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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS.

sent la Messe qu’un peu avant le soleil couchant, ainsique le rapporte le Pere Godigne sur le témoignage duP. Antoine Ferdinand (a).

VI. Il est de la bien-séance, & même du respectqu’on doit avoir pour le pain des Anges, de demeurerquelque tems fans cracher après qu’on l’a mangé. Maisne pas vouloir cracher quand la nécessité y oblige, par-ce qu’il n’y a pas long-tems qu’on a Communié , &même ne pas vouloir cracher du tout le jour qu’on acommunié, c’est ce qui me paraît-une Superstition dufaux culte 8c de la vaine observance. Voilà pourtantce qui se pratique parmi les Abiísins , au rapportde Zaga Zabo (b) , parmi lesquels il est défendufous de grandes peines, aux Prêtres , comme auxLaïques , & généralement à toutes sortes de per-sonnes, de quelque qualité qu’elles soient, de cracherle jour qu’elles ont reçu la sainte communion, depuisle matin jusqu'après le soleil couché. Brérewood assu-re aussi, qu’après la communion il ne leur efi pas loifiblede cracher ce jour-là, jusqu'au soleil couchant .

VII. On trouve des gens assés simples pour s’ima-giner que c’est manquer de vénération pour le S. Sa-crement, que de manger les jours de communion a-vant que les espèces Sacramentelles soient consuméesdans l’estomach. Mais cette imagination tient en quel-que maniéré du faux culte, du culte superflu, 8c dela vaine observance.

VIII. D’autres croiroient avoir fait un crime s’ilsavoient marché à terre les piés nuds le jour qu’ils ontcommunié & les deux jours suivans : ce qui est uneSuperstition de même nature que la précédente, & quele Pere Cusanus (c) traite de conte de vieilles , auísi-bienque celle de ne point cracher le jour qu’on a commu-nié. Voici de quelle maniéré il en parle: Que ditesvous des contes de vieilles femmes , qui disent qu'il ne faut.point cracher a terre , ni la toucher a pié nud le jourqu'on a communié , ni les deux jours suivans? Il ne fautpas prendre égard à ces vieux contes. Nous n avons nulCommandement , ni de Dieu, ni de son Eglise , qui dé-fende cela. Il suffit de s’en abjlenir un quart d’heure, eupour le plus , une demie heure après la Communion.

CHAPITR E VIII.

Des Superstitions qui regardent lé lieu où l’ondoit recevoir l’Eucharistie.

Superstition des AbiJJìns , qui ne communientqui que ce soit , pas même leur Roi, leurpatriarche , ni les malades , hors des E-glìfes. Combien P Eglise ancienne étoit é-loignêe de cette Superstition en permettantqu'on prit la sainte Eucharistie en touslieux , par mer & par terre ,dans les temsde persécution , dans les dangers & dansles cas de nécessité. S. Thomas de Cantor-berì portoit fur foi une hostie consacrée , a-fin de la prendre par tout où il se fût trou -<ué en danger de mort. La Reine MarieStuart se communioit elle-même en prison ,par la permijston de Pie V. II n’est paspermis de communier fur les tombeaux desmorts qui J ont en pleine campagne , par ce

(») L, i. de Abassm. reb. c. z 5. Quadragesirna (dit-il) dcmecoccidat fol, nihíl proríus dégustant. Paulò ante occasum rem di-vinam faciunt Sacerdotes, non prius, quia credunt ipíò Eucha-ristico cibo ac potu, jejunium frangi.

(b) Apud Damian. à Goës, de Fid. Relig. & moribus TEthiop.Nec Sacerdoti (â cet Evêque Abijpn) nec laïco, vel alii perso,nse, cujus conditionis fit, assumpta venerabili Eucharistia, licetexspuere, a m pore matutino, usque ad occaíùm solis; 5c íifpuerit, gravinima pœna muitatur.

(t) Instruct.Chrest.p. j.c.y.

que ce seroit renouveller une Superstitiottpayenne .

L

Es Abiísins ont tant de vénération pour l'Euchs-

_, ristie, qu’ils croiroient la profaner s’ils la rece-

voient ailleurs que dans leurs Eglises. Ils observentsi religieusement cette pratique, qu’ils ne donnent j a-mais le S. Viatique aux malades, Sc que qui que cesoit, pas même le Prête-Jean, ni le Patriarche, uscommunie hors des Eglises. Mais aussi communient-ils toutes les fois qu’ils se confessent, & ils se con-fessent très souvent; hommes & femmes, se jettantaux piez des Prêtres aussi-tôt qu’ils se sentent coupa-bles de quelque péché (d). Je conviens que l’Eglístest le vrai lieu ou l’on doit recevoir la divine Eucha-ristie, & que c’est-là particulièrement que la sainteTable est préparée Sc ouverte à tous les Fidelles, quifont en état d’y manger ce pain des Anges. Mabc’est aller contre la Tradition constante de l’Eglise, qnede le refuser aux malades qui ne peuvent pas le veni rprendre dans l’Eglise, Sc c’est une Superstition dufaux culte, du culte superflu, 8c de la vaine obser-vance , de ne pas vouloir l’administrer hors des lieuxsaints. L’ancienne Eglise étoit bien éloignée de cetteSuperstition, puisque, comme je l’ai fait voir dansle Traité de l'exposition du S. Sacrement (e ), elle per-mettoit qu’après la célébration des saints Mystères l eSDiacres portassent l’Eucharistie à ceux qui n’avoientpû y assister, afin qu’ils la prissent chez eux; que l esPapes l’envoyassent aux Evêques en signe de paix &d’union, pour la prendre oh ils voudraient ; que k sSolitaires la prissent dans leurs cellules ; que les Fidel'les dans les tems de persécution la prissent dans leus smaisons, 8c qu’ils la portassent dans leurs voyages »par mer 8c par terre , afin de se communier eux-mêmesdans les dangers ou ils pouvoient sc rencontrer, 8c dansles combats qu’ils pouvoient avoir à soutenir. La vé-rité est qu’il y a déja long-tems que l’Eglise a chan# 6de conduite à cet égard, 8c qu’à la réserve de quel-ques occasions particulières, elle n’approuveroit P aSaujourd’hui que l’on communiât aifleurs que dans í eSTemples : mais elle ne taxerait pas pour cela de S U'perstition ceux de scs enfans qui en cas de necess tecommunieraient dans des lieux profanes S. Thomas,Archevêque de Cantorberi, un peu avant qúe deretirer en Flandres , allant trouver Henri II. Rr° ld’Angleterre, porta sccrettement fur soi la sainte Eu-charistie, résolu de la prendre en quelqiTe lieu qursc sût trouvé en danger de mort., comme il est rappor-té dans fa vie </).

Le Pape Pie V. ayant appris avec douleur q u /l'on resusoit l’âssistance des Prêtres à l'infortun^.Reine d’Ecosse Marie Stuart , loríqu’elle étoit £l1prison , lui permit de se communier elle-même í ; cCqu’elle saisoit assez souvent par le moyen des bóé’lGpleines d’hosties consacrées que ses amis luienvo) r0ie ^en cachette, ainsi que le rapporte le P. CaussinMais jamais personne n’a reproché à S. Thomas "

Cantorberi, ni à : Marie Stuart,’ que ces

: ■ "j' sep'

(d) Apud Damian. à Goës, 1. de Fid. Relig. & raoríb.

Hoc familiarissvnè istimur (dit Zaga-Znbo,} quod statim aíl ‘y. :des Confeílòris, cum peccatum commissum est, accurrifflus-hoc faciuslt òtnnes, tam masculi, quàm fœmins, cajus 0 P- 3 ) ^conditionis siiit. Et quotiescutìque cònfiternur, assumttnusDomini, & id quidetn sub utraque ípecie^ in pane azyiiïo ,y 5çeo. Quod si íìngulis diebus confitemur, stngulis quoquç ú . 5 ,âccipimus Vënërabile Sacramentum: '8c id tam apud Cstr ^quam apud laïcos in usu est. Et Sacramentum Eucharistie ^ ^servatur apud nos in templis, ut fit hic apud ÍLavopxos, pf 0grotí corpus Dominicum accipiunt, nisi duna conraluerin ^ ^lit quoniam omnes tam laïci, quàm Clerici confuevcrunt , cS

ad minus bis in hebdomade accipere, 8c omnes idem v ’ C sp!o,facere templum accedunt; quippe nemini datur nili iq tc .nec id concedítur Patriarche, nec ipsi Precíoío Johaiini- :

(e) Ghap. 1. _ . ;

If) L. 1. c.-U. Vie écrite en François. àe &

(j) Hist. de Marie Stuart, à la fin du quatrième Tome

Cour Sainte. §. 10.