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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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Jeanne Nigaut femme dudit de Caux a va tirer unLinge de dessus le côté de ladite Bucaille plein de sang,de la rougeur comme des marques de sang aux pieds& aux mains de ladite Bucaille aux mêmes endroitsoù J. C. les a eu percées,a vu des franges ou marquésde coups fur le corps de ladite Bucaille, dont un mor-ceau de chair étoit emporté fur le côté.

Hubert de Caux a vu du sang sur les pieds & furles mains de ladite Bucaille aux endroits où J. C. leseut percées, & qu’ayant regardé de près, il vit quefur le dos de la main de ladite Bucaille cela étoit enrond à peu près comme un œillet, dans le milieu du-quel il paroissoit un trou d’où sortoit du sang, Sc quecraignant d’être trompé , il ouvrit ses heures & en im-prima un des fueillets dudit sang.

Par une autrefois les mêmes marques & stigmatesayant paru, ils furent lavés avec de l’eau , & ayantconsidéré attentivement, vit du moins (à ce qui luisembla ) 5 ou 6 trous comme piqueures d’espingles.

L’a entendu battre plusieurs fois, & l’a vue traînerle long de la montée, malgré les efforts que lui quiparle , Sc plusieurs autres faisoient pour l’en empê-cher.

Yit le Vendredi Saint dernier plusieurs morceaux dechair emportés, & plusieurs marques de fouet fur lecorps de ladite Bucaille , des marques de sang sur satête, des crachats fur son visage & la joue rouge, com-me qui lui auroit donné un soufflet.

Georges Julien Folliot, Jeanne le Terreur , MarieDoguet, Artus Houffin, Laurence Lescureuil ont vuSc déposé desdits marques ou stigmates.

Presque tous les témoins , entre autres MargueritePaisant, Leonord Agnès & plusieurs autres déposentqu’ils Pont vu traîner dans la Chambre malgré leursefforts, Sc qu’ils Pont entendu battre , & vu éleverde trois pieds en Pair.

Leonord Agnès autre témoin dépose encore qu’étantentré la nuit dans la Chambre de ladite Bucaille , elley vit une clarté comme un rayon de Soleil fur le litde ladite Bucaille , ce qui dura pendant une demi-heure, & sentit un odeur très suave.

Françoise Frigou dépose qu’étant demeurée auprèsde ladite Bucaille pour la ggrcter, elle vit pendant lanuit une clarté dans la chambre de ladite Bucaille ,qui dura environ une demi heure , Sc à la faveur decette même clarté vit un homme vêtu d’une soutaneblanche Lt d'un jupon violet , lequel avoit un Livredevant lui; & ayant demandé le lendemain à laditeBucaille si elle avoit vu ledit homme > elle dit qu’oui,le dépeignit tel qu’il avoit paru aux yeux de laditeFrigou,& dit que c'étoit Dieu qui effaçoit les péchésde Valognes.

La même chose est rapporté dans les Interrogatoiresde Jeanne de Launei, & ladite Bucaille en est conve-nue dans la confrontation avec ladite de Launei le 16.Janvier 1699.

La même Jeanne de Launei dans ses Interrogatoiresdu i6.de Janvier 1699. dit que ladite Bucaille n’ayantpu descendre dans la Chapelle de Golleville, il parutun Prêtre dans ladite chambre revêtu d’un surplis ,lequel portoit une hostie dans fa main droite, & uneplatine en f autre, & communia ladite Bucaille, &après voulut donner une autre hostie à ladite de Lau-nei, qu’elle ne voulut point recevoir parce qu’elle avoitdejeuné ; que surprise elle demanda à ladite Bucaillece que c’étoit, laquelle lui répondit, je croi que vô-tre incrédulité sera confirmée , vous n’avez rien vuque ce que l’on a demandé à Dieu par grâce. Ce sontles termes .

Dans l’Interrogatoire suivant, la même de Launeidit qu elle a vu une Religieuse paroître en habit deSainte-Claire dans la chambre de ladite Bucaille, desFantômes ou Spectres ayant figure humaine qui par-ïoient a ladite Bucaille. Celle-ci en convient , Sc ditque Dieu permettoit ces apparitions pour 1 a sancti-fier; c’est dans la confrontation de ladite de Launei.

RE DES

Ladite de Launei dit encore qu’elle a vu un petitoiseau qui parut tout d’un coup dans la chambre dsladite Bucaille, vint se poser sur son dos Sc chantad’une maniéré mélodieuse, & avoit un plumage bri!"lant & diversifié de plusieurs sortes de couleurs.

Marie Bucaille en convient , & dit que la variétéSc diversité des plumes de ce petit oiseau marquoientles sept dons du S. Esprit. /

II y a une infinité de faits de cette nature rapporte»dans le Procès ; mais si on en faisoit le détail cette re*lation seroit auffi longue que son Procès.

L’Accusée n’a point reproché les témoins, elle a atfcontraire reconnu leurs dépositions véritables. Elk âsoutenu que la connoiffance qu’elle a eue des pensessecrettes étoit un don de Dieu , que les transpo* 15s’étoient faits par son ordre, que les stigmates dont ehle se prétendent honorée, les mauvais traitemens Sc fl a "gestations, & toutes les apparitions & choses extraos'dinaires contenues dans les dépositions, étoienteffets d’une conduite de Dieu particulière fur elle po*ssfa sanctification.

En vain dans les premiers Interrogatoires qu’elle 3prêtés, on lui a dit que les mensonges, les impudic*'tés, les calomnies, les malices & prophanations de schoses saintes ne s’accordoient pas avec cette un*o slintime avec Dieu , & cette haute contemplation oúelle se dit élevée. Inutilement on l’a exhortée d’avoU^qu’elle avoit été trompée, & de changer de conduit 1este a répondu sur la sellette Sc dans l’Interrogatoire dd17. Octobre 1698. qu’elle n’ôteroit point la gloire 3Dieu, qui lui est due, Sc elle a dit au juge qui 1 ’*°'terrogeoit, c’est dans l’Interrogatoire du 17. Octobj e98. art. 10, 11 & ia. qu’il amassoit un trésor d’i rásur sa tête, Sc qu’il s’embourboít : Sc pour n’être P aîobligée de rendre compte de toutes les tromperies #mommeries qui font rapportées au Procès, elle a dtfqu’elle étoit possédée, & a refusé de répondre. .Ses réponses aux Interrogatoires ne marquent point ss

f olie - , ,z

Toutes ses réponses confirment cés dépositions, .

témoins y ont persisté dans le récolement. II faut dp 1 ^tenir pour constans tous les faits extraordinaires qss e ”*les contiennent. Cela ne souffre point de contestât* 011 ’De dire que ce s transports sont impossibles ,les Anges Sc les Diables ne peuvent pas faire paroît sSaux yeux des hommes testes figures qu’il leur pb* f *Sc qu’ainsi on n’a pas dû ajouter foi à ses dépositio** 5 ’les conséquences de cette maxime sont trop dange*" Êl Lses, Sc d’ailleurs ce seroit révoquer en doute ce qu*rapporté dans les pages sacrées des transports du D?phete Abbacuc & de celui de S. Philippe , de l’l* lS ”toire de Tobie, des Anges qui parloient à Abrah 3 ’ 11& de l’apparition de Samuel à Saùl.

De dire encore que ces dépositions sont nulles P aI yce qu’elles prouvent trop, & que les Anges ne P e j^vent pas savoir les pensées secrettes, ce seroit errerfait. Les pensées secrettes que l’on prétend que JV* ar *Bucaille a sues n’ étoient plus secrettes, puisque cC ^mêmes qui les avoient formées l'avoient fait da** sdessein que Marie Bucaille les connût. Ce qu’il fdonc de certain, c’est que les faits cí-dessus font r3 *j gportés, & que çes faits font au dessus des forcesí’homme. ^ j

Cela n’a pas empêché le j uge de faire conno* trÊ ^l’accusée dans ces Interrogatoires l’illusion de ses cra j fiSports & de tous les autres faits. Elle a souvent aalt >e jjeréponses ridicules & d’un esprit déréglé , l° rSC st 1 £frs’est vue pressée. Elle s’est souvent contredite,, **fin elle a refusé de répondre: mais les dépositio° s ^meuroient toujours les mêmes indépendamment

poisses de l’accusée , soit qu’elle les ait ftú eS v a . oU t:sein, ou que véritablement elle ait été poustée a ^& par conséquent tous les faits qui y sont condemeuroient constans, & il n’étoit pas au pouvo*juge de n’y pas statuer. , ^

Pour le faire dans les réglés il a été obligé eï