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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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mouvement, ils retournent à leurs emplois. Ainsi lesveilles succèdent au sommeil , qui ne sont qu’unmouvement réglé, Sc une liberté des esprits dans lecerveau, dans les nerfs , & généralement dans tou-tes les parties d u corps.

La pauvre fille dont il s’agit ici avoit le cerveau &les esprits offusqués de vapeurs noires & mélancoliques,qui la tenoient dans une crainte & une tristesse conti-nuelle.Elleles avoit quelquefois si surchargés d'humeurs,qu’ils ne pouvoient avoir aucun mouvement libre, cequi lui causoit une léthargie profonde pendant quel-ques jours, jusqu’à ce que ces fumées fussent dissi-pées ; elle les avoit d’autrefois si fort irrités, * qu’ellesouffrait des mouvemens irreguliers, convulsifs, & siviolens, que plusieurs ne doutoient point qu’il n’yeut de la possession.

J’esperai que la boisson de nos eaux, que nous avonsconnu par plusieurs expériences, être très salutaires àplusieurs maladies causées par la foiblesse des espritsanimaux, parleur dérèglement, & par rembarras desnerfs, dégageraient le cerveau de cette pauvre fille desfumées atrabilaires qui l’occupoient : que ces mêmesesprits étant dégagés de la luie & de la noirceur,dont ils étoient atteints, accablés, & irrités, & trou-vant les passages libres, reprendraient leur mouvementnaturel, 8c porteraient dans les organes , où ils fontdestinés, les ordres de Pneumanax , & des esprits su-périeurs, pour faire agir chaque partie dans son de-voir.

4 . J’avois accusé les fausses idées 8c Fimaginationblessée de cette fille, comme la principale cause de sesaccidens, ce qui m’a obligé de rechercher ce qui aété dit fur ce sujet par les Auteurs les plus considéra-bles , entre lesquels je trouve que Descartes Scde la Chambre ont traité cette matière, quoique dif-féremment , avec beaucoup d’esprit.

Le premier croit que les objets sensibles frappent lesorganes des sens, & les esprits qui y font contenus ;que ces mêmes esprits repoussés vont frapper fur laglande pineale, comme une balle contre un mur ; queleur réflexion donne un mouvement aux esprits ani-maux , & que selon la diverse modification de ce mou-vement , Famé conçoit les objets différemment, à peuprès apparemment, comme les Moines connoissent auson du Timbre ceux qu’on demande à la porte duMonastère. Il explique ainsi Fimagination qui neconsiste que dans une perception de ces mouvemensd’esprits , que Willis & L) un can appellent on-dulations. Ces esprits s’ouvrent des routes dans lecerveau, ce qui fait la mémoire, & reviennent frapperla glande dans la même modification. Il veut encoreque la science ne consiste que dans la quantité de cespetits moules ou conduits qui modifient le mouve-ment des esprits, pour faire connoître les objets.

Mr. de la Chambre explique cette faculté par desidées ou images, qui font reçues dans les organes dessens & après portées ou reproduites dans le fiege deFimagination, qui n’est qu’une production d’idées quifont formées fur les efpeces que les objets envoyeur,& il se sait une nouvelle reproduction de ces idées quifont portées dans le fiege de la mémoire , & qui Mu-nissent à celles qui y font, qui leur ont servi de pa-tron , ou d’exemplaire. Cette union est une nouvellecouche de couleur qui est appliquée fur la premiere,qui affermit la mémoire , & la rend beaucoup plusheureuse. '

Je trouve dans ces deux opinions séparées beaucoupde difficultés, qui font levées en les joignant ensemble,savoir le mouvement des esprits semblables à des mi-roirs, avec les images dont ils font revêtus, ainsi l’onpeut connoître plus facilement ce qui se passe dans cesdeux facultés.

Pour expliquer ma pensée, je suppose que la lumiè-re que quelques-uns appellent la matière subtile,le pre-mier élement, & l ame du Monde, est répandue danstoutes ses parties célestes & sublunaires ; que des di-

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verses réflexions, réfractions, & modifications de cet - *te lumière sont formées les couleurs ou images ; Sc desdifférantes couleurs sont produites les idées de touteschoses, qui se trouvent par tout où est portée la lu-mière , selon le sentiment du divin Platon.

Ces images frappent le cristal des yeux , traversesles humeurs aqueuse, cristalline Sc vitreuse, & s° ntrepresentées au naturel fur lá membrane ratine. L £Sesprits visuels qui sont dans cet organe pour les rece-voir se revêtent de leurs couleurs, comme des Caffl 2 'leons, Sc passent ainsi ensemble esprits & images, av£ cune vitesse inconcevable par les fibres de la ratine, ^par les nerfs optiques, & sont portés dans le centre d ela moële alongée, où ces nerfs, optiques & des autse 5sens prennent naissance , qui servent à Famé de ca-naux , pour envoyer ses esprits aux organes des ses 15 ’

Sc aux idées pour arriver des organes des sens à cel^ 1de Fimagination. C’est-là la demeure , ou plutôtLouvre du Roi Pneumanax & des principaux espP tsses ministres. C’est-là où se tient le tribunal de F ima-gination , où les images des objets paraissent 3c se ntimpression fur les esprits. Imaginasio quasi imaginéallio. Les esprits les considérant, les examinent, ^en font leurs maîtresses, leurs idoles, quand elles lèse 5paraissent belles & agréables ; & quand elles ont qud"ques difformités, & qu’elles leur répugnent, ils s’at-tristent, & envoyeur promptement par les nerfs pKtetiques, Sc par les autres nerfs d'autres espritspar différons mouvemens produisent des caractères $changemens, qui font connoître les passions-les ph lS fsectetes de Famé. _ ' '

Quand les idées ont ainsi paru fur le théâtre de l’ 1 'magination, & fini leur rôle, elles font place à d’a"'tres qui leur succèdent, pendant que les premiese 5sont conduites dans de petites cellules du cerveau ,si £ 'ge de la mémoire, où elles demeurent j usqu’à ce qu’d'les soient rapellées pour venir jouer d’autres scenes da" 5Fimagination. La mémoire se fortifie ainsi , c’est ceque de la Chambre appelle une nouvelle couche ’

& Des Cartes une route plus aisée , où les esss 1 ^passent plus facilement, Sc c’est ce qu’il appelle av° ísF esprit plus ouvert.

Quand ces idées ont leur lumière brillante , k u! "*couleurs naturelles , les traits bien proportionnés >quand les esprits qui en sont revêtus , ou colore 5 ’sont subtils Sc vigoureux , quand leurs routes p° 1 ^aller aux sens, à Fimagination, & à la mémoire se 1 !bien ouvertes, quand l’ordre de leurs mouvemens e>bien réglé, que Fimagination & la mémoire sont ex" elentes, les idées y paraissent successivement, cow^dans un bal bien ordonné. Elles font l’agrément d?autres esprits spectateurs du Roi Pneumanax , & dses principaux Officiers.

Mais quand ces idées sont défigurées par des ,peurs noires, par des humeurs de couleurs bizarr - ’quand leur figure est difforme , comme dans ^Cylindres, ou dans ces miroirs qui grossissent,,qui rappetissent les objets ; quand les esprits q lIÍ .ont pris la teinture sont foibles, dissipés, ou ôist 1 ' 3 !^quand les conduits par où elles passent sont c® ^rafles comme dans la cataracte ou goûte seraine 5 ^quand elles sont confuses & en désordre , c0t! l y-dans ces bals^ que l’on nomme vulgairement , ^ ^diablejfe , alors Fimagination est dépravée, les se"! ^la mémoire ne fournissent que de fausses idées, gplace des véritables Sc naturelles , qui cause nt ■tristesse Sc une mélancolie profonde , une a ^. elS ] e usconsidérable aux esprits , un empêchement de tirradiation aux organes, 8c un renversement dele tempérament. > e P

C’est ce qui étoit arrivé à Marie :1a dévotionle avoit embrassée avec chaleur n’avoit pas ete /réglée, la méditation de l’Enser lui avoitidées de démons, de figures horribles, fa _Supe r A& ses scrupules avoient tenu son esprit inqiue ’l’avoient obligé d’appeller au tribunal de la conte ^