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LETTRE
En forme de Dissertation de Mr. de RhodesEcuyer Docteur en Médecine, aggregé auCollège des Médecins de Lion
A Monsieur 'Destaìng Comte de Lion ; ausujet de la prétendue possession de MarieVolet de la Paroisse de Pouliat en Bres-se , dans laquelle il efl traité des causesnaturelles de la possession , de ses accidens ,& de fa guérison. -
Monsieur,
J ’Auroìs satisfait plutôt à l’empressement que vousavez témoigné de savoir si Marie Volet de la Pa-roisse de Pouliat en Bresse proche Bourg, a été déli-vrée de fa prétendue possession par la boisson de nosEaux minérales artificielles ; si j'a vois eu des nouvel-les sûres de cette fille depuis son départ de cette Vil-le, P Automne derniere , 8 c fi je n’avois voulu êtreassuré de fa guérison parfaite. Je vous dirai qu’aprèsavoir bu nos Eaux pendant quinze jours avec succès,elle s’en rétourna en son pays n’ayant aucune marquede possession , & n’ayant plus ces terribles accidensqui avoient imposé à quantité d'habiles gens, & obli-gé plusieurs zélés Ecclésiastiques de lui faire les Exor-cifmes permis & approuvés de l’Èglil'e. Elle souffroitqu’on lui parlât de Dieu , des Saints, de nos mystè-res , ce qu’elle ne pouvoit auparavant fans ressentirdes agitations & des convulsions très-violentes. De-puis son retour en son pays este a paru se porter en-core mieux , & a donné des marques de raison & depieté comme quelques personnes de fa Paroisse m'a-voient raporté.
Mr. l’Abbé Quinton son Curé , que j’ai 'vuil y a peu de jours , m’a assuré que cette fille étoitbien remise , qu’elle ne disoit plus ses mots barbares,qne les uns disoient être Hébreux, les autres Arabes,& plusieurs le langage des Démons -, qu’elle prenoità présent ses repas règlement , elle qui demeurait deshuit jours quelquefois fans manger ; qu’elle dormoittoutes les nuits des six & sept heures , elle qui de-meurait les quinze jours fans fermer les yeux ; qu’el-le disoit ses prières soir & matin , & affistoit tous lesDimanche, & Fêtes au service divin , elle qui à l’as-pect d’une image de dévotion , d'une goutte d’Eaubénite , & d’une relique tomboit dans des convul-sions avec des cris & des grimaces effroyables , quese vomissemens, ses syncopes, ses oppressions, ses rê-veries & les autres accidens qui la tourmentoientcruellement depuis trois ans étoient entierement finis,& qu’elle travailloit à présent à la tisseranderie qui é-toit sa premiere occupation. '
Elle n’a pas eu besoin des secours qu ; vous aviezoffert charitablement pour fa subsistance. Mr. Quin-ton zélé pour le temporel de ses Paroissiens commepour le spirituel , avoit donné ordre qu’elle eut toutle nécessaire pendant son séjour en cette ville.
Après que vous l’eut es vûe, & examinée sijelle é-toit véritablement possédée du malin Esprit , & quevous lui eûtes fait toucher à son insu les saintes &véritables Reliques de la Croix de nôtre-Seigneur, fansque son prétendu Démon fit aucun changement en el-le , vous me confirmâtes dans la pensée , où j’étoisque ses maux étoient naturels , & qu’au défaut desautres rémedes, qui lui avoient été inutiles, nos EauxMinérales lui pourraient être salutaires.
Je voulus lui en faire boire , mais je fus fort sur-pris de voir qu elles lui procuraient les mêmes agita-tions que 1 eau cause a ceux qui sont atteints de la ra-ge ; ce qui me persuada que son imagination étoit
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srapée, & lui faisoit croire que nos eaux étoient bé-nites & lui causoient ces égaremens.
En effet , comme elle l’a avoué depuis, elle crutqu’on y avoit trempé quelques Reliques & n’en vou-lut point boire , ni par priere , ni autrement, ce quim’obligea d’agir d’une autre maniéré. Je recommandaià la femme qui l’avoit en charge de ne lui parler dequinze jours, ni de Dieu, ni de prières, ni d’aucunedévotion , de la réjouir le mieux qu’elle pourroit»de la conduire dans nos promenades les plus agréablesle long de nos rivières, auprès de nos fontaines,lui faire boire des Eaux de source , & en boire avecelle pour l’y accoutumer , ce qui fut ponctuellementexécuté. Ensuite un matin sa gouvernante lui ayantdit qu’eíle ne pouvoit pas sortir de la maison , &ayant envoyé guérir de nos Eaux minérales artificiel'les semblables aux eaux de fontaine quant à la pureté,à la couleur, & au goût, son Démon n’y connut rien-La pauvre fille en but , & continua d’en boire tousles matins pendant quinze jours avec un tel succès,qu’après avoir vuidé une infinité de Démons bille 0de toutes couleurs, & vomi plusieurs autres des ph lSaigres, & des plus amers , dans peu de tems nous vî-mes que ses accidens diminuoient , qu’elle devint ca-pable de raison & de docilité , & ne fut plus troublésquand on lui parla de dévotion.
Quand elle fut un peu raisonnable, elle nous dit b’ sgrands maux qu’elle avoit souffert, son aversion insur-montable pour les prières & les reliques , & les tout - 'mens qu’elle souffroit quand on prioit & que l’° nl’exorcisoit. Elle se souvint fort bien de ce que vouslui aviez dit, elle étoit encore touchée de la force d evos raisons & de la douceur avec laquelle vous lui s-viez parlé , ce qui avoit calmé pour un tems son es-prit égaré, quoique fortement préoccupé contre toU £ce qui s’appelle dévotion.
J’admirai le talent merveilleux que vous avez d epersuader & de gagner les cœurs aussi puissant dans I e *conversations , que dans vos doctes & éloquentprédications. Un chacun fait les grands fruitsvous avez fait dans les Missions , combien vo^avez converti d’Hérétiques , & affermi de Cathol 1 'ques. L’on fait l’applaudissement que vous vous et ^acquis dans les premieres chaires du Royaume,tant plus grand qu’étant d’une qualité si distinguévous prêchés encore plus par exemple que par pa>' 0 'les ; mais on ne savoir pas encore que vous eu» iepouvoir fur le malin Esprit & que vous l’eussiez * £irdu capable de raison, de docilité, & de prières.,
Vous me déterminâtes à lui faire prendre des ré^'des après avoir distingué lâ véritable possession d’^ veCla fausse, & assuré que tous les accidens de Mariequelques surprenans qu’ils parussent étoient nature 'J’étois véritablement dans cette pensée , mais je u at j grois jamais osé entreprendre de lui rien ordonner bsentiment d’un homme aussi éclairé que vous , # .lui. de Mr. l’Abbé Quinton savant Théologien & ^ ■bile Prédicateur, ne m’avoient affermi dans mon °Fnion. .
J'examinai la diversité des accidens qui accabso 1cette pauvre fille (a), je tâchai d’en pénétrer les ca ^ gses que je crus être. i. quelque levain corromp 11son estomac & des viscères voisins, z. quelques ^meurs cacochymes de la masse du sang , & 1 e * a . j etion d’un acide violent sur les autres partiescomposent. 3. les esprits du cerveau irrités , & u jde leur route naturelle. 4. quelques idées faussesoccupoient son imagination. ,
1. Vous savez de quelle importance est ^ e i ° c 0 ft'pour le soûtien de la vie, il est nécessaire que L Q .
(et) M. de Rhodes rapporte à la page rr. d’une sfei>maladies auxquelles les Eaux minérales artificielles sont j. e jîe
cju’il guérit une possédée. Je fus coníulté , dit-il,est à la fin de cette piéce.