PRATIQUES SUPERSTITIEUSES.
lefices ; & qu’il n’y peut-être remédié que par unepunition exemplaire.
Le père des Appeílans avoir été berger de l’intimé;au quel ayant fait mourir pour cinq à six mille Livres^e chevaux , vaches , & moutons , par maléfices,charges & empoisonnemens , en haine de ce qu’il l’a-v °it chassé pour fa mauvaise vie ; l’intimé en rendit& plainte au Bailli du dit Paci : & bien que le ditHocque fut coupable de crimes qui meritoient le feu,^pendant par sentence de la dite haute justice du r.Septembre 1687. confirmée par Arrest de la Cour du4 - Octobre en suivant , il ne fut condamné qu’auxgalères pour neuf ans , dans la croyance qu’on eut,fiu'il n’avoit fait mourir les dits bestiaux que parNn poison que les dits bergers appellent des Go-gues.
Le dit Hocque étant ì la chaîne , il crut réparer fafrute, & obtenir quelque grâce en découvrant son fe-c . re t & donnant les moyens de sauver le reste des bes-tiaux de l’intimé. Il en fit confidence à un autreforçât, qui étoit attaché proche de lui, nommé Bea-tl 'hc , & lui dit que ce n’étoit pas seulement paf desLogues que les dits bestiaux étoient morts , mais parUtl sort & charge appellés entre les Bergers charge d’em-Wfinnement , laquelle charge il dit pouvoir être levée,** offroit de le faire ; ce que ce forçât ayant déclaréCommandant de la Tournelle ; il exhorta le ditHocque à executer fa proposition : mais ne le pou-^ant en personne parce qu’il étoit prisonnier , il fitEntendre au dit Commandant, que la dite charge pou-v °it être levée par le nommé Bras de fer , autre Ber-ger , demeurant proche la Ville de Sens. 11 lui écri-ait fans lui marquer qu’il en fut l’Auteur , & lui fitPorter fa Lettre par l’un de ses dits fils, qui est le dithîicolas Hocque , l’un des Appeílans : fur laquelleLettre le dit Bras de fer étant venu au dit Paci, il en-lr a dans les Écuries ; & par des impiétés, & facrilé-£ es exécrables, il trouva effectivement le fort & char-§E qui étoient fur les chevaux & les vaches ; & Payant^té au feu , en présence de plusieurs personnes, ilEloigna incontinent y avoir grand régret , disant,^e l’Efprit lui avoit révélé que c’étoit le dit Pierret *°cque qui avoit fait la dite charge ; & qu’à l’inf-frfit que lui Bras de fer avoit commencé de travaillerh lever , infailliblement le dit Pierre Hocque étoit?*ûrt , 8 c qu’il y avoit encore une autre charge furmoutons , laquelle il ne voulut pas lever , par lafr'fon que c’étoit les Enfans du dit Hocque qui l’a-. v °ìent faite, lesquels mourroient aussi à l’instant qu’ila frveroit.
Ln effet il a été justifié à la Cour , que dès l’inf-
р. 1 que celui qui porta cette Lettre fut parti, le ditler re Hocque commença de s’en repentir , & de fe
^ Ur menter extraordinairement , disant, que si le dit^ de fer venoit lever cette charge, il appréhendoitmo ur i r à l’instant dès qu’il commencerait d’y tra-^ mer : ce s’est trouvé véritable, puisque le mê-)0ur , à la même heure , & au même moment quefrv S Per commença de prendre ses mesures par des
с , Oc atÌ0n s Diaboliques , pour connoître & lever laPj r ge qui étoit fur les chevaux & les vaches , le dittf a c st} le > qui étoit d’une force & d’une vigueur ex-ho r T **, après avoir fait des cris & des hurlemenschg ^ es j comme si on l’eut étranglé , mourut fur le
>?P attaché à la chaîne.
événement si surprenant donna lieu à une ins-^ . lQ n nouvelle contre les Enfans du dit Hocque,g er$ e ^ nommés Jardin & le petit Pierre , autres ber-fijfç de ^ s ie , impliquez dans le même crime , quiVer, décrétés : & ayant été arrestés prisonniers, ilscr ìts tr °uvés saisis de caractères & mémoires manuf-Hem e ^° Ur frfre & composer leurs charges d ! empoison-ner P ° Ur Pa ^ re courir les bestiaux , & plusieurshov^/^sdéges, & impietez. Le dit Jardin fut aussi^oyen h â'un Livre manuscrit contenant plusieurs7 Qs de faire mourir des bestiaux, d’attenter à la vie
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des hommes & à l’honneur des femmes, plusieurs orai-sons à l’Efprit, invocation de plusieurs Démons, &un grand nombre de sacrilèges & impiétés. Ce Livreest au greffe de la Cour , produit au premier procèsdes dits Hocques & Complices , lesquels dans ins-truction qui en fut faite en la dite haute justice dePaci , reconnurent précisément avoir fait & composéen la présence & à la priere du dit Pierre Hocque &de ses dits Enfans, en leur demeure de la Ferme, ap-pellée le Tronchet , dépendante du dit Paci , unecharge d’empoiíonnement, appellée entre eux le beauCiel Dieu , avec des hofiies , excremens d'animaux , Ar-senic , Eau bénite , faroles , profanations , A- autres ma-léfices mentionnés au procès. Lequel ayant été ample-ment instruit par le juge du dit Paci , même contrele dit Bras de fer , qui fe trouva le maître de cetteabominable cabale , il intervint sentence contre eux le23. Janvier 1688. par laquelle les dits Bras de fer,Jardin , & le petit Pierre furent condamnés à faire a-mande honorable , & être ensuite pendus 8 c brûlés,& les deux fils & la fille de Hocque condamnés àun bannissement perpétuel.
Cependant fur l’appel, cette sentence fut infirméepar Arrest de la Cour du 12. Mars a688. par lequelles dits Bras de fer, Jardin 8 c petit Pierre furent seu-lement condamnés aux Galères à perpétuité , & lesEnfans de Hocque bannis pour neuf ans ; parce queles voix s’étant trouvées partagées à confirmer la sen-tence , l’avis passa au plus doux. S’il plaît à la Courfe faire représenter ses registres , elle en connoîtra lavérité ; & ceux des Messieurs qui étoient jugesfe pourront souvenir, que l’avis contraire étoit formésur ce qui fut allégué , qu’il n’y avoit point de loixqui prononçassent la condamnation de mort contreceux qui faisoient mourir des bestiaux ; desorte quecet Arrest en sauvant la vie à ces criminels, n’a pointfait cesser les crimes ; au contraire il n’a fait qu’exci-ter la haine & la vengeance dans l’esprit des dits Hoc-ques & de leurs Complices contre 1 *Intimé , commeil fera expliqué ci-après : & c’est fur quoi la Courest très-humblement suppliée de donner, son atten-tion.
Elle observera , s’il lui plaît , que durant tout letems de leur prison & de l'Instruction de ce procès,qui a duré huit mois & six jours, il ne mourut aucunsbestiaux à l’Intimé ; & qu’auffitôt que les dits Hoc-ques freres , 8 c leur sœur eurent été mis hors de laprison, au lieu de s’absenter , & garder leur ban, ilsallerent dès le lendemain coucher au village'de Che-vry à un quart de lieue du dit Paci, chez le nomméRude au pain leur cousin , où ils fe retirerent quel-ques jours, 8 c qu’à l’instant il mourut à l’Intimé uncheval fous poil rouge de valeur de 150. livres parles mêmes maléfices & empoisonnemens : voilà le pre-mier chef de la nouvelle accusation contre les Appel-lans.
Le second est, de n’avoir pas gardé leur ban & ban-nissement de neuf ans, porté par l’Arrest du 12. Mars1688. & au contraire d’être restes depuis ce temsjusques à leur emprisonnement aux environs du ditPaci.
Le troisième est, que le 13. Mai au dit an 1688.la dite Hocque fille étant venue au dit Chevry , ilsfirent mourir une vache à l’Intimé, de valeur de qua-rante cinq livres, par les mêmes maléfices.
Le quatrième est, que la fille Hocque & son jeunefrere étant retournés au dit Chevry chez le dit Rudeau pain, le vingt cinq Juillet de la dite année, où ilsresterent jufqu’au Jeudi 29. qu’ils s’en allerent , ilmourut le dit jour Jeudi à l'Intime , par le moyendes dits empoisonnemens & charges, deux brebis, &le lendemain Vendredi, onze autres , & l e Samedi eysuivant un autre ; ce qui obligea l’Intimé d’envoyerle reste de son troupeau chez son beau père , où cettemortalité cessa aussitôt. Tous lesquels faits font am-plement justifiés par une information faite à la requeste
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