HISTOIRE DES
6 8
donne pas lieu de parler d’elle avantageusement, com-me on le promet dans la i o Page du Faclum.
L’Auteur se seroit encore pû dispenser de faire direau Juge, que l’état de poíseffión n’étoit pas compati-ble avec les grandes grâces de Dieu. Les Interroga-toires du Procès font voir que ce n’a pas été sonsentiment. Cela á servi de prétexte à l’Auteur, pourremplir trois ou quatre pages d’invectives ; ce n’estpoint du tout là l'esprit de l’Interrogatoire , le voici.La dite Bucailîe prétendoit avoir sait des miracles &être néanmoins possédée , & le juge lui fit connoîtreque jufqu’à ce jour , dans aucunes histoires reçûesparmi les gens de bon sens , qui n’ont pas été en Ca-nada , il n’y avoit point d’exemple que Dieu se sutservi du canal d’une Créature, connue publiquementpour être possédée par le Diable , pour opérer en fa-veur des hommes les choses extraordinaires que nousappelions Miracles : parce que ce seroit en quelquefaçon confondre ses ouvrages avec ceux du Démon.Si l’Auteur en fait quelque exemple, il le peut citer,& il instruira beaucoup de personnes pieuses & savan-tes , qu! ont inutilement employé leurs foins pour entrouver ; mais qu’il ne sépare pas la proposition ; caron ne dit pas que Dieu né se soit pas servi de mé-dians sujets pour faire des Miracles ; mais qu’il n’apas employé des possédées connues pour possédées,pour opérer ses merveilles , quoiqu’il soit vrai qu’ilait permis quelquefois que quelques personnes ver-tueuses & de bonne vie ayent été possédées par leDémon pour leur sanctification ou par d’autres rai-sons que nous ne savons pas, & c’est dont on n’a jamaisdouté. L’Auteur n’a fait cette supposition que par-ce qu’elle lui étoit nécessaire pour faire croire qu’ilétoit Docteur en Israël ; on n’a pas non plus ignoréquelles font les marques de possession ; mais le J uge afait difference entre celles qui font des signes univo-ques & assurées de la possession, & celles qui n’ensontque des signes équivoques , quoiqu’il y en ait tou-jours quelques-unes qui accompagnent la possession.C’est ce qui lui a fait tant de fois demander à la diteBucailîe , quelles marques elles avoit d’être possédée.
De toutes les marques de possession, rapportées parl’Auteur, il n’y a que Scientia linguarum\ qui soitun signe univoque de la possession, mais nbn pas com-me l'Auteur l’explique. Il est peut-être assez bon delui faire remarquer en cet endroit, qu’il ignore quel-que chose , afin de lui apprendre qu’il ne doit pastraiter si mal le juge , pour ignorer ce qu’il supposequ’il ne sait pas. Il saura qu’entendre seulement lesLangues étrangères ; & répondre dans fa Langue na-turelle * n’est pas un signe univoque de possession ; illes faut parler , & pour lors il paroît que c’est unAgent étranger, qui est Maître de la langue de celuiqui parle, & qu’il la remue de maniéré qu’il lui fait for-mer un son, avec dessein de signifier quelque chose,8c d’arranger des mots qui forment un sens dans uneLangue , que la personne qui les prononce ne saitpas; & c’est pour lors un signe assuré de possession,ce qu’on ne peut pas dire des autres marques rappor-tées par l’Auteur. Personne ne s’est avisé de dire queJob, ou S. Antoine fussent possédés pour avoir étémaltraités ou battus du Démon, que Simon le Magicienfut actuellement possédé pour avoir été enlevé enl’air , & les Histoires sont pleines des rapports que lesMagiciens ont fait des choses qui se passoient dans deslieux sort éloignés du lieu où ils étoient.
Si l’Auteur avoit fait réflexion à la déposition deJacques Chaulieu , il auroit bien vu que la troisièmemarque de possession , Corporis magna vires , ne fetrouve pas dans la dite Bucailîe. Le Père Saulnierayant voulu persuader au dit Chaulieu 8c à ceux quiétoient avec lui , que la dite Marie Bucailîe étoitd’une si grande pesanteur , que quatre Cordeliers quivenoient de sortir , n’avoient pû la remuer , le ditChaulieu qui etoit prévenu de toutes leurs moœme-ries , s’offrit de la lever lui tout seul, à charge qu’il
la jetterait à platre-terre , à quoi le Père Saulnier re-partit qu’il ne se pressât pas.
II tomboit donc en charge à l’Auteur , s’il vouloirexcuser fous le prétexte de possession , tous les men-songes , les calomnies & tout ce qui est rapporté con-tre la dite Marie Bucailîe , de faire voir que la diteMarie Bucailîe parloit & répôndoit auX questionsqu’on lui faisoit en une Langue étrangère. Il est rap-porté par le Sieur le Parmentier Prêtre , que le PèreSaulnier qui en favoit fans doute la conséquence > l uIdit que la dite Bucailîe répondoit en Latin à cequ’on lui demandoit , & qu’il lâ lui féroit entendre,mais il ne tint pas sa parole. Le J uge ne s’en est P 3Îcependant rapporté à son avis , il a consulté le Sei-gneur Evêque de Coûtances par son Promoteur. C’estce qu’on a déja dit ci-dessus.
Accuser le juge d’avoir quitté l’objet principal dtiProcès, qui étoit le crime de la profanation de l’Hos-tie dont Catherine Bédet étoit saisie pour instruire î®Procès de Marie Bucailîe, c’est un reproche qui r* 2se peut faire que par des gens mal prévenus.
Le Monitoire justifie qu’on n’a rien négligé pótsten avoir la connoissance, il a été publié à Coûtances,fans que le P. Pinçon se soit sait réserver , ce qu'Hn’eut pas manqué de faire, s’il avoit eu quelque con-noissance de ce qui regarde ce Fait ; & c’est fans dou-te la raison pour laquelle le Procureur du Roi ne l’ 3point sait entendre. Le Juge donc n’ayant pu avostd’aiitres preuves que celles qui sortoient de la bouch 2de la dite Bédet, a dû les chercher dans l’instructioÀdu Procès de la dite Bucailîe , laquelle par le com-merce étroit qu’elle avoit avec le Père Saulnier 8c av£ cla dite Bédet en pouvoit donner quelque connoissan-ce , & le succès a fait voir qu’il ne s’est pas tout-à'fait trompé ; car il est rapporté par Marguerite Pai-íànt, & plusieurs autres.
Que la dite Marie Bucailîe a dit dans ses prêtesdues extases , que lesdites Hosties étoient consacrées,& dans la confrontation contre lâ dite Bédet , elle 3dit que son Ange Gardien lui avoit fait connoître q u ®lesdites Hosties étoient consacrées.
inutilement on veút pallier le mensonge de laMarie Bucailîe lors qu’elle a assuré que Jefus-C'h rJÍtavoit paru dans la maison du Sieur de Golleville, s°fla figure d’un jeune homme pour y recevoir l’aum 0 'ne. Cette imposture est prouvée d’une maniéré ànpas douter. L’excuse qu’elle a donnée , qu’elle éto>pour lors dans l’Oraison intellectuelle , a donnél’Auteur dont l’esprit est assurément très-vif, de p 3 ^ler des vûes que les Spirituels appellent intellect ll . eles, & personne rie peut douter après ce qu’il enqu’il n’en ait l’imagination très-remplie , & qu’il a 2soit un grand Maître en cette science ; mais cela fl®change rien ail fait. Il demeurera toujours conu 3 ^au Procès, que ce fut Jean Folliot qui reçut l’ aur °^ ene qui lui fut donnée dans la maison du dit SiectQGolleville , & quë Marie Bucailîe a menti , ^dans son Oraison intellectuelle. L’Auteur qui s $être un grand Mistique, mais qui n’est assuretnerst Pun grand Sorcier, s’étonne de ce que le juge a reZ 3 .dé comme un effet de sortilège la prétendue g uel j,son -d’Anne Feuillie. L'ignorance du Juge lui s 3 ^ P ctié, & il ne peut pas comprendre fa stupidité,pas reconnoítre un miracle qui frape si fort les }' eU J,& qu’il faut être animalis homo , pour n’y pas re ^noître l’opération de Dieu , d’autant plus que > 3 eMarie Bucailîe avoit pris fur elle-même le ma* 1devoit souffrir la Feuillie. ^i-
On lui répond qu’on a déja sait voir, queracle prétendu n’est qu’un véritable maléfice. j a5
Qu’il en porte tous les caractères dont un ^ P p.évidens, est que la dite Bucailîe dit qu’elle avoitsert le mal que la dite Feuillie devoit souffrir. ■
Le Juge a remontré que Dieu ne faisoit pointces a moitié , dr qtte lotfqa il vouloit bien par ttn tjsfa bonté rendre la pinte a ttn malade , il n oblig eot 0