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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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PRATIQUES SU

Eors du procès ci-devant jugé contre le dit Hoc-st Ue ( a ) y l'on avoit cru dabord quil ne sétoit servit l Ue de gogues & autres voyes naturelles pour FaireCourir les bestiaux ; & cest pour cela quil fut feule-^nt condamné aux Galères , par sentence confirméepar arrest. Mais ce qui sest passé dans la fuite a bienconnoître le contraire ; parce que lon a veu, quedepuis fa condamnation la mortalité ne cessoit pointIdr les bestiaux du dit Visier, dont la cause sest dé-couverte par des voyes surprenantes , & comme pardk effet de la justice de Dieu.

Hocque étant à la chaîne avoit pour camarade un® u tre forçât, attaché proche de lui, nommé Béatrix,homme defprit , avec lequel il bûvoit ordinaire-ment. Béatrix le faisant raisonner sur les moyens dontsétoit servi pour faire mourir un si grand nombre^ bestiaux, tira de lui dans le vin un aveu ingénu deto Utle mystère, qui est, quil fe fervoit dune char-8e dempoifonnement, appellée entre eux , les neufCo »juremens, laquelle fubíistoit toujours. Il lui dit quefétoit une chose en usage parmi tous les Bergers deî'e; lui expliqua même de quelle maniéré cettecharge étoit composée. Béatrix croyant que cétoitdpè occasion de faire un service considérable au ditle ur d e p ac i 3 & q Uil en pourroit tirer quelque re-J 0r npense , en avertit le Commandant de la Tournel-& ayant encore fait boire le dit Hocque, lui con-e Ula de faire lever cette charge, qui causoit un mal,jjpot il ne pouvoit tirer aucun profit; ce que celui-ci luidit ne pouvoir faire en létat ou il étoit : mais quil voitdn amis nommé Bras de fer , demeurant proche dehtns en Bourgogne, qui en favoit les moyens, & an-nuel , à la persuasion de Béatrix , il écrivit une Let-ste , quil adressa à Nicolas Hocque son fils , lui^andant de se transporter chez Bras de fer, & lui dé-fendant de lui dire que ce fut lui qui avoit fait cetteeharge , ni 1* état il étoit. Cette Lettre étantP a rtie, & les fumées du vin passées, Hocque fit ré-gion fur ce quil avoit fait, & commença à sc tour-h^nter , fit des hurlemens, & se plaignit dune ma-hiere étrange, disant que Béatrix lavoit surpris, quilv^oie cause de fa mort , & quil falloit quil mourut1 instant que Bras de fer leveroit la charge à Paci,se jetta fur Béatrix quil vouloir étrangler, & excitahscme les autres forçâts contre lui par 1a pitié quilsNoient du désespoir de Hocque , enforte quil fallut%e le Commandant de la Tournelle vint avec ses8 a rdes les armes à la main pour appaiser ce défor-re , & quil tirât le dit Béatrix de leurs mains.

^ En effet Bras de fer à son.arrivée à Paci étant entréatlS les écuries , & par des figures & des impiétésArables ayant trouvé effectivement la charge dem-nonnement , qui étoit fur les chevaux & fur les

kìe^ tems à premier procès , comme les juges objec- s nt > que la mort de ces bestiaux procedoit de causes naturel-<Juè cela se faisoit peut-être en arrosant les herbes de quel-c e ] a ? ot ion, poison & choses semblables, on leur répondoit queVb etant il faudroit que les autres Bestiaux qui paîtroientla mêmeìtiotj ou qui féroient usage des mêmes choses qui causent laeft CQ a «ux-ci, mourussent pareillement. Cependant leffet yce ux ? tra î re > ayant mis des bestiaux appartenant à dautres avec»iag edit Visier, qui pourtant nont reçu aucun mal ni dom-^ tant m ' mcs Estables , pâtures, 8c autres choses commu-IH 0 A aux uns quaux autres. ^

íer p Q * leur le Févre à raconté à Mr. . . que les bestiaux de Vi-quatre° receve ur périssant ainsi ; 8c voyant son troupeau dedrç à c^nt bestes réduit à cent soixante, il lui dit , de les ven-tila n a utre fermier; ce quil fit. Néanmoins la mortalité ne£ as > 8c il en mouroit toujours de même, quoique le trou-te de v r 62 cet autre setmier. Pendant ce teros- le beau-Jte , g*er f ut vo j r f on gendre , de qui ayant appris ce déias-"etgçj Etant retourné chez, soi ; comme il se plaignait à soní e la ve^ 6 , CeIa alloit ruiner son gendre ; ce Berger lui dit, qued ^° r t a?' 1 - ce q ue ces bestes navoient pas été payées , & que]' Phx sert effet , tant que Visier ne seroit pas remboursév quil a vente < étant toujours censées lui appartenir jusquesput, » s , e . n gageassent ce fermier acheteur à leur en livrer lar-iv 1* la rn Promissent plutôt de le dédommager 8c le satisfai-le n Uionr ° rtalilé continuoit 8c quil en souffrit ; 8c qualors ildit Beroî. 0111 plus - Bs suivirent cc conseil, Se il arriva ce que

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PERSTITIEUSËS. t,

vaches , 1a jetta au feu en présence du dit Visier &de ses domestiques ; mais à linstant il témoigna y a-voir grand regret, parce que lEfprit lui avoit révélé,que cétoit Hocque qui avoit fait la dite charge (b) ,& quil étoit mort à six lieues du dit Paci dans letems quil lavoit levée, fans savoir quil fut à Paris,ni en prison. Cela se trouva véritable , tant pafrinformation faite paf le Commissaire le Marié , auChâteau de la Tournelle , que celle faite par le jugede Paci fur les lieux, quau même jour & à la mêmeheure que Bras de fer avoit commencé â lever la ditçcharge, Hocque, qui étoit un homme des plus forts& des plus robustes , étoit mort en un instant dansdes convulsions étranges, & se tourmentant comme unpossédé , fans avoir voulu entendre parler de Dieu,ni de confession : ce qui fait voir sensiblement quily a quelque chose de surnaturel dans les maléfices deces Bergers.

Si la Cour désire séclaircir de ce fait concernantl'étrange mort de Hocque, elle en trouvera la preuvedans son Greffe, avec le procès qui a été depuis faittant au dit Bras de fer , quaux Enfans du dit Hoc-que , & aux nommés petit Pierre & Jardin Bergerstrouvés complices.

Ce qui donna lieu à ce second procès, àst que Isdit Bras de fer , après avoir levé la charge qui étoitfur les chevaux & fur les vaches du dit Visier, s'étantmis en devoir de lever celle qui étoit fur les moutons,& ayant connu quelle avoit été faite par les Enfansdu dit Hocque refusa de la lever , en disant quilne les voulbit pas faire mourir.

En effet ayant été décrétés & arrestés , ils furentconvaincus davpir fait la dite charge : & lorsque ledit Jardin & petit Pierre, chargés par leurs interroga-toires , furent aussi arrestés , on les trouva saisis decaractères & mémoires manuscrits pour faire & com-poser des charges dempoisonnernent , & Jardin futencore trouvé saisi dun livre manuscrit contenant plu-sieurs moyens de faire mourir les dits bestiaux, datten-ter à la vie des hommes, & à lhonneur des femmes,plusieurs oraisons à lEsprit, Tinvocation de plusieursDémons, & un grand nombre dautres impiétés. Celivre est au Greffe de la Cour. Par les interroga-toires des abusés, ils reconnurent avoit fait gr composéCette charge dempoisonnement fur les Moutons , appelléeentre eux , le beau Ciel'Dieu avec des hofiies , des excre-mtns danimaux; d! avoir écrit avec du sang des mêmes ani-maux , mêlé deau bénite , les paroles & profanationsmentionnées au procès. Et comme Bras de fer se trou-va le maître de cette abominable Caballe, il intervintsentence contre eux tous le r?. Janvier r<588. par la-quelle les dits Bras de fer , Jardin , & le petit Pierrefurent condamnés à être pendus & brûlés , les deuxfils & la fille de Hocque condamnés au bannissementperpétuel. Cependant fur lAppel , cette sentencesut infirmée par Arrest de 1a Cour du ir. Mars ensuivant, par lequel les dits (c) Bras de fer, J ardin &

pe-

(l) Paci est situe' près de Brie Comte Robert , à six lieues sicParis.

(c) Voici la fin de ce Bras de fer, telle que Monsieur le F. . .la contée , êc quil avoit soe par le mpyen du nommé Béa-trix , Sergeant au Châtelet. Ce Béatrix avoit été transpor- aux Iíles avec dautres Galériens : ou ayant guéri dp la fièvreun Patron quil íèrvoit, par le moyen dune herbe quil connois.soit, il demanda 8c obtint pour récompense » dètre chargé serson vaisseau quand il seroit voile en France comme un de íesgens, dans lesperance de faire confirmer ici son retour par amis.Ensuite il vint trouver Mr. ie F. . . 8c lui rapporta; que Brasfer a voit fini de la façon que je vais dire. Un ordre duRoi portoitque tous les Galériens qui ne ppurroient servir fur les Galère?stant invalides, ferment portés dans les Isies. On en avoit em-barqué environ cent ou quatre-vingt, entre lesquels étoient Béa-trix , le dit Bras de fer 8c Jardin , qu petit Pierre. (Mr. le F.qui nommait Jardin , ne la pu assurer positivement , ne scnsouvenant pas bien. Parlcçttç Requeste , c i jointe (cottée E)laquelle fut présentée au nom des habitans de tout le pays . &qui étoit signee de plus de deux cens personnes d u lieu » dontleffet fut un ordre de rendre justice; par cette Requeste, dis-je,il semble que ce doive être petit Pierre.) Or entre ces deux for-