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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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PRATIQUES SU

pensées & ses actions les plus innocentes ; elle crai-ë n oit toujours de tomber entre les grises de ces ani-ma «x hideux que son imagination lui représentoit ;ç |le perdoit le sommeil & lappetit, la ratte & la mereS en mêloient, envoyoient des vapeurs noires à son cer-Vea u, 8c achevoient de le démonter. Enfin elle sima-8 lna que le Démon la possedoit. Les objets de dévo-lu , comme leau beniste, les Reliques, les prières, lahinte Messe,& les Exorcismes,luirenouvelloient ces idéessostes,quicausoient une cruelle irritation à ses esprits,^ ensuite ces hurlemens, ces mots barbares, ces con-vulsions , 8c quantité dautres simptomes surprenans.^eux qui lont veue dans nos Eglises, & entre autresdans celle des grands Carmes de cette Ville, elle aexorcisée plusieurs fois cet été dernier par les R.; de cet Ordre, & autres zélés & savans Theolo-fc'ns, peuvent témoigner des cris, des grimaces, desPostures, des agitations terribles & affreuses de cettePauvre fille, 8c de ce quelle souffroit dans ces tems-

J e crus que nos eaux, après avoir corrigé les causes5 n tecedentes, rétabli les fermens naturels,purgé la bilen , 0lre > purifié le sang, seroient une lessive aux esprits, e Marie, pour leur donner leur blancheur 8c leur? c ^t naturel , & laveraient les idées noircies de soyj^gination, comme de ces vieux tableaux fumés, pourlI T donner leur premier coloris.

.Je crus aussi,quil falloit tâcher de lui ôter ses idéessostes 8c mélancoliques, & en substituer en leur placea utres guaies 8c divertissantes : ainsi je conseillai,std on ne lui parlat daucune chose, qui pût causer ses'garemens, quon la promenât dans des endroits agréa-bles, pour adoucir ses esprits irrités, & les remettredans les voyes de la raison. Cest ainsi que les espritsd'un arbre inculte, revêtus dune qualité sauvage &dossière, ne produisent que des fruits âpres 8c amers;j^ais quand ils ont passé pár le greffe dun arbre excel-f e , nt , enté fur le sauvageon , ils quittent la quali-e grossière quils avoient , pour fe revêtir dunej- lltre plus exquise , 8c he gyoduisent après que desjj its doux & délicats. De même les esprits dejd ar ie, revêtus didées tristes 8c affreuses, ne produi-lest t que des fruits de mélancolie & de fureur- maistant pris dautres images divertissantes 8c naturelles, ilse donnerent plus que des fruits de raison & de pieté.Je crois que cest par cette raison, que les voyages^ les pèlerinages font dun grand secours à ceux qui^ lesprit surchargé didées mélancoliques. Lec r n gement des personnes qui font de la peine, & lev an gement des lieux désagréables, en dautres plus di-ìoi''ír' an s changent les images tristes en dautres-r 0 "lantes, & remettent les esprits égarés dans lesjjj- tes de la raison. Cest aussi pour cela que nos eauxs.^'alcs avec la gayeté & le changement dobjets ont<s Vl à Marie à la rétablir dans une santé parfaite, &sotps 8c desprit.

> pourvoi t ce me semble, par ce système des saus-Pluf ées ' & âes esprits irrités, expliquer la cause dess^Urs autres prétendues possessions, comme de celles^ieur e * à Loudun, & autres imaginaires ou ma-e h comme on la reconnu dans la fuite.tn a ^-° n pourroit par ce même système, expliquer li-cri nati on troublée de plusieurs mélancoliques , quises;. 1 ? être loups, bêtes, sorciers, ou par les faus-íont^ stuils en conçoivent, ou par celles qui leur

ss Cs ^muniquées par des breuvages, ou onctions deÏW 6 certaines herbes, qui fournissent des idées dess s , s de Sabats, de boucs, & autres extravagan-K Gassendi , & quelques autres curieux

ï> 6S judicieusement remarqué.

W» Pourroit de même expliquer les autres délires»«lui de la phrenesie, qui provient de l'inflam-des esprits animaux avec fievre; de la manie,îeUr 8c f P r s sont desséchés & échaufés avec íu-strc]-,^ , ns fievre; de la mélancolie, quand ils sontou teints de la noirceur dune bile noire

PERSTITIEUSES. 4 t

avec crainte 8c tristesse , 8c de k stupidité, tìu bêtise *quand ces mêmes esprits sontfoibles, dissipés & pa-resseux.

Lon pourroit encore expliquer les effets surprenansde la rage, par une extrême irritation & mouvementirregulier des mêmes esprits - causés pár des idéeschiens, de lions, de loups devorans, & de spectresaffreux, sortant de leau, que ce venin fournit a li-magination ; qui donne de la crainte & de lhorreurde leau, & de tout ce qui est liquide au Roi & âtoute la République des esprits.

Lon pourroit de même expliquer les danses , lessauts, les coursés 8c autres agitations , que souffrentceux qui ont été mordus de la Tarentule, dont le veninchatouillant & irritant les esprits, leur cause ces mou-vemens irréguliers de danses , & les autres agitationsde tout le corps, qui ne cessent par aucun remede quepar certains airs de musique, que lon appelle commu-nement en Calabre les Chansons de saint Vitte.

Lon pourroit encore expliquer comment la Musi-que guérit ces malheureux ; quelle est fa vertu & íapuissance pour adoucir les esprits troublés, les ap-paiser dans leur furie 8c leurs séditions , & les re-mettre dans lordre 8c dans lexercice de leurs fonc-tions naturelles. Nous en avons un célébré exempledâns la sainte Ecriture, lorsque le malin esprit, ou pourmieux dire, la bile noire de Saùl le tourmentoit, alorsles sons harmonieux de la harpe de David le guerissoient*Kircher dans fa Myfurgie parle fort au long, & ex-plique les admirables talens de la musique, pour gué-rir quantité de maladies. Marsile Ficin ordonnoit àCosme grand Duc de Toscane, la symphonie 8cla musique en place dautres remedes ; & je nedoute point que si nous savions les airs harmonieux& acromátiques, les plus proportionnés aux esprits quisont irrités, ou surchargés, ou qui ont des mouvemensirréguliers, on ne les guérit parfaitement.

Nous poumons encore expliquer les simpathies &les amitiés des esprits, les antipathies & les inimitiésqui fe trouvent entre eux, & quantité dautres effets& phénomènes que nous admirons tous les jours.

Jaurois encore beaucoup de choses à dire fur cesujet; mais je mapperçois que mes réflexions vouspeuvent être ennuyeuses par leur longueur, & quellespassent les limites dune Lettre ordinaire , quoiquejaye supprimé beaucoup de matières, & abrégé beau-coup de choses, qui demandoient une plus grandeétendue.

Faites moi la grâce, Monsieur, de me faire savoirce que vous pensés des nouveaux systèmes que jevous écris. *Sils vous agréent jen aurai un vrai plai-sir , sils ne vous contentent pas je tâcherai de meconformer à vos sentimens, qui me serviront de dé-cisions, aussi bien dans la Physique que dans la Mo-rale. Jespere aussi de vôtre amitié, que vous mepardonneras les sautes que vous remarquerés dans cet-te Lettre, & que vous regarderas moins la foiblessede mes pensées, 8c de mes expressions, que la passion8c le respect avec lequel je suis

Monsieur

Vôtre très-humble & obéissant serviteur

De Lyon le 20 . Décembre 1690 .

De Rhodes e

De Paris ce j. janvier îÛçíiA M O N S I E u R

Monsieur de Rhodes en fa Maison Place Saint Jeanà Lyon,

J'*i reçu , Monsieur^ avec m plaisir sensible la lettréque vous m avez, sait l honneur de wd écrire , A" je pt&svous assurer que je n'di pas été fâché d'avoir contribué k

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