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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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HISTOIRE DES

que j’ai cités nous fait voir assez distinctement qu’il yavoir de ces sortes de personnes, mais il n’est pas né-cessaire d’apporter d’autres preuves.

Mais d’où vient qu’il s’en trouvoit encore, Saiil lesayant fait mourir?

Saiil n’ignoroit nullement qu'on n’exterminoit pasentierement ces sortes de personnes qui font plaisir aupeuple ; il y en a toujours qui se cachent. II en estcomme des médians lieux, qu’on n’a jamais pu entiere-ment empêcher.

Souvent ces femmes, qui attiroient ainsi dans les per-sonnes l’esprit devin, savoient le moyen d’appeller &de faire paraître des personnes mortes. La Pythonissede Saiil étoit de ce nombre ; dès qu’elle est rassurée dela peur qu’elle avoir euê qu’on ne lui tendit des pié-gés, elle n’est embarassée que fur le choix d’un mort,elle demande hardiment : Quem skscitabo ! & alors elleest avertie que cet homme déguisé qui la consulte estSaiil. Il est évident qu’il y avoir ici quelque chosede fort étonnant. Cette sorte d’histoire ne permettoitpas de douter qu’il n’y eut des personnes qui consul-tassent des morts ou des esprits qui contrefaifoient lesmorts : il n’y a rien ici qui. puisse faire croire que cen’étoit qu’une fourberie, ainsi qu’ont prétendu VanDale & Bekker,car cette femme ne pouvoit pas savoirnaturellement que la nuit le Roi irait chez elle dégui-sé, ni tenir des secrets tous prêts pour faire paraîtreSc parler exactement celui qu’il plairait à Saiil defaire évoquer, moins encore de lui faire prédire toutce qui lui arriverait.

Mais ce n’est pas ici le seul endroit à remarquer.Moïse (^) avoir défendu cette divination par les morts.Vous ne souffriras personne parmi vous qui consulteles morts. Dieu ajoute que c’est pour de telles abomi-nations qu’il exterminera les Cananéens.

Presque toutes les Nations croyoient qu’on pouvoitinvoquer & évoquer les manès,c’est-à-dire,les espritsqui demeurent ou qui subsistent. C'étoit une suitedu principe de l’immortalité de l’ame, & de tout ceque Cicéron établit si bien dans le premier Livre desTusculanes.

Les esprits qu’on invoquoit s’appelloient Manès ,quasi manentes Spiritus , ou a Manendo. Manès dii abûduguribus invocantur , dit Peste, quod per omnia athe-rea , terrenaque manere credebantur.

Ils pouvoient être aussi appelles Manès quasi mites ,parce qu’on les croyois bienfaisans. Quoi qu’il ensoit, on voir communément des évocations des espritsparmi tous les anciens ; dans Virgile ( b) au 4. Livrede l’Eneide.

NoBurnosque ciet manès.Sub pedibus terram.

Mugire videbit

Horace dans la Satyre huitième du Livre I. fait al-lusion au même usage.

S. Cyrille de Jérusalem au Traité de l’adoration enesprit Sc en vérité, dit que de son tems il y avoitdes personnes qui évoquoient des spectres & les íai-soient voir dans des miroirs. En un mot il n’y a eu

que trop d’exemples de cette Superstition. Nous savons

par l’ancien & le nouveau Testament que le Démon adu pouvoir, qu’il s’est transfiguré en Ange de lumière,qu’il a pris des corps pour parler aux hommes : il 3même ainsi parlé à Jefus-Christ.

Le Démon peut donc faire voir certaines figures»faire entendre des voix : mais dans l’occasion dont ys’agit fit il voir quelque spectre, ou bien sut ce véri'tablement Samuel qui parla? c’est-là la difficulté. fOn ne devrait point contester que Samuel n’ait vé-ritablement paru en cette occasion pour plusieurs rai-sons très solides, x. Parce que l'Ecriture doit ê. treprise à la lettre, lorsqu’il n’y a rien qui nous oblig eà y découvrir quelque allégorie, ou quelque sens ea 'ché. Or l’Ecriture marque distinctement Samuel ss)>C’est le Prophète qui répond. Le seul texte de l’h 1S 'toire devrait engager à la prendre à la lettre.

2. Le Livre de l’Ecclesiastique nous fournit unepreuve décisive, car il dit formellement que Samuelprophétisa (d) après fa mort. Remarqués que l’Ec-clésiastique fait l'éloge de Samuel » & pour achevercet éloge , il dit que même après fa mort il a prophé-tisé. Ce sait pourroit-il entrer dans l’Eloge de Samuel,si c’étoit le Démon qui eut parlé à Saiil, & non P 3SSamuel même ? ,

Comme le livre de l’Ecclésiastique n’a pas ététoujours reconnu pour Canonique, non plus que l’A -pocalypse & l’Epitre aux Hébreux, je ne m’étoo nepas que des Auteurs Ecclésiastiques ayent douté $même nié que Samuel ait paru lui-même ; mais dep 13 * 5qu’il n’est plus permis à un Catholique de douterla vérité de ce Livre ,> il ne doit point être periU )Snon plus de douter que Samuêl n’ait paru.

Aussi après que S. Augustin eut douté de ceen divers ouvrages, dès qu’il eut considéré de quel*maniera la Prophétie de Samuel étoit exposée d 3Í ! 5l’Ecclésiastique (e) il ne douta plus, ainsi qu’il le ^au Livre des huit questionnée Dulcitius quasst. <*• .

S. Augustin se sert presctue des mêmes termes auvre de cura pro mortuis cap. 15. Sa réflexion don 112lieu d’ajouter encore deux preuves.

Z. II faut croire de l’apparition de Samuel cqu’on doit croire de l’apparition de Moïse & «j.lie, Sc de la résurrection du Lazare. Or on ne ppas que ces apparitions ne soient pas réelles, on ne u°donc pas le dire de Samuel.

4. Il y a une Prophétie distincte qui marquece qui doit arriver à Saiil. C’est la sentence de V\ econtre ce Prince. C’étoit donc de la part dequ’elle venoit, & non pas par les artifices du PeU 10 ^Enfin que voudroit-on que l’Ecriture eut dit P®nous faire entendre que c’est véritablement Samuel *Mais ferait-il possible (f) que Samuel eut été

Cruor m fojfam confufus , ut indeManès elicerent, animas rejponfa daturas.

Le onzième Livre de l’Odyssée d’Homere est ap-pellé SSimopcarsk Sc N ima' la Necromantie , parcequ’Ulysse descend dans les Enfers pour y consulterl’ame d’un mort.

Dans la Tragédie d’Eschyle , intitulée les Perses,l’ame de Darius pere de Xerxes, est évoquée de mêmeque celle de Samuel, & vient déclarer à la Reine A-tossa tous les malheurs qui la menacent.

C’étoit fans doute le Démon qui trompoit les hom-mes faisant parler des spectres , Sc entendre des voixsouterraines. Tertullien, dans l’Apologétique dit quecet usage étoit commun.

(а) Deut. 18. n. Nec incantator, nec qui Pythones confit*lat, nec divinos, aut quaerat à mortuis veritatem.

( б ) Servius in Virgil. 6 . ÎEneid. Isidor. L. 8.

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(c) V. ty. Dixit autem Samuel ad Saiil qtiare inqui.etast 1 111íuícitarer ? . fl-

{d) Post hoc dormivit & notum fecit Régi, 8c ostendit 1 ^nem vitae fuse , 8c exaltavit yocem suam de terra in P r °Pdelere impietatem gentis. , . y^o

(e) Mea posterior inquisitio declaravit quand0 inveni 10 -j e jttEcclefíastico ubi pâtres laudantur ex ordine , ipliim Sain

tic fuisse laudatum, ut prophefaíse etiam monuus diceretunsi 8c huic libro ex Hebrseorum , quia in eorum non e ^ j anone contradicitur; quid de Moïse dicturi íùmus, quf-cei £Ul iSDeuteronomio mortuus, 8c in Evangelio cùm Ella, q ul lT1non est, legitur apparaisse viventibus? . pr <y

(f) Samuel apud Inferos ? Samuel à Ventriloqua educitu

plietarum eximius? 1. Reg. 1. 11. ab ipía nativitate J> e ° aí ,te-cratus, ante nativitatem in Templo suturas denunciatus jj,quam à Matre ablactaretur. 1. Reg. 2: 18. Ephod indutus ^ 4,ploide amictus 8c Domini sacerdos effectus, quem 1 3 infe-

cum adhuc in pueris esset Deus est allocutus ? Samuel ap gli o-

ros? Samuel in fubterraneis 1. Reg- 7 ^ 6 qui Heli P ro P £ p, t ?rum fcelera 8c impietates à Providentiâ condemnato lue tr ití clmuel apud Inferos? 1. Reg. 12. 17. quem tempore men ...ipeus exaudivit, elargitusque est ut imber de cœlo cadet