P R A T I Q. U ES SUPERSTITIEUSES.
'uohs -pour la santé de l'Armée , pour la prospérité den »s compagnons, de nos enfans: & ils croyent que Dieue fl touché de ces sortes de vœux. Les Chrétiens dansk saint sacrifice de le Messe où ils offrent, & ensuitetangent le Cprps de Jefus-Christ 3c boivent son sang,ont pratiqué la coutume de boire à la santé les uns desoutres, mais d’une maniéré très-sainte. Ils appelloientkurs amis par leurs noms, & ils les recommandoientà Dieu.
Les anciens égaioient leurs repas par des Chansons,fiu’ils appelloient obliques , 3c dont les Auteurs ra-botent plusieurs choses ; mais il n’y en a qu’une quiEasse à notre dessein. Ils avoient une espèce de Can-aque fort extraordinaire , & que très-peu de genslouvoient chanter. Celui qui donnoit le branle aux,barres, tenant à la main une coupe, entonnoir le Can-aque ; ensuite ayant bû une partie de ce vin, il don-?°it le reste à un autre , non pas à celui qui suivoit’^médiatement ; mais il choisissoit celui qui savoit le^ieux chanter; celui-ci redonnoit la coupe à un autre^ observant la même réglé : ainsi les différeras tours^ retours de la coupe furent cause que l’on appella^tte Chanson oblique, comme dit Plutarque ; c’est-à-^ lre un Cantique qui se chantoit en beuvant. Lesjygapes des premiers Chrétiens sont une preuve qu’ilsoeuvoient à la santé les uns des autres , au commen-Ce ment de l’Eglise naissante , & qu’ils se témoignoient9lt isi leur amitié réciproque. Ils chantoient auísi dePieux Cantiques pendant ces repas.
Clement Alexandrin dans ses Tapisseries & dans sonPédagogue appelle auísi ces chansons obliques , enParlant de la maniéré dont les Chrétiens beuvoient lesUns aux autres. Saint Grégoire de Nazianze en faitencore mention, selon la remarque de Stuckius , quidit que les Chrétiens fe rappelloient alors le souvenirde Jefus-Christ en faisant le signe de la Croix. JeRapporterai dans la fuite ses paroles.
- Ces pieuses Agapes des premiers Chrétiens furentpratiquées assez long-tems , comme le docte Adrien
Valois le rapporte dans son 33 . liv. de l’Histoirejf France. Suivant cette ancienne coutume , le Bien rtureux Lambert vint au fejlin , y ayant été invité parte pin. Tous les illustres conviés de çe repas souhaitèrent
/ Eveque bénit leur coupe , ou comme distnt les au-*ys , ils voulurent tous la recevoir de fa main par unePjtust émulation, Alpaïs Concubine du Prince , car elleJ°‘t aujst de ce festin , voulut que fa coupe fut bénite pare Prélat , lequel plein d’indignation sortit du Palais &ty °ubla toute la joye des conviés.
Ces circonstances comparées avec ce que j'ai rap-r°rté dans cette Epître , font connoître les maniérésp es anciens Chrétiens dans leur repas ; c’est ainsi que°n beuvoit à ,la santé les uns des autres , au commen?e, Uent, au milieu & à la fin du repas. On commen-^ le festin par l'invocation des Dieux ,, & en leurjj r ant des sacrifices. Vers la fin, comme je l’ai dit,t s kcrifioient au bon Génie , & à Jupiter conscrva-j» Ur > qu’ils considéraient en qualité de protecteur deg^.ltié, dont ils célébraient alors les mystères. En-j Çs 'h les invoquoient encore au milieu du repas ; car1 - Cantiques dont nous avons parlé contenoient lespj an ges des Dieux & des Héros : fans parler dessarf rìlnes à l’honneur d'Apollon , qui se chantoientcontredit pour honorer les Dieux. Ils ajoutèrentheurs chansons de morale , comme Çasaubon le
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g e Uv c dans ses remarques fur Athenée. Les jeunes<K S chantoient les louanges des Loix , après cellesPolio n , selon ce que nous apprend Charondas de^ ane. Toutes ces choses ont été. en usage dans lesli^Pes des Chrétiens , comme je le ferai voir en sontrè r â'où il parait que les festins des anciens étoientPj '‘ er ieux , & très-graves ; car nous voyons dans<J tar que , qu’ils philosophoient alors , & qu’ils fen oient des marques d’une amitié réciproque,les 1 Ut " être croira-t-on que cette coutume de boirelns au * autres , ne regardoit que le peuple & la
vile populace , 3c qu’elle n’étoit en usage que parmides hommes vulgaires. Mais l’on peut prouver parplusieurs raisons , que les Princes même Pont prati-quée. Suidas rapporte que les anciens Rois dans lesfestins publics , prenoient de la main de l'Echansondes coupes d’or & d’argent remplies de vin mêlé avecl’eau, & qu’après l’avoir goûté ils les donnoient à quiil leur plaisoit en signe d’une amitié singulière. Lesjours de ces cérémonies s’appelloient Philotefes , quiest un terme d’amitié. S. Grégoire de Nazianze dansfa quatrième Oraison , qui est la seconde contre Ju-lien , se moque des festins de cet Empereur commepeu honnêtes & contre la bienséance. 11 semble quequelques-uns ayent voulu faire des festins avec lesDieux mêmes ; car Suidas rapporte que les Etoliensportant,du vin vinrent à Athènes , dans le dessein départiciper aux banquets des Dieux avec les nourrissonsde Pallas. Les anciens étoient persuadés que les Dieuxbeuvoient 3c mangeoient avec les hommes ; comme onpeut le voir par ces paroles d’Ovide : C'étoit la Coutu-me autrefois de s'asseoir auprès du feu fur des bancs fort.longs , & l'on croyoit que les Dieux étoient préfens auKfestins.
Ces gens-là n’étoient pas du sentiment d’Aristote jqui dit dans ses Ethiques àNicomaque , qu’il ne peuty avoir d’amitié entre Dieu & les hommes , à causede la trop grande distance qui est entr’eux. Cepen-dant ce Philosophe dit au 1. 10 . que les Dieux, ché-rissent principalement les hommes vertueux qui Rap-pliquent à la contemplation ; comme si les sages & lesgens de bien dévoient être mis plutôt au rang de$Dieux qu’ap rang des hommes,. Les Chrétiens, pe sonspoint étonnés dp cette prodigieuse distance qui est en-tre Dieu & les hommes ; parce qu’ils croyent quaDieu s’est fait homme pour eux y principalement ,qsind’en être aimé. Il ne fe contente, pas qu’on fe sou-vienne de lui simplement dans les, festins, quf semblentêtre le régné de l'amitié entre ses hommes. Ilfe com-munique pour être la nourriture & le breuvage daceux qui l’aiment- * r s’étant caché sous les espèces dupain 3c du vin , afin de pénétrer jufques dans l'inté-rieur ; il s'est fait le gage 3c le Sacrement de l’amourqu’il nous porte -, & de celui que nous- devons-avoirpour lui. L’Empereur Julien reconnoissoit aussi ■ desrepas communs aux Dieux 8c aux hommes ; mais cequi vous surprendra davantage , Monsieur , ç’est cequi est rapporté par Elien, qu’il y avoit chez les Trœ-feniens une table d’argent dressée devant Apollon, oùle bon Génie donnoit à boire au Dieu , comme si lesDieux beuvoient auísi à la santé les pns des autres.
II n’étoit pas permis de boire à , 1 a santé de tousceux qui étoient à table ; if n’y avoit que les étran-gers & les hôtes qui pussent boire à la femme d’unautre ; car nous avons déja dit qu’Alcidamas ayant buà la santé d’une jeune mariée , fit rire tout le monde.Lucien dans un endroit de son Toxaris,, rapporte quecelui qui vouloir contracter amitié avec un autre . luiprésentoir la coupe ; Après que . le festin fut fini , ditcet Auteur, & qu ils eurent sacrifié aux Dieux , Zero-themis présentant une : coupe pleine d Menecrato Prenés ,lui dit-ily de la main de votre gendre ce symbole d'al-liance , car f épouse aujourd,’hui votre fiUe..
Il étoit permis aux parens, tant aux hommes qu’auxfemmes, de boire à la santé les uns des autres, commeon, le voir manifestement dans le Poète Çlearque chezAthenée. On reprochoit aux Illyriens la liberté qu’ilsprenoient de boire à une femme assise auprès d’euxdans un festin, quoi qu’elle ne leur fut ni parente., nialliée ; c’est ce que rapporte Elien. Si quelqu’unsortoit d’un festin fans qu’on eut bû à fa santé,& f an savoir été provoqué à boire par son ami, selon ce quedit Pétrone, il regardoit cet oubli comme un affront,& se croyoit dégradé du nom d’ami. D’où il est aiséde remarquer que c’étoit le signe d’une amitié singu-lière que de présenter là coupe après en avoir goûté; soieque cette cérémonie fe pratiquât entre les Dieux. (Je
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