PRATIQUES SU
pensées & ses actions les plus innocentes ; elle crai-ë n oit toujours de tomber entre les grises de ces ani-ma «x hideux que son imagination lui représentoit ;ç |le perdoit le sommeil & l’appetit, la ratte & la mereS en mêloient, envoyoient des vapeurs noires à son cer-Vea u, 8c achevoient de le démonter. Enfin elle s’ima-8 lna que le Démon la possedoit. Les objets de dévo-lu , comme l’eau beniste, les Reliques, les prières, lahinte Messe,& les Exorcismes,luirenouvelloient ces idéessostes,qui’causoient une cruelle irritation à ses esprits,^ ensuite ces hurlemens, ces mots barbares, ces con-vulsions , 8c quantité d’autres simptomes surprenans.^eux qui l’ont veue dans nos Eglises, & entre autresdans celle des grands Carmes de cette Ville, où elle aexorcisée plusieurs fois cet été dernier par les R.; de cet Ordre, & autres zélés & savans Theolo-fc'ns, peuvent témoigner des cris, des grimaces, desPostures, des agitations terribles & affreuses de cettePauvre fille, 8c de ce qu’elle souffroit dans ces tems-
J e crus que nos eaux, après avoir corrigé les causes5 n tecedentes, rétabli les fermens naturels,purgé la bilen , 0lre > purifié le sang, seroient une lessive aux esprits, e Marie, pour leur donner leur blancheur 8c leur? c ^t naturel , & laveraient les idées noircies de soyj^gination, comme de ces vieux tableaux fumés, pourlI T donner leur premier coloris.
.Je crus aussi,qu’il falloit tâcher de lui ôter ses idéessostes 8c mélancoliques, & en substituer en leur placea utres guaies 8c divertissantes : ainsi je conseillai,std on ne lui parlat d’aucune chose, qui pût causer ses'garemens, qu’on la promenât dans des endroits agréa-bles, pour adoucir ses esprits irrités, & les remettredans les voyes de la raison. C’est ainsi que les espritsd'un arbre inculte, revêtus d’une qualité sauvage &dossière, ne produisent que des fruits âpres 8c amers;j^ais quand ils ont passé pár le greffe d’un arbre excel-f e , nt , enté fur le sauvageon , ils quittent la quali-e grossière qu’ils avoient , pour fe revêtir d’unej- lltre plus exquise , 8c he gyoduisent après que desjj its doux & délicats. De même les esprits dejd ar ie, revêtus d’idées tristes 8c affreuses, ne produi-lest t que des fruits de mélancolie & de fureur- maistant pris d’autres images divertissantes 8c naturelles, ilse donnerent plus que des fruits de raison & de pieté.Je crois que c’est par cette raison, que les voyages^ les pèlerinages font d’un grand secours à ceux qui^ l’esprit surchargé d’idées mélancoliques. Lec r n gement des personnes qui font de la peine, & lev an gement des lieux désagréables, en d’autres plus di-ìoi''ír' an s changent les images tristes en d’autres ré-r 0 "lantes, & remettent les esprits égarés dans lesjjj- tes de la raison. C’est aussi pour cela que nos eauxs.^'alcs avec la gayeté & le changement d’objets ont<s Vl à Marie à la rétablir dans une santé parfaite, &sotps 8c d’esprit.
> pourvoi t ce me semble, par ce système des saus-Pluf ées ' & âes esprits irrités, expliquer la cause dess^Urs autres prétendues possessions, comme de celles^ieur e * à Loudun, & autres imaginaires ou ma-e h comme on l’a reconnu dans la fuite.tn a ^-° n pourroit par ce même système, expliquer l’i-cri nati on troublée de plusieurs mélancoliques , quises;. 1 ? être loups, bêtes, sorciers, ou par les faus-íont^ stu’ils en conçoivent, ou par celles qui leur
ss Cs ^muniquées par des breuvages, ou onctions deÏW 6 certaines herbes, qui fournissent des idées dess s , s ’ de Sabats, de boucs, & autres extravagan-K Gassendi , & quelques autres curieux
ï> 6S judicieusement remarqué.
W» Pourroit de même expliquer les autres délires»«lui de la phrenesie, qui provient de l'inflam-des esprits animaux avec fievre; de la manie,îeUr 8c f eí P r “ s sont desséchés & échaufés avec íu-strc]-,^ , ns fievre; de la mélancolie, quand ils sontou teints de la noirceur d’une bile noire
PERSTITIEUSES. 4 t
avec crainte 8c tristesse , 8c de k stupidité, tìu bêtise *quand ces mêmes esprits sontfoibles, dissipés & pa-resseux.
L’on pourroit encore expliquer les effets surprenansde la rage, par une extrême irritation & mouvementirregulier des mêmes esprits - causés pár des idées déchiens, de lions, de loups devorans, & de spectresaffreux, sortant de l’eau, que ce venin fournit a l’i-magination ; cè qui donne de la crainte & de l’horreurde l’eau, & de tout ce qui est liquide au Roi & âtoute la République des esprits.
L’on pourroit de même expliquer les danses , lessauts, les coursés 8c autres agitations , que souffrentceux qui ont été mordus de la Tarentule, dont le veninchatouillant & irritant les esprits, leur cause ces mou-vemens irréguliers de danses , & les autres agitationsde tout le corps, qui ne cessent par aucun remede quepar certains airs de musique, que l’on appelle commu-nement en Calabre les Chansons de saint Vitte.
L’on pourroit encore expliquer comment la Musi-que guérit ces malheureux ; quelle est fa vertu & íapuissance pour adoucir les esprits troublés, les ap-paiser dans leur furie 8c leurs séditions , & les re-mettre dans l’ordre 8c dans l’exercice de leurs fonc-tions naturelles. Nous en avons un célébré exempledâns la sainte Ecriture, lorsque le malin esprit, ou pourmieux dire, la bile noire de Saùl le tourmentoit, alorsles sons harmonieux de la harpe de David le guerissoient*Kircher dans fa Myfurgie parle fort au long, & ex-plique les admirables talens de la musique, pour gué-rir quantité de maladies. Marsile Ficin ordonnoit àCosme grand Duc de Toscane, la symphonie 8cla musique en place d’autres remedes ; & je nedoute point que si nous savions les airs harmonieux& acromátiques, les plus proportionnés aux esprits quisont irrités, ou surchargés, ou qui ont des mouvemensirréguliers, on ne les guérit parfaitement.
Nous poumons encore expliquer les simpathies &les amitiés des esprits, les antipathies & les inimitiésqui fe trouvent entre eux, & quantité d’autres effets& phénomènes que nous admirons tous les jours.
J’aurois encore beaucoup de choses à dire fur cesujet; mais je m’apperçois que mes réflexions vouspeuvent être ennuyeuses par leur longueur, & qu’ellespassent les limites d’une Lettre ordinaire , quoiquej’aye supprimé beaucoup de matières, & abrégé beau-coup de choses, qui demandoient une plus grandeétendue.
Faites moi la grâce, Monsieur, de me faire savoirce que vous pensés des nouveaux systèmes que jevous écris. *S’ils vous agréent j’en aurai un vrai plai-sir , s’ils ne vous contentent pas je tâcherai de meconformer à vos sentimens, qui me serviront de dé-cisions, aussi bien dans la Physique que dans la Mo-rale. J’espere aussi de vôtre amitié, que vous mepardonneras les sautes que vous remarquerés dans cet-te Lettre, & que vous regarderas moins la foiblessede mes pensées, 8c de mes expressions, que la passion8c le respect avec lequel je suis
Monsieur
Vôtre très-humble & obéissant serviteur
De Lyon le 20 . Décembre 1690 .
De Rhodes e
De Paris ce j. janvier îÛçíiA M O N S I E u R
Monsieur de Rhodes en fa Maison Place Saint Jeanà Lyon,
J'*i reçu , Monsieur^ avec m plaisir sensible la lettréque vous m avez, sait l honneur de wd écrire , A" je pt&svous assurer que je n'di pas été fâché d'avoir contribué k
L U