PRATIQUES SUPERSTITIEUSES.
4 9
âe Droit en ces sortes de matières , il ne seroit pastombé dans les erreurs où il s’est plongé : première-ment à croire que s état de pofleíïìon fût un obstaclea la Sainteté, devant lui-même être convaincu du con-fire, par ce qu’il voyoit dans le Procès; savoir,que^larie Bucaille souffroit en certains tems des agitationsct des violences tout extraordinaires, qui lui faisoienttenir des discours & faire des actions d’une personneEnragée & furibonde, & dans d’autres tems on la voyoittomber dans des extases & pertes de sens, pendant les-fiuelles on entendoit sortir de fa bouche les paroles dumonde les plus affectueuses & les plus remplies dePaété ; il auroit dû reconnoître par là en ladite Bucail-e un état pareil à celui que décrit le Pers Rague-n fau en parlant de Catherine de Saint Augustin,E oft-à-dive , une vie obsédée des Démons & possé-dée de Dieu.
Il auroit reconnu, s’il âvoìt voulu y faire attentionct ouvrir les Livres, que cette fille avoit en elle tou-* es les marques imaginables de possession, & bien loin, le porter à la condamner pour des choses où elle^ avoit pas de liberté, il seroit entré dans le sentimentf cet Auteur qui vient d’être cité , quod de obsejjtsJ H Pplicia non sumantur.
Et fans avoir égard à tout ceci, il h'a suivi que faj^ffion & le dessein qu’il avoit pris de perdre cettej?He innocente, aussi bien que le Religieux son Confes-Eur. Ladite Bucaille a eu beau lui dire & repeter dansl °us ses Interrogatoires, que de tout ce qui étoit rap-porté s’être passé dans í’Hôpital touchant les discoursSfU’elle avoit tenus au Pere Saulnier, il n’y avoit riende véritable ; qu’elle méconnóiísoit avoir tenu lefditsdiscours, ni écrit les Lettres par lesquelles on prétendqu’iìs étoient confirmes, & que si cela avoit été dit°u écrit, c’étoit le Diable seul qui en étoit l’Auteur;Ce Juge s’est entêté à croire & à dire qu’absolumentE * e étoit coupable, puisque de tels discours étoientortis de fa bouche, fans avoir égard, que quand ced a Uroit pas été une possession, mais une maladie natu-re pendant laquelle une personne par emportement° u par frénésie auroit reconnu de telles choses, venant5 Près à les désavouer lorsqu’on est devenu tranquille ,' e 'a ne fait nulle charge. Mais à propos de ce mot deJonquille, il y a encore une chose à remarquer, que^uand les Prêtres de l'Hôpital ont déposé avoir en-Endu sortir de telles paroles de la bouche de ladite Bu-C ^le, ils la trouvoient bien tranquille, à quoi elle á| e Pondu dans son Interrogatoire qu’il ne falloit pas s’yai ffer tromper, & que pour amuser le monde le De-fe tranquilife quand il lui plaît,p. our ce qui est du Pere Saulnier, comme on lui á.son Procès par contumace, & qu’on voudroit peut-b/ 6 ^ a ' re rejallir contre ladite Bucaille les charges qui
v ent fe trouver contre lui, elle dira en premier lieu5 e c eux qui disent que ç’a été le présent Procès quiledit Pere Saulnier en fuite, sont très mal infor-^ du fait ; car il est rapporté au Procès que dès le5ll° ls 'l’Août 1697. ledit Pere Saulnier partit pour s’en^ j hIanci,où il est toujours resté depuis ce tems-là,le j ^ r ° c és dont est question n’a été commencé queallé ^ vr st 1698. huit ou neuf mois après qu’il estcès a Nanc so ct par conséquent ce n’a pas été le Pro-
^ l’a mis en fuite.
IL- ec ° n dem en t il faut faire cette justice à ce bon Re-^toit âe dire, que de fa part il a fait tout ce quia En sou pouvoir pour venir fe présenter quand ilde s ^.° n ^oit décrété contre lui. Il n’y a pas unitiojy 'b ieu x de son Ordre qui ne lui rende ce té-a p 0 j ct de ce qu’il ne s’est pas présenté, il n’yd’autre raison, sinon, que les Supérieurs ne^ as v °ulu souffrir » & qu’il a été contraint d’o-
à q uo jq ue ce n e soit pas à ladite Bucaille
tïi°i n <ler la Eaufe de cet homme absent, elle dira nean-)ou rs S ’ à cause de l'estime & du respect qu’elle a tou-
7i % eu P° u r lui, qu’ellc n’a jamais reconnu en fa
» «
personne rien que de très vertueux & de régulier, 8 cqui ne la portât à Dieu; c’est la maniéré dont elle ena parlé dans tous ses Interrogatoires.
Pour ce qui est des actions d’impureté qu’on luireproche, le plus grand Témoiti qu’il y ait, c’est cet-te infâme Rigolette qui a beaucoup exagéré le commer-*ce impudique que ce Religieux doit avoir eu avec el-le, & il n’y a qu’elle feule qui le dit.
U y a encore quatre ou cinq autres Témoins quiparlent d’actions ou de discours déshonnêtes tenus parce Religieux. Il y a entre autres une Marie le Souhai-tier, qui dit avoir oui dire à son fils, qu’il y a quinzearts que son fils & le Pere Saulnier étant couchés en-semble au Bourg de Montebourg où le Pere Saulnierétoit allé prêcher, ledit Pere Saulnier tint à ce Garçondes discours sales & mal honnêtes pendant la nuit ;mais outre qu’un tel oui dire ne fait point de charge,on féroit demeurer constant, s’il en étoit besoin, quejamais en fa vie le Pere Saulnier n’a. prêché à Monte-bourg.
Une fille nommée Madeleine Travers a rapportéque le P. Saulnier lui avoit un jour tenu des discoursd’amourettes, & lui auroit voulu mettre la main furle sein. Cette Témoin est elle-même une impudique,ayant eu un enfant hors mariage.
Une autre nommée Madeleine Durel, qu’on appel-le vulgairement la Coutelette , dit qu’elle alla à con-fesse au Pere Saulnier, & elle parle d’un attouchementtrès malhonnête que le dit Pere Saulnier doit lui avoirfait un jour dans l’Eglise des Cordeliers. Cette Cou-telette est une Publique 8 c Prostituée tout à fait per-due de réputation, ce qui est en la connoissance détout ce Païs-là, & rien ne seroit plus facile, si le PereSaulnier avoit été présent, que de détruire tous cestémoignages.
Mais il y en a une entre autres nommée Jeanne Gi-’rette, connue fous le nom de la Clofette, dont la dé-position est extrêmement remarquable. Quand elle aété confrontée à la Rigolette , celle-ci lui a soutenuque c’étoit une créature qui s’étoit abandonnée auxSoldats de Valognes lotsqu’ils y étoient en garnison.’Jeanne Girette rapporte donc, qu'il y a sept ou huitans qu elle fut envoyée par la Rigolette au Pere Saulnierpour le prier de la venir voir , & qu au sortir de V Eglisedes Cordeliers ledit Pere Saulnier mena ladite Girette dansle Portail , & que là il viola la Déposante. II faloit fansdoute qu’elle fut bien aisée à violer , 8 c particulière-ment en un lieu tel que cë Portail, & par où tout lemonde pouvoit passer, tant en sortant, qu’en entrantdans l’Eglife; mais ce qui est admirable, c’est quequand on est venu aU recolerhent, Jeanne Girette adit que fa déposition est véritable, à la referve dudernier Article , c’est-à-dire , que le Pere Saulnierne la viola point, 8 c qu’il ne commit point le pé-ché avec elle : par cet échantillon on peut juger detout le reste.
Ajoutons que quand il y auroit ëu quelque cho-se à redire à la conduite de ce Religieux , & dansun tems précédent de la connoissance qu’a faite aveclui ladite Bucaille, les Témoins marquant le tems desept ou huit ans, qui est avant qu’elle l’eut prispour son Directeur; l’on peut fort bien dire que sid’un côté les Penitens reçoivent de là consolation 8 cdés instructions de leurs Directeurs , les Directeursreçoivent aussi souvent de grandes lumières & degrandes grâces par la connoissance de l'intérieur deleurs Penitens ; car le Pere Saulnier ne méconnoîepas que les grâces & les talens de cette fille lui enont attiré d’autres qu’il n’avoit pas reçues jusqu’a-lors.
Quand il seroit donc vrai qu’il y auroit eu quel-ques foiblesses de fa part, ce qu’on ne peut prouver,ce n’étoit pas une matière dont le Juge laïque dûtfaire un Procès criminel , ni décréter une prise decorps, de laquelle, avec raison, les Religieux de sonOrdre ont été épouvantés, ne pouvant pas fe résou-N dre