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HISTOIRE
DES
qu’on n’est pas prophète, lorsqu’on ne comprend pasce qu’on a vu ou entendu. Pharaon vit dans un son-ge ce qui devoit arriver à l’Egypte ; mais parce qu'iln’avoit pas l’intelligence de ce qu'il voyoit , on nepeut pas dire qu’il ait prophétisé. Ainsi Baltazar vitune main qui écrivoit sur la muraille ; mais ce ne fûtpas une prophétie, puisqu’il ne comprit rien à cettevision.
D’ailleurs comme les Peres l’ont remarqué, ces son-ges n’étoient donnés que pour faire paraître l’intelli-gence des Saints Prophètes (a). Ainsi on voit Josephexpliquer les songes de Pharaon, & ceux de fes Offi-ciers. Daniel (b) fit encore plus que Joseph, en cequ’il découvrit non seulement à Nabuchodonosor l’in-terpretation du songe, mais le songe même. Ce Prin-ce avoit inutilement consulté tous les Sages de sonRoyaume, ils lui avoient tous déclaré, qu’il étoit im-possible aux hommes de deviner ce qu’un autre hom-me avoit songé, & que tout ce qui se pouvoit faire,étoit d’expliquer ce que les songes signifioient.
Il étoit aisé de voir que ces songes étoient des son-'ges divins, & qu’ils étoient entierement diffcrens dessonges humains.
DISSERTATION
Sur le ‘Purgatoire de S, Patrice.
D Epuis cinq ou six cens ans un très grand nom-bre d’Auteurs ont parlé du Purgatoire de S.Patrice. Ils nous font entendre que S. Patrice envoyéaprès Pallade par le Pape Celestin pour convertir l’Hi-bernie, que nous appelions présentement l’Irlande ,n’en vint a bout qu’après avoir obtenu le miracle duPurgatoire. Les Peuples de cette grande Iíle fe moc-quoient de ce qu’il leur difoit touchant les peinesdestinées à ceux qui sortent de ce monde fans avoirexpié leurs fautes. Le Saint affligé de leur incrédulitédemande ì Dieu par des jeûnes & de fréquentes priè-res, qu’ils puissent être convaincus par un miracle.Dieu l’exauce : il lui montre une petite caverne dansune Iste, où tous ceux qui entreront seront tout àsait convaincus des peines destinées aux pécheurs, aveccette difference que ceux qui y entreront avec foi &en esprit de pénitence, en sortiront sains & sauves,auffi purifiés qu’ils l’avoient été en sortant des eaux duBaptême : au-lieu que ceux qui n’y entreront que parcuriosité, fans des dispositions de pénitence y périrontmisérablement.
On ajoute que cette merveille , dont on raconted’admirables expériences, convertit un très grand nom-bre de personnes. L'histoire en devint fort célébréau commencement du VI. Siécle; on la mit dans lesBréviaires de quelques Eglises particulières , & ontenta même de l’inserer dans le Bréviaire Romain ,mais l'Eglise de Rome ne le souffrit pas. Baroniusn’en a point parlé ni dans les notes fur le Martyro-loge, ni dans les Annales, Urbain VIII. ne permitqu’.une mémoire de S. Patrice fans leçon. L’Eglisede Paris dans le Bréviaire imprimé en 1622, sous M.de Gondy , premier Archevêque de Paris, mit seule-ment. Antrum vero pœnitentiale etiamnum vìjìtur ,cjuod de ejus nomìne P ut eus Jeu Purgdtorium Jdncli P utv ì-tii vocatur.
Peu à peu on aurait oublié ce prétendu Purgatoire,m-nis en 1624. Thomas Meísingham, Prêtre Hiber-nois,Supérieur du Séminaire des Hibernois,zélé pourla tradition du pais, donna en un petit volume in fo-lio des fleurs des Saints d’Irlande : Florilegium InfulaSanSlorum , Jeu vita & aiïa SdnBorum Hiberniœ. S. Pd-tricii Purgdtorium. C’étoit-là le morceau qui enrichis-se) Genes cap. 40. Sc 41;
(b) Dan. cap. r.
soit l’ouvrege. Mr. de Gondy l’approuva : on mit cePurgatoire en François, & depuis 1642. on a imprimeplusieurs fois à Paris l’histoire de S. Patrice & de f»"Purgatoire, avec la relation d’un soldat nommé LouisEnnius, qui avoit fait le voyage du Purgatoire, Sc Javoit vu des merveilles surprenantes : tout cela avecdes circonstances romanesques & qui n’auroient pas duparaître avec approbation & privilège., Voyons 1. cequ’on peut savoir exactement de ce Purgatoire, r. cequ’on en doit croire : & comme le seul récit nousvoir qu’on y a trop longtems ajoute foi fans,sujet, úílverra par là ce qui peut avoir donné lieu à cette iu 13 'gination qu’il y avoit un Purgatoire en Irlande. /Au milieu de cette grande Iste , qu’on a nomffl eejusqu’au XIII. Siécle, Hibernid Sc Scotid, Sc qu' 0> )appelle présentement Irlande , il y a un lac nomw £Derg distingué par plusieurs Istes, où l’on voit desMonastères anciens. Une de ces Istes s’appelle l’ld ede S. Dabeoce , & le Prieur du Monastère de ce
lieu porte le titre de Prieur du Purgatoire dePatrice. Assez près de-là dans le même lac il J 3une autre petite Iste, qui est celle dont nous allo nSparler , appellée l’Iste du Purgatoire de S. Patrice-Waraeus (c) dans les recherches des antiquités d’I f 'lande en a donné le plan pag. 222. Elle est f° rtpetite, d’environ 40. toises de long & de 15.
20. de largeur. On y voit une Chapelle avecpetit Monastère appellé Reglis ou Rdgies, gardé par U"Religieux de S. Dabeoce. Au milieu de Piste estantre long de 16. pieds, aile z bas & étroit pour ftenir un gros homme fort mal à son aise. C’ e *dans cet antre où fe faisoit le Purgatoire. Sur l £íbords de Piste il y avoit de petites hutes pour r £ 'cevoir les Pèlerins, 8 c auprès de l’antre que l’on a£'pelloit quelquefois le puits de S. Patrice, il y avo' 1six petites loges rondes, de trois pieds de diametff *comme autant de malaises pour exercer les Penitens» .
Quand les Pèlerins abordoient à ce lieu, munis à &ne permission de l’Evêque, Sc du Prieur du Pustî^toire, le Religieux de Piste les recevoit, les inteí r °*geoit, & lorsqu’il les trouvoit bien résolus d'enk^au Purgatoire, il les mettoit durant neuf jours dans ^exercices. Alors on ne leur donnoit pour chassé,qu’une de ces petites loges, qu’on appelloit des lJ tS 'lits cependant où il n'étoit jamais permis de fe collC ^parce qu’ils n’avoient que trois pieds de diamètrelongueur & en largeur. On ne fortoit de-là que J r °fois le jour pour aller à la Chapelle. Durant 8. j°^nulle autre nourriture qu’un peu de pain Sc d’ean24. en 24. heures, fans sel, ni autre affaifonnem e ^Sc le 9. jour on ne prenoit rien du tout ; ensorte ,entroit dans la caverne ou le Purgatoire , l’est 0 ^^vuide, le cerveau creux Sc fort susceptible de visi° bUne dévotion bien ou mal entendue pouvoit so llt (quelques personnes (s’il y en a plusieurs qui jS. ^ .pasté par ces épreuves) quoiqu’il en soit,le Rehjj ^menoit en cet état le Penitent à la Caverne >la íermoit à la clef, pour ne la rouvrir qu’aprf s ^heures, pendant lesquelles le Penitent devoir ^ air£ i e ,ììPurgatoire. U le faisoit si bien, qu’en sortant ^il n’avoit jamais plus envie de rire. Voilà ce que c ^que le Purgatoire de S. Patrice. En quel tems cet-il commencé ? Le voici. Jii
Si l’on en, croit Meísingham Sc les Docteurs ^Païs, le Purgatoire est auffi ancien que S. P^ffi j ;
2. Apôtre d'Irlande, c’est-à-dire , qu’il fa U qiricR*placer vers le commencement du cinquième all .
Mais rien n’est plus mal fondé. Bede n’en
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cune mention, Sc l’on n’en fauroit trouver aucun ^marnent avant le douzième Siécle. Les plus c j t esfenfeurs du Purgatoire de S. Patrice ne peuven^^,aucun fait plus ancien que le milieu du i 1 * 7^5
(r) Jacobi Waraei Equitis Aurati de Hiberniâ Sc antJ< 3 'ejus disquisitiones. Edit. 2. L.ondini itíjS. p. 222.
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