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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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HISTOIRE DES

avoient de se porter des -santés akernativement afin des’exciter à boire dans leurs festins. Pour proceder a-vec ordre, il faut marquer d’abord toutes les cérémo-nies dont on fe servoit pour se porter des santés, afinqu'on ne soit pas obligé de répeter souvent les mêmeschoses, en parlant des différentes circonstances de cet-te coutume.

Après qu’on avoit versé du vin dans une coupe,celui qui étoit le maître du festin , ou qui traitoitses amis à fa table & dans fa maison , en répandoitd’abord en l’honneur des Dieux dont il invoquoitle nom, de même que quand il sacrifioit à l'Amitié,comme nous rapprenons d’Homere, de, Phílostrate,& des autres. Il approchoit ensuite de ses lèvres lacoupe, & après avoir goûté le vin, il beuvoit a lasanté de son ami astis euprès de lui, ou de son hô-te qui étoit venu lui rendre visite , lui souhaitanttoutes sortes de prospérités. Cet ami prenoit la cou-pe , & après avoir bu la donnoit à un autre. S’ily avoit plusieurs conviés, ils faisoient tous la mêmechose , & l’on ne ceísoit de boire que quand le tourétoit fini.

En parlant ici de l’invocation des Dieux , il fautobserver deux choses qui méritent d’être remarquées :i. Que cette invocation se faisoit en trois façons.La prémiere étoit pour leur demander quelque cho-se ; c’étoit celle dont on sc servoit au commence-ment du repas , & c’est celle que les modernes ap-pellent 1? Bénédiction. La seconde contenoit leslouanges des Dieux , au milieu du repas. Celle-ciest célébré daiis les Auteurs , dont je parlerai. Latroisième, ou faction de grâces, fe faisoit à la findu repas fans jamais y npanquer, Parce que le divinSacrement des Chrétiens a été institué environ ce tems-U, on l'appelle à cause de cela Eucharistie. . .

La seconde remarque qu’iî saut faire, est que leschoses sur lesquelles pn, avoit invoqué le nom desDieux, en. l’une des trois manières que nous avonsdites, étoient ensuite saintes & sacrées, & appelléesdu nom de l’inyoçation même, ou Bénédiction , ouAction de grâces, ou Louange.

Les Anciens attribuoient des effets merveilleux à cestrois invocations. Tout ce que ces choses consacréestouchoient, étoit sanctifié en quelque manière , &changeoit en quelque façon de nature par les nouvellescérémonies qu’ils y ajoutoient. Je retourne à monsujet.

Il y avoit encore d’autres manières de boire à la san-té, ou inopinées, comme à l’arrivée ou au départ d’unhôte, op d’un ami. Les autres sc pratiquoient dansles festins ; je crois que dans les uns & dans les autreson donnoit aussi un peu de pain , & que l’on coupoitle pain en autant de morceaux qu’il y avoit de conviésqui dévoient boire les uns aux autres. Athenée favo-rise ce sentiment en quelque endroit de ses Ouvrages zmaïs Diogene Laërce l’aífure positivement.

Nous apprenois d’Homere, qu’à l’arrivée d’un ami,ou d’un hôte , en le recevant dans la maison , on ré-pandoit du vin en l’honneur des Dieux; on lui présen-toit à boire avec une certaine formule de paroles,pourle féliciter de son heureuse arrivée ; on congédioit lesHôtes avec les mêmes cérémonies, afin que Dieu lesaccompagnât dans leurs voyages, & qu’il les leur ren-dit heureux. Ce sont là des façons de boire à la san-té , inopinées & fur le champ. Les anciens Chrétiensont pratiqué quelque chose à peu près semblable : enrecevant leurs Hôtes, ou leurs amis, ils faisoient uneprière à Dieu , & il est très-probable, qu’ils leur don-noient le très-faint Corps de Jefus-Christ avant que deprendre le repas ; car c’étoit le gage de l’hofpitalité, &le Sacrement ou le lien d’une amitié réciproque. Cha-que Chrétien avoit dans fa maison l’Eucharistie , dansce tems ou les maisons particulières étoient austt sain-tes que les Eglises le furent depuis , comme dit saintJean Chrysostome. Hesychìus Sc Athenée nous ap-prennent que lâ coutume de boire à la santé les uns des

autres dans les festins ne fut pratiquée que vers la fiudu repas. Les Anciens, quand on étoit près de des-servir & de sc lever de table , avoient accoutumé desacrifier au bon Genie & à Jupiter conservateur, aussi-bien qu’aux Dieux qui préiìdoient à l’amitié ; on leusoffroit du meilleur vin ; alors les conviés en se portantdes santés se promettoient réciproquement une amitiéinviolable ; ils se souhaitoient toutes sortes de prospé-rités , & se préfentoient la coupe après y avoir bu Jc’est ainsi qu’ils buvoient les uns aux autres, ce queSuidas & le Scholiaste d’Aristophane appellent Philote*fie. Ils avoient aussi coutume de dire des chansons versla fin du repas, & de se dire en chantant des chosesobligeantes, & pleines d’amitié, comme le témoignentles Auteurs dont je viens de parler. Ils sc parfu-moient, & sc mettoient des couronnes fur la tête,pour boire ainsi les uns aux autres, & pour marquespar-là leur gayeté, & qu’ils étoient affranchis de cha-grin. Les Amans avoient auffi accoutumé de portesdes couronnes, comme si l’amour pouvoit faire autantde Rois de tous ceux qu’il possede ; enfin ils voulosensinsinuer que ceux qui faisoient profession d’être deparfaits amis, étoient les serviteurs du grand Dieu; easles Pontifes, & les grands Prêtres portoient des cou-ronnes fur leurs têtes. Nôtre Seigneur Jefus-Chri#dans la derniere Cene j voulut nous donner une ma>"que de l’amour parfait qu’il avoit pour nous. E eîChrétiens conservèrent cette coutume pendant quel-ques années. Nous dirons ensuite pourquoi les anese n *choisissaient principalement ce tems, pour sacrifies ^l'siyitié & pour en célébrer les Mystères. Us co&'mgnçojent aussi quelquefois leurs fêtes en beuvant ré-ciproquement à la santé les uns des autres comme seremarque expressément Athénée; ilsfaluoient prémie'rement les Dieux, & ensuite leurs amis : celui qui seusprésentoir la coupe leur soohaitoit de la joye dans serepas & de la félicité. Ainsi nous voyons que les au"ciens beuvoient les uns aux autres au commenceih^& fur la fin du repas. Les Chrétiens avoient au™coutume, avant que de manger, de commencer se f'pas par le pain sacré, Sc de fe donner de mutuelmarques d’amitié, en bannissant toute sorte de dissik^lation, & de haine. II est encore certain que versmilieu du repas, les anciens rappelloient en beuvantsouvenir de leurs amis, qu’ils appelloient par se a *nom les abscns comme les présens ; ils beuvoient ítí 'tant de fois qu’il y avoit de lettres dans leurs nofse’ou qu’ils avoient de doigts aux mains , ou q ll)avoient vécu d’années. Je ne décrirai pas ici to lltces particularités fort au long ; parce que Guilse 11 ?.Stuckius les a expliquées amplement dans son Livre &antiquités qui concernent les festins. J’ai cepen^ssjugé à propos de marquer la formule dont ils se £ - (voient en beuvant de la sorte les uns aux autressouhaite que vous & nous , toi & moi nom nos* 5 ìtions bien. La formule des Grecs", dont Stuckius ^point parlé, & que nous voyons dans le banquet .Lucien, est un peu différente de celle des Eakins-cidamas après avoir bien bu demanda quel étoit se ss^.de l’Epoufée, & il but à fa santé en lui parlantJe bois à vous Cleanthis au nom d Hercule dott> inTous les conviés fe prirent à rire: Vous ries , se ut ril, farce que fiai bâ à la mariée au nom d’Herca e ^ j (tre Dieu; Sc il ajouta, fi elle ne prend la coupe Flui présente , cire.

On trouve dans le Livre que saint Ambroise 9 „(

posé fur Elie & fur le jeûne , des pensées qui P Ê ^ tT1 e.nous donner des éclaircissemens fur cette co utQue dirai-je , dit ce Père, des protestations qne J J ficeux qui boivent enstmble? Qu’eft-il besoin de paf ^ c gleurs sermens , qu’il n est jamais permis de vio e , fiqu ils pensent i Beuvons , disent-ìls , pour la J* ^fil’Empereur , & celui qui ne, boira pas fit*. ^comme un homme peu ajfeélionne a sonn'est pas aimer /’Empereur que de refuser de bosa .. famé. O témoignage d’une pieuse dévotion , ^