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parle ici à la façon des anciens , que leur folle sagesserendoit respectables) soit que ce fut des Dieux avecles hommes , comme on le voit dans Ovide , ou deshommes avec les Dieux, comme parmi les Athéniens;ou des Rois avec leurs peuples comme chez les Eto-liens ; ou des peuples avec les Rois & les Princes com-me on le voit dans saint Ambroise ; ou des amis avecleurs amis comme cela arrive communément. Nousen dirons les raisons dans la fuite.
Il faut cependant remarquer , que les Sages défen-doient de boire à la santé des femmes avec lesquelleson n’avoit aucune liaison d’affinité ou de parenté; par-ce qu’ils s’imaginoient dans cette coutume une espècede baiser ; car Aristenete dit que les amis qui prientleurs amis à des festins boivent ensemble des baisrs.Achille latins se sert de la même exprestion, car ou-tre le baiser qui se fait en appliquant une joue sur l’au-tre , le même Achille latins parle de certains baisersque l’on s’envoyoit mutuellement, quand on étoit ab-sents ou éloignés les uns des autres. Voilà pourquoion jette les baisers quand on ne peut les donner ef-fectivement.
Les Chrétiens qui approchoient de la très-fainteCommunion, donnoient le baiser de Jesus-Christ, se-lon le langage des Pérès , & l'on compare à Judasceux qui s’y présentent avec une conscience chargéede crimes. Les anciens ont cru que les âmes s’unis-soient par le baiser; c’est pourquoi ils défendoient deboire à la santé de ceux qu’il ne leur étoit pas permisde baiser, & d’unir ainsi leurs âmes. C’est de là queLucien a dit : Après avoir bû , quoi que je rendijse lacoupe du Sommelier , celui qui étoit épris d'amour pourmoi ajfdloit de boire dans la même coupe , il en approchoitles yeux & m’envoyoit des baisers en me regardant , ejrje remarquois que tout cela étoit un figne d'amour.
Ces témoignages d’amitié ont aussi été en usage par-mi les Chrétiens , qui approchoient de leurs yeux leCorps de Jesus-Christ qu’on leur mettoit entre lesmains avant que de le porter à la bouche ; comme letémoigne saint Cyrille Evêque de Jérusalem. Un an-cien Auteur a dit dans un prologue fur le Cantiquedes Cantiques, ehez Origéne, que les festins des sa-ges coníîstoient plus en paroles qu’en viandes. Nouspouvons assurer que les amis en beuvant ensemble ré-pandent plus d'amour que de vin , & qu’ils donnentplus, de baisers que de tasses pleines , selon cette ex-pression de Cléarque : ils beuvoient le pur amour , par-ce que ceux qui font dans ces sentimens mangent &boivent par amour , & pour témoigner leur affectionplutôt que pour avoir le plaisir de manger. Ce qu’ilsfont c’est moins manger & boire qu’aimer. Personnen’oseroit dire , que les Chrétiens n’ayent imité desPayens ces coutumes de boire tour à tour à la santé lesuns des autres ; mais Clement d’Alexandrie assure queles Gentils les ont imitées des Juifs; car les Hébreuxchantoient en beuvant du vin, comme le Prophète Isaïele témoigne. Nous lisons auffi dans le pfeaume 68.ces paroles : Ceux qui beuvoient dù vin déclamoìent con-tre moi ; d’ou l’on peut inférer que comme les amis fesouhaitoient en beuvant toutes sortes de prospérités,ainsi ils faifoient des imprécations contre leurs ennemis,& leur donnoient des malédictions.
On peut ajouter à ces deux autorités ce que j’ai re-marqué dans deux Auteurs disserens. i.Dans un com-mentateur Latin fur les guêpes d’Aristophane, ce queje me souviens d’avoir lu auffi dans Atherìéesi je ne metrompe, savoir que les breuvages dont usoient les amisdans leurs festins avoient des noms particuliers, qu’ilstiroient ou du chant ou du nom de la personne à lasanté de qui l’on beuvoit. Ainsi l'on disoit la coupe deJupiter ou d’Alexandre , la coupe de Philis ou deCloris. Philostrate fait mention de la coupe de Tan-tale dont nous parlerons ci-après. On disoit de celuiqui beuvoit le vin , qu’il beuvoit [upiter , Alexan-dre , Philis, Cloris ; ce qui so disoit par attribution& par une efpéce d’emphase ; comme il est dit dans
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Tertullien adorer les mains de Phidias , de ceux siuîadoraient la statue faite par Phidias; en dérivant la dé-nomination de la plus grande partie à la plus petite,quand elle tire tout ce qu’elle a de la plus grande, f en’est pas de la sorte que les Chrétiens mangent leCorps de Jesus-Christ & qu’ils boivent son sang; ca£ce n’est pas seulement en figure qu’ils mangent cettechair : nous expliquerons mieux cela dans la fuite. r. Jetire de Plutarque la seconde remarque. Cet Auteurdans la premiere Oraison de la fortune & de la valeurd’Alexandre, parle de ce Prince en ces termes : Se 'Re-gardant comme le maître commun & V arbitre de toUte sles Nations , il a rajfemblé en commun par la force de*armes ceux qu il ria pu persuader par fis paroles ; ksunissant toutes comme dans une coupe d’amitié , & voi-lant de V uniformité dans la maniéré de vie , dans l eímœurs , dans les mariages. Il a ordonné a tous de Re-garder le monde comme leur patrie , son camp commeazyle & une citadelle , les gens de bien comme leurs ptt-rens , & les méchans comme des étrangers. La comp 3 'raison dont Plutarque se sert ici me fournit plusieurspensées ; savoir que celui qui beuvoit à son ami dansles festins , le confondoit , pour ainsi dire, avec l u!dans la coupe, & que faisant un mélange de fa vie, deses mœurs, de ses biens & de ses maux , il s’unisso* £intérieurement en avalant le vin, pour être dans la fui 1 *te comme un autre lui-même. Les Anciens disoien £ordinairement mêler le vin dans la coupe plutôt qu everser , à cause du mélange de l’eau & du vin : caron voyoit rarement des gens boire le vin pur, & fausy mêler de l’eau , comme Elien l’a remarqué. ï* svouloient donc, en beuvant pour resserrer davantag eles nœuds de l’amitié, faire dans la coupe une efpéce dÇmélange de tout ce qui appartenoit à leurs amis. Qu°*qu’Asconius Pedianus assure que ceux qui beuvoie sl£aux Dieux & à leurs amis fe servoient d’un breuva-ge pur, ce que témoigne auffi Antiphane dans Athé-née ; cela nous apprend, qu’ils beuvoient aux Dieu*'& à leurs amis dans de grands vases pleins d’un vin p^& excellent. Ils ne séparaient jamais ces deux chost^mettant une grande égalité entre les Dieux & leurs a 'mis, & les unissant dans leurs festins. Il ne faut poí sl£passer sous silence ce que Saint Grégoire de Nazian zeinsinue ; savoir, que les Chrétiens fe servoient d'c^pure lors qu’ils terminoient le repas, en invoquant ynom de Jesus-Christ. Voici ce qu’il en dit dans >*troisième Oraison , qui est la premiere contre Julie 11 'Lors qne te repas étoit venu jusqu’du moment que l ^beuvoit l’eau froide , selon la coutume , comme s'il ne le^étoit rien arrivé de fâcheux , ils faisient le figne de ^croix fur la coupe , & levant lesyeux au ciel ilsquoient Jesus-Christ. Ce que Plutarque attribue àlexandre , dans le passage que nous avons cité, con-vient véritablement à Jesus-Christ, car il a été cuvcsspour être l’arbitre, & le modérateur des Nations,pour rassembler tous les hommes en commun, unin 3dans le Calice de son Sang , comme dans une coUP^d’amitié , les mœurs , la maniéré de vie, les coU<^mes , les volontés de tous les hommes. 11 leur adonné de regarder le Ciel comme leur patrie , &glise comme un azyle & une citadelle ; de cho>Dieu pour leur Père, les gens de bien pour leurs F r .res, & de regarder les méchans comme des étrangesson corps & son sang comme le lien de l’union ^l’amitié; il le leur a laissé réellement & effectives ^& non pas simplement en figure & en imagination ^a établi son Eglise , comme le siège unique de b nSrite , sans le mélange d’aucune fiction ni de.vi cimaginaires. Son corps & son sang qu’il a sacrifi e |fois fur la Croix pour tous les hommes, il le o° n A[IlCchacun en particulier dans l’Eucharistie , où lachose fe trouve que fur la Croix , à la réservé^ ^tourmens & de la mort. Celui* qui l'aime trou^ . ^mêmes choses dans l’une que dans l’autre ; d eJesus-Christ & il le poffede parfaitement. a vieici ce que Philostrate rapporte de Tantale dans ^