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HISTOIRE DES
lette qu’un bannissement de trois ans hors du Baillia-ge , ce qui n’est qu’un pur amusement, puisqu'il n’ya qu’une lieue de distance à un autre Bailliage , quiest celui de S. Sauveur le Vicomte , indépendant decelui de Valognes, & l'on a condamné la Bucaille audernier supplice.
Mais pendant qu’on est fur le Chapitre de l’injus-tice , il saut dire deux mots touchant Jeanne de Lau-ney, qui est une autre partie du Procès , & prison-nière comme les deux autres dans la Conciergerie duPalais.
Jeanne de Launey est la Servante , ou pour mieuxdire, la Compagne de Marie Bucaille , car la pauvreBucaille n’a pas moyen d’avoir une Servante ni de lanourrir , ne se pouvant pas nourrir elle-même ; &quand le juge a demandé à Jeanne de Launey si ellerecevoit des gages de la dite Bucaille , elle a dit quenon ; & pourquoi donc s’étoit elle mise à son servi-ce? elle a dit qu’elle a cru que c’étoit une sainte fil-le , qui la porteroit à craindre 8c à servir Dieu, quiest le seul motif qui l’avoit obligée d’aller demeureravec elle.
La dite de Launey a été d’abord décrétée en ad-journement personnel, il n’y a personne qui en puissesavoir la raison , non plus que de l’autorité que le ju-ge a prise sur elle de la retenir prisonnière à l’occasionde quelque Interrogatoire, & sans nul décret de pri-se de corps.
Le J ugement qu'on a rendu contre la dite de Lau-ney est, qu’avant que faire droit elle fera appliquée àla Question ordinaire & extraordinaire , ce qui (souscorrection de la Cour) est fort impertinent ; car l’ondemanderoit volontiers â ce juge si par cette Questionextraordinaire il sc trouvoit, comme il arrive souvent,qu’il y eut quelque membre de cette personne mutilé,Sc qu’après cela elle fut déchargée de l’accusation,car la chose demeure toujours en suspens, puisque cen’est qu’un avant que faire droit & sans autre con-damnation ; s’il arrivoit donc qu’il y eut quelque fra-cture aux pieds ou aux mains de cette pauvre fille quil’empêchat de gagner fa vie , qu’est-ce que l’on di-roit de cette Question préparatoire , sinon que c’estla chose du monde la plus injuste & la plus insensée ?& il saut bien sans doute qu’il y ait eu une grandeignorance à ce juge pour donner un tel jugement, le-quel n’est en usage ni approuvé dans aucun Tribunalde France.
Mais quand on vient à entrer dans le fond & à exa-miner ce qui peut avoir donné lieu à une telle con-damnation , l’on est encor jusques à présent à le devi-ner , & le Sieur de Sainte Marie ne le sauroit pas de-viner lui-même. Il y en a une marque bien évidentedans la maniéré dont fa Sentence est composée ; carau regard des autres accusés, il donne des raisons bienamples & en grand nombre du sujet de leur condam-nation, mais à l'égard de Jeanne de Launey , il n’endit pas un mot, & c’est parce que véritablement il nele fait pas lui-même. Tout ce que l’on dit dans le mon-de qui ait pu donner occasion à ce jugement , c’estqu’on dit que le juge a présumé que la dite de Lau-ney savoit certaines choses contre fa Maîtresse qu’ellen’a pas voulu dire. Les jugemens du Sieur de SainteMarie ne sont pas mieux sondés que cela ; & n’est-ccpas ce qui doit donner de plus en plus horreur de faSentence ?
Il faut ajouter à ceci le tems & la maniéré dont ils’est pris pour donner la dite Sentence.
Premierement , il faut observer que pour faire lesinformations il ne s’est point servi d’Enquêteurs,quoiqu’il y en ait deux au Siège de Valognes, savoir,les Sieurs Pelletier & Poret , ce qui est contraire à laDéclaration du Roi.
Et quand on est venu à juger définitivement leProcès qui a ete pendant quinze séances fur le Bureau,il s’est trouve qu il n y avoir point de Rapporteurnommé, & s il ne 1 a pas voulu distribuer, c’est qu’il
a craint que quelqu’un n’entrât plus avant en cûft*noissance , 8c qu’il ne trouvât à redire dans son Ou-vrage ; c’est pourquoi il a voulu demeurer maître dtfRapport, fans dire néanmoins par fa Sentence , aprèsle Rapport fait par Nous des charges du Procès , cSqu’on a coûtume d’employer de la sorte lorsque le ju-ge en chef se fait Rapporteur. Ici il n’est point parlede Rapporteur en façon quelconque.
Et une chose fort singulière qui s’est passée dan?ce jugement , c’est que le Sieur de Sainte Marie afait ouvrir toutes les portes , & le Procès a été rap'porté au conspect de tous les Bourgeois de Valognes& de tous ceux qui ont voulu y être présens. Le jouide la prononciation de la Sentence les places étoientretenues dès cinq heures du matin, l’on y ailoit con*'me à la Comédie , dont le Sieur de Sainte Marie íeulfaifoit tous les Personnages ; car il étoit Juge, Rap-porteur & partie, il chantoit & répondoit, & se s**'soit admirer , à ce qu’il croyoit, par tous ses Audi-teurs.
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Cependant il y a une chose ou il s’est merveilleuse-ment oublié de son devoir , c’est dans le choix djceux qui ont délibéré dans la Sentence. Il craignesle partage , & après avoir employé plusieurs séance*en la présence des Officiers qui y sont dénommés, ds’est avisé le dernier jour d’envoyer quérir deux Avo-cats , l’un nommé Quievastre, 8c l’autre Lestourmy ’qui j ulques-là n’en avoient approché. C’étoient d eSgens bien pfopres à statuer fur cette grande affaire»car si l’on vouloir dire > comme il semble qu’on le ve llCinsinuer , que lesdits deux Avocats avoient été vû*dans quelques séances précédentes, ce dont on ne con-vient pas , toujours il y a certitude que pendant le*quatre dernieres séances ils n’y étoient point , & ^preuve en est au Procès , d’autant qu’en ces quatrîdernieres séances qui se sont passées à entendre les ac-cusés fur la sellette , l’on a employé en chacune dé-dites séances le nom des juges lesquels y ont assisté.^y ont signé : mais il n’y est nullement parlé de Qu*e-vastre ni de Lestourmy, du nombre desquels leQuievastre même n’a pas voulu signer dans la Senten-ce définitive, il n’y a eu que Lestourmy : or de f* 1 're ainsi donner jugement par des personnes qui n ’o&point vU le Procès , ou du moins qui ont manqnfplusieurs séances fans s’y trouver , c’est une prévad'cation & une nullité essentielle qui ne se pe^sauver.
Ce n’a pas été fans raison que l’Appellante danscommencement de ce Factum s’est plainte si fort “j)procédé des Prêtres de l’Hôpital de Valognes , ^ c "quels , non seulement ont pris plaisir à la charger»s’ils avoient pû , par leurs dépositions , mais ils ° ntfiait d ailleurs tout ce qui étoit en leur pouvoir p° lt *la perdre ; car il est vrai qu’ìls ont été les princíp^auteurs & instigateurs de tous les maux qu’on l ul ^faits, & pour cela ils ont commis des bassesses touQfait indignes de leur caractère , & qui ont scând*' 1tous ceux qui avoient encore un peu d’affectson P° Ula vérité & pour la justice. ,
Non seulement ils se sont rendus les solliciteurs ssftémoins pour, les engager à parler contre la ditecaille , ils ont fait tout leur pouvoir pour corroPffla fidélité de Jeanne de Launey fa compagne, A P 0 ^l’obliger par toutes sortes de considérations à d e P° j cScontre elle. Ils ont pris plaisir à venir passer les ,dans la prison auprès du Cachot de la dite Bue**où en présence d’un grand nombre de personnes st u .^y avoient amenées , ils lui ont fait cent insultesdignités, avec des railleries outragéantes pour 1* >
crier dans l’efprit de toute l’affistance , ce qui . l ^ e nl’espace de deux ou trois heures. On nommeroit opar nom & par surnom ceux d’entre lesdits P sÊqui se sont abaissés jusques-là. ^5
Ils se font enfin rendus les principaux instig?* f8c solliciteurs auprès du Sieur de Sainte Malin Pfaire périr cette innocente , & tout cela par cet