Elle est de M. Robert,r °cureur du Roi au Châtelet de Paris , & adresséeau Père Chevigny, son oncle, Assistant du Père Gé-Derj l de l’Oratoire,

LETTRE (0-

ùîr. Robert Procureur du Roi au Châtelet de Paris.

R- P. Chevigny fin Oncle , ^JJijìant du Père Gé-néral de P Oratoire.

I L est vrai que fur toutes les merveilles qu’on disoit, de Jacques Aymar & de fa Baguette , Monsieur lesilice a eu la curiosité de le faire venir à Paris. Quand11 y fut arrivé , par son moyen ou à son occasion on^Pporta le prix de deux flambeaux d’argent qui avoientjíf volez il y a deux ans. Monsieur le Prince me fitsonneur de m’en parler , non pas comme croyant ley Cr ^ t è Jacques Aymar , mais comme en doutant, &lik at y en éclaircir la fausseté ou la vérité. Je pris laîrté de dire à S. A. S. que je ne croyois point du° ut l’habileté de cet homme , que c’étoit assurémente bete ou un fripon, & qu’encore qu’il y ait dans lac lare k* en des secrets dont nous ne connoissons pas lesHq 1 i * ^ dont les effets passent nos raisonnemens &, s lumières , néanmoins ce que disoit Jacques Aymar°>t porté trop loin pour être véritable. J’ajoutai mê-^ qu’il n’étoit pas permis de douter fur ces matières,toutes les folies qui sont faites tous les jours parfes ^ £nS cherchent les trésors cachez & d’autres cho-des r* 1 mo y en des Esprits, & par tous les Chercheursd ez lecrets ' n’étoient point faites par des gens perfua-éy:* par des gens qui doutoient , & qu’ainsi pourt 0u er ces inconvéniens , il falloit être ferme à rejetterS. Ces visons , & à ne les point croire. J’offris àAy ' P our ^ détromper , de la mener avec Jacquesgj ^nar en des lieux , où des hommes avoient été tuez ,q Ue ans iefquels il s’étoit commis des vols , & lui dison kvoit oh étoient les coupables , & lesy 'w qu’îls avoient tenus depuis qu’ils avoient tuéh v e ' nous connoitrions avec certitude quelle étoitcq^ u <se la Baguçtte. J’eus donc l'honneur de l’ac-Ar c |, dans la rue saint Denis , en un lieu où und’ép£ ç àu Guet avoit été tué de quinze ou seize coupsCh âte , P ar des gens qui avoient été menez depuis au!e ]; e Jacques Aymar passa deux ou trois fois furqu’elj c 5 & elle ne tourna jamais. Il dit pour s’excuserPar u ne faisoit point d’effet pour le meurtre commise *sient Mouvement de colère ou d’ivrognerie, mais seu-cr Uaiué P«Ur des assassinats préméditez , commis avec, e jj’ e ou pour voler , & qu'en toutes sortes de cri-v oiç nt «ssoit de tourner, quand les coupables les a-^°Us ; V ° Uez ' bien qu’ils ne fussent pas encore punis.Cç s so rt p j Z Lien quelle considération on doit faire fur,Uc Une j-qf distinctions. Mais afin qu’il ne restât plussihculté , j’eus l’honneur de mener Monsieur

Inférs j

° an * lc Mercure d’Avril 169Z. p. 167. Sc fuiv.

le Prince dans la rue de la Harpe j en un lieu où jefavois qu’il avoit été commis un vol, au moment du-quel le voleur avoit été trouvé en flagrant délit, saiside la chose volée & mené au Châtelet, où néanmoinsil nioit le fait, quoiqu’il fût chargé & convaincu parplusieurs témoins : mais la Baguette ne tourna pointencore , & Jacques Aymar n’en put donner aucuneraison. Voilà tout ce que je fais de l’affaire. J’aioui dire que depuis en plusieurs autres expériences fai-tes à Versailles , & à Chantilly, la Baguette n’a pasété plus heureuse , que même Jacques Aymar avoitété convaincu de supposition , & l’avoit avoué ; maisje ne le fais que par le bruit commun , n’ayant pascru devoir prendre aucun soin d’une pareille fadaise,qui marque combien les hommes sont faciles à donnercréance aux choses nouvelles , & qui leur paraissentextraordinaires. Je fuis, &c.

Je vous dirai pour conclusion que S. A. S. veutbien qu’on assure le Public pour le détromper , quela Baguette de Jacques Aymar n'est qu’une pure illu-sion , & une invention chimérique. Ce sont les paro-les de Monsieur le Prince.

LETTRE (d).

De Monsieur de Malbofquer.

A Mr. DE V. L. R. O. D.

Sur le Traité de la PhjJìque occulte.

C Omme la vérité n’est point de ce monde ] &que l’imagination , son ennemie irréconciliablel’en a bannie, ne soyez pas surpris, Monsieur, si peude personnes peuvent aborder dans cette heureuse ré-gion où elle habite. Le chemin qui y conduit estfort étroit , & la plupart ne font pas les recherchesqui sont nécessaires pour le trouver. Au contraire,celui qui conduit à Terreur, est large Lc fort ípàcieux,'& les hommes charmez des fantômes de leur imagina-tion , y courent en foule. Les disputes qui fe sontélevées depuis sept ou huit mois , & la bizarerie desfentimens des hommes au sujet de ce fameux Devi-nent qui fait tant de bruit dans le monde , sont unepreuve convaincante de ce que je vous dis , quoiqueje ne vous apprenne rien de nouveau là-dessus. Toutle monde discourt de la Baguette, tous les Philosophesen disputent, chacun selon son humeur , selon son ca-price , & selon la passion qui le transporte. Í1 n’y apas jusqu’au moindre Physicien qui n’ait paru sur lethéâtre , pour nous débiter ses fentimens fur cette ma-tière. Tous néanmoins ont pris des routes si différen-tes & si écartées , qu’il ne faut pas s’étonner s’ils onttous échoué juscju’à présent dans les écueils ténébreuxde Terreur. L’un a pris la route du Ciel , pour cher-cher dans le mouvement des Astres & dans leur con-jonction > ce qu’il ne pouvoit trouver fur la Terre, oupour mieux dire , dans le plus secret de lui-même.L’autre a eu recours aux esprits que les meurtriers tran-spirent , & après leur avoir donné une force mouvantetoute extraordinaire , il les à introduits jusques dans lefond des fibres des mains , où supposant qu’ils produi-sent des mouvemens convulsifs , il s’est imaginé avoirdonné au public là plus belle méchanique qui fût ja-mais ; mais il n’a eu garde d’appliquer son système à ladécouverte des eaux , des chemins perdus, & des bor-nes des champs, parcequ’il scntoit bien que les Vapeursfroides & humides de seau étant d’une nature toute op-posée à celle des esprits meurtriers , n’étoit pas propre àproduire de grandes fermentations , & qu’il aurait fallubâtir un autre système , & en faire autant de particu-liers qu’il y a des phénomènes différens à expliquer dansla fameuse question de la Baguette. Celui-là s’arrêtan t

au

(d) Tirée du Mercure de Juillet 169;. p. % 6 . & fuir.R r