7 o HISTOIRE
pérament qu’il plaira aux nouveaux Physiciens de don-ner à un particulier.
Avant que de finir cette lettre , permettez-moi devous dire ce qu’un de mes Amis. m’a assuré avoir vu& entendu. C’est qu’Aymar dédaigne les sources &les- meurtriers, il assure que fa Baguette tourne fur lescorps- des Bienheureux. Je fuis sûr qu'il trouvera desPhysiciens qui expliqueront ce méchanifme sacré , lesprincipes qui font répandus dans les lettres qui fontimprimées à Lyon , font fort féconds pour cela. Si :quelque habile homme ne nous donne un systèmeraisonnable sur cette matière , je mettrai par écrit ce-lui que je vous ai communiqué il y a quelque tems.Je fuis, &c.
A Grenoble , le i o, May tóg j.
Lettre écrite p mr Monsieur *** au R. P. le Brun Prêtrede l’Oratoire sur son Traité des Superstitions.
N E pourroit-on point, mon Révérend Père expli-quer certains faits , qui ne paraissent guéresmoins surprenons que ceux que vous rapportez de laBaguette, par ce qu'on appelle la poudre ou les effetsde la sympathie ? J’ai oui raconter à des personnes d’hon-neur & de bon sens des faits.dont ils avoient été témoins,qui ont été pris par de bons Curez pour des sortilè-ges ; quoique cependant , il n’y eût rien que le Che-valier Dighbi Anglois n’aye posé pour principe dansle Livret qu’il a composé sur cette matière , 8 c quine soit afléz conforme aux découvertes de la Philoso-phie de Descartes. Qui empêcherait qu’on ne pûtexpliquer par la sympathie ces charges ou sortilèges,où les bergers mêlent tantôt du sang de leurs mou-tons avec certains simples , ou en nourrissant un cra-paut , ou un autre infecte dans un pot de terre , dece même sang tiré au mois de Mars , ou à l’équi-noxe , ou bien mêlant des excrémens de leurs mou-tons avec diu lait de brebis » du vin , qu même deleur laine , & mettant cela en quelque coin de leurbergerie ? Il nous en mourut un ici il y a trois ansqui déclara qu’il avoit une messe dans la manche deson justaucorps. C’étoit l’Evangile de saint Jean , Inprimipio , écrite avec du sang de mouton , & cela asinque ses bêtes le suivissent. Ces malheureux: croiraientfort bien être sorciers , & en effet coupables devantDieu , lorsque ce qu’ils saifoient , feroit aussi naturelque les effets de l’aiman. Et par une grande corruptionde leur cœur ensorcellé , ils y ont employé les chosesles plus sacrées. Il y en a en ce*pays, qui ont trouvéle moyen d’avoir des fausses clefs de plusieurs Eglises,où ils vont de tems en tems pour chercher de l’eau quiaye servi à baptiser un enfant, ou dérober du cierge bé-ni , ou quelques filets des ornemens sacerdotaux. Jefuis persuadé du sacrilège, mais nullement que cela con-tribue à faire réussir leurs charmes. Les vieux Magi-ciens avant l’institution de ces choses saintes , ne lais-soient pas de faire leurs charmes ou leurs charlataneries.II me semble que vous auriez pu vous étendre unpeu plus là-dessus dans votre savant & judicieux ou-vrage.
Quant à l’histoire du nommé Hocque , il me restequelque scrupule fondé fur deux faits qui ne peuventpas vous avoir été connus , pour n’être pas rapportezdans les actes du procès de ce misérable. PourquoiBrasdefer ayant levé cette charge sacrilège » & causeprétendue de la mortalité des bestiaux de Monsieur dePacy, le mal néanmoins n’a-t-il point cessé , commeje le fais pour m’en êtré informé dans le pays?
Il est vrai que vous avez semblé aller au devant decette objection , quand vous dites que depuis la mortde Hocque , Monsieur de Pacy avoit encore fait con-damner à la potence deux autres sorciers ou empoifon-
C R I T I QU E
neurs* Mais la maladie n’a point encore cessé après 1 éxe-cution de ces malheureux. Et ce qui me parut remar-quable , c’est qu’un de nos confrères » homme sage ®éclairé, ayant été apellé pour affilier à la mort d’un desdeux , il vous dira lui-même quand il vous plaira q uece sorcier convaincu & bien atteint protesta toujoutstqu’il mourait innocent de tout commerce avec le D e “mon , 8c de tous les sortilèges & maléfices dont on I echargeoit. Il ajourait qu’il les avoit confessez fur la p 3 'rôle que M. de Pacy lui avoit donnée de le délivrer d"la longueur & de la dureté de fa prison & de ses se rSsain & fauve , le menaçant au contraire de l’y laiu 2Epourrir, s’il persistoit à nier le fait. Il fit tout ce qu ’ u11Confesseur peut attendre d’un bon Chrétien , & un fa ® 2usege de fa mort. Voilà qui est de fait.
Pour l’affaire de Marie Bucaille je vous dirai , n* oríRévérend Père , que j’ai curieusement & à loisir ex^miné celui à qui elle a dû apparaître dans Thermitage &Cherbourg, lorsque constamment elle étoit détenue dan 5les prisons de Vallogne , c’est-à-dire à quatre bot® 2 *lieues de-là. Il fe nomme d’Arras. C’est un jeup 2homme âgé présentement de quinze à seize ans , & 1ne pouvoit pas en avoir plus de dix alors. II est fr rCingénu , & de mœurs innocentes , il est pensionnas®dans P Abbaye de Cherbourg. Mais remarquez , s 1vous plait , que l’ayant mis fur d’autres historiétesson enfance, je reconnus, & il me raconta positive® 211 *qu’il avoit eu d’autres apparitions de morts qui fentoiê 11 *bien fort les contes de vieille , dont on ne remplit ^trop l’imagination des enfans de la campagne , & f llf 'tout en ce pays-lì.
A cela vous me répondrez que le cas est différent > ^que la Bucaille l’a elle-même reconnu & soutenu éw 0 *confrontée à d’Arias devant Monsieur de sainte M ar ? î 'Mais permettez-moi de vous répondre que cela nefera guéres ceux , qui savent par expérience jusques o'peut aller l’artifice & la vanité d’une fausse dévote q ulentrepris de passer pour sainte , à quelque prix que 2soit. J’ose vous assurer que j’en ai connu une qui ^une maladie dangereuse où elle tomba , s’étant avau 2Ífortement fur la foi d’une vision qu’elle crut avoir 2 ®8c T explication que lui en donna certain R * * * vifí 0 ^naíre son Confesseur , de prédire qu’elle mourrait à 1jour ; & ce même jour au lieu de mourir , une bonj!crise lui étant survenue , elle fit tout ce qui dépe^ (d’elle pour en empêcher l’effet ; mais fa garde y a)' 3 ^mis bon ordre, elle se retrancha à ne vouloir plus pf^dre aucuns alimens , & on n’en pense jamais vefl Jsbout.
Je confirmerai ceci par l’exemple de la nommée A vnel, qui fut brûlée vive à Rouen, il y a dix ou ,ans. Si on en croit ses dépositions propres & ses ™.niraires publiez contre elle dans douze ou quinze P ar °p rses des environs d’Orbec son pays , c’étoit la P) uS - £I1 tmeule magicienne de ce siécle. Ces Monitoires €to í tf esi amples, qu’il falloit deux heures à les lire &rp eilt l zquatre. Ils contenoient des diableries & des inse [I11 f ^faire rougir & trembler tous les affistans. Cep 20 0,qu’est-ce que c’étoit que tout cela ? Une mauvaise * ^le, qui voyant beaucoup de dévotes fort considèreson Curé, fut prise de la vanité d’avoir auffi ses aU 1 Aces & ses longs entretiens. C’étoit un bon hom 111 $mes amis , mais qui avoit l’esprit gâté à oxxXX - c \$'toutes les plus fades histoires de sorcellerie , & q u ’,^. 0 Í£choit par-tout des sorciers pour les convertir. / 'cMiune créature dont la vie n’avoit pas été fort& de basse naissance. II ne fut pas bien extraitde trouver du désordre dans ses mœurs. H l’ 10 . £0 -p-fur la sorcellerie, & je vous puis assurer qu’il l ulprit tout ce qu’elle en favoit. Quand elle 1 f 1 | 0 jv 2 'cela touchoit son Curé , & que fous couleur de f0l )tnir avouer des faits, elle étoit écoutée , elle en ftTissage que se passion lui put inspirer. Helle n’avoit point d’hosties consacrées. C e° jgpf 2 'pour lui en faire chercher » & à cette fin, elle » u t,
W