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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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PRATIQUES SUPERSTITIEUSES.

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âe Droit en ces sortes de matières , il ne seroit pastombé dans les erreurs il sest plongé : première-ment à croire que s état de pofleíïìon fût un obstaclea la Sainteté, devant lui-même être convaincu du con-fire, par ce quil voyoit dans le Procès; savoir,que^larie Bucaille souffroit en certains tems des agitationsct des violences tout extraordinaires, qui lui faisoienttenir des discours & faire des actions dune personneEnragée & furibonde, & dans dautres tems on la voyoittomber dans des extases & pertes de sens, pendant les-fiuelles on entendoit sortir de fa bouche les paroles dumonde les plus affectueuses & les plus remplies dePaété ; il auroit reconnoître par en ladite Bucail-e un état pareil à celui que décrit le Pers Rague-n fau en parlant de Catherine de Saint Augustin,E oft-à-dive , une vie obsédée des Démons & possé-dée de Dieu.

Il auroit reconnu, sil âvoìt voulu y faire attentionct ouvrir les Livres, que cette fille avoit en elle tou-* es les marques imaginables de possession, & bien loin, le porter à la condamner pour des choses elle^ avoit pas de liberté, il seroit entré dans le sentimentf cet Auteur qui vient dêtre cité , quod de obsejjtsJ H Pplicia non sumantur.

Et fans avoir égard à tout ceci, il h'a suivi que faj^ffion & le dessein quil avoit pris de perdre cettej?He innocente, aussi bien que le Religieux son Confes-Eur. Ladite Bucaille a eu beau lui dire & repeter dansl °us ses Interrogatoires, que de tout ce qui étoit rap-porté sêtre passé dans íHôpital touchant les discoursSfUelle avoit tenus au Pere Saulnier, il ny avoit riende véritable ; quelle méconnóiísoit avoir tenu lefditsdiscours, ni écrit les Lettres par lesquelles on prétendquiìs étoient confirmes, & que si cela avoit été dit°u écrit, cétoit le Diable seul qui en étoit lAuteur;Ce Juge sest entêté à croire & à dire quabsolumentE * e étoit coupable, puisque de tels discours étoientortis de fa bouche, fans avoir égard, que quand ced a Uroit pas été une possession, mais une maladie natu-re pendant laquelle une personne par emportement° u par frénésie auroit reconnu de telles choses, venant5 Près à les désavouer lorsquon est devenu tranquille ,' e 'a ne fait nulle charge. Mais à propos de ce mot deJonquille, il y a encore une chose à remarquer, que^uand les Prêtres de l'Hôpital ont déposé avoir en-Endu sortir de telles paroles de la bouche de ladite Bu-C ^le, ils la trouvoient bien tranquille, à quoi elle á| e Pondu dans son Interrogatoire quil ne falloit pas syai ffer tromper, & que pour amuser le monde le De-fe tranquilife quand il lui plaît,p. our ce qui est du Pere Saulnier, comme on lui á.son Procès par contumace, & quon voudroit peut-b/ 6 ^ a ' re rejallir contre ladite Bucaille les charges qui

v ent fe trouver contre lui, elle dira en premier lieu5 e c eux qui disent que ça été le présent Procès quiledit Pere Saulnier en fuite, sont très mal infor-^ du fait ; car il est rapporté au Procès que dès le5ll° ls 'lAoût 1697. ledit Pere Saulnier partit pour sen^ j hIanci,où il est toujours resté depuis ce tems-,le j ^ r ° c és dont est question na été commencé queallé ^ vr st 1698. huit ou neuf mois après quil estcès a Nanc so ct par conséquent ce na pas été le Pro-

^ la mis en fuite.

IL- ec ° n dem en t il faut faire cette justice à ce bon Re-^toit âe dire, que de fa part il a fait tout ce quia En sou pouvoir pour venir fe présenter quand ilde s ^.° n ^oit décrété contre lui. Il ny a pas unitiojy 'b ieu x de son Ordre qui ne lui rende ce-a p 0 j ct de ce quil ne sest pas présenté, il nydautre raison, sinon, que les Supérieurs ne^ as v °ulu souffrir » & quil a été contraint do-

à q uo jq ue ce n e soit pas à ladite Bucaille

tïi°i n <ler la Eaufe de cet homme absent, elle dira nean-)ou rs S à cause de l'estime & du respect quelle a tou-

7i % eu P° u r lui, quellc na jamais reconnu en fa

» «

personne rien que de très vertueux & de régulier, 8 cqui ne la portât à Dieu; cest la maniéré dont elle ena parlé dans tous ses Interrogatoires.

Pour ce qui est des actions dimpureté quon luireproche, le plus grand Témoiti quil y ait, cest cet-te infâme Rigolette qui a beaucoup exagéré le commer-*ce impudique que ce Religieux doit avoir eu avec el-le, & il ny a quelle feule qui le dit.

U y a encore quatre ou cinq autres Témoins quiparlent dactions ou de discours déshonnêtes tenus parce Religieux. Il y a entre autres une Marie le Souhai-tier, qui dit avoir oui dire à son fils, quil y a quinzearts que son fils & le Pere Saulnier étant couchés en-semble au Bourg de Montebourg le Pere Saulnierétoit allé prêcher, ledit Pere Saulnier tint à ce Garçondes discours sales & mal honnêtes pendant la nuit ;mais outre quun tel oui dire ne fait point de charge,on féroit demeurer constant, sil en étoit besoin, quejamais en fa vie le Pere Saulnier na. prêché à Monte-bourg.

Une fille nommée Madeleine Travers a rapportéque le P. Saulnier lui avoit un jour tenu des discoursdamourettes, & lui auroit voulu mettre la main furle sein. Cette Témoin est elle-même une impudique,ayant eu un enfant hors mariage.

Une autre nommée Madeleine Durel, quon appel-le vulgairement la Coutelette , dit quelle alla à con-fesse au Pere Saulnier, & elle parle dun attouchementtrès malhonnête que le dit Pere Saulnier doit lui avoirfait un jour dans lEglise des Cordeliers. Cette Cou-telette est une Publique 8 c Prostituée tout à fait per-due de réputation, ce qui est en la connoissancetout ce Païs-, & rien ne seroit plus facile, si le PereSaulnier avoit été présent, que de détruire tous cestémoignages.

Mais il y en a une entre autres nommée Jeanne Gi-rette, connue fous le nom de la Clofette, dont la dé-position est extrêmement remarquable. Quand elle aété confrontée à la Rigolette , celle-ci lui a soutenuque cétoit une créature qui sétoit abandonnée auxSoldats de Valognes lotsquils y étoient en garnison.Jeanne Girette rapporte donc, qu'il y a sept ou huitans qu elle fut envoyée par la Rigolette au Pere Saulnierpour le prier de la venir voir , & qu au sortir de V Eglisedes Cordeliers ledit Pere Saulnier mena ladite Girette dansle Portail , & que il viola la Déposante. II faloit fansdoute quelle fut bien aisée à violer , 8 c particulière-ment en un lieu tel que Portail, & par tout lemonde pouvoit passer, tant en sortant, quen entrantdans lEglife; mais ce qui est admirable, cest quequand on est venu aU recolerhent, Jeanne Girette adit que fa déposition est véritable, à la referve dudernier Article , cest-à-dire , que le Pere Saulnierne la viola point, 8 c quil ne commit point le pé-ché avec elle : par cet échantillon on peut juger detout le reste.

Ajoutons que quand il y auroit ëu quelque cho-se à redire à la conduite de ce Religieux , & dansun tems précédent de la connoissance qua faite aveclui ladite Bucaille, les Témoins marquant le tems desept ou huit ans, qui est avant quelle leut prispour son Directeur; lon peut fort bien dire que sidun côté les Penitens reçoivent de consolation 8 cdés instructions de leurs Directeurs , les Directeursreçoivent aussi souvent de grandes lumières & degrandes grâces par la connoissance de l'intérieur deleurs Penitens ; car le Pere Saulnier ne méconnoîepas que les grâces & les talens de cette fille lui enont attiré dautres quil navoit pas reçues jusqua-lors.

Quand il seroit donc vrai quil y auroit eu quel-ques foiblesses de fa part, ce quon ne peut prouver,ce nétoit pas une matière dont le Juge laïque dûtfaire un Procès criminel , ni décréter une prise decorps, de laquelle, avec raison, les Religieux de sonOrdre ont été épouvantés, ne pouvant pas fe résou-N dre