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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS.

^ntiíTent 1a Superstition. Bodin cependant accuse (a)' e Président Gentil de Superstition pour avoir sait la^eme chose, sans dire pour quelle fin il la saisoit. LaSuperstition est bien plus grande (dit-il) de porter VhostieConsacrée en fa pochete ; comme faifoit lé Prestdent Gentil,c l u i fut trouvé faist d'une hostie par le Bourreau qui lependit à Mont-faucon. Mais Bodin, qui étoit bon J u-Dseonfulte, & savant dans l’Histoire & dans la politi-que, n'étoit pas un°°n Catholique.

Je remarque néanmoins un lieu particulier où l’E-&lise ne veut pas que l’on communie les Fidelles. Ce''eu nous est marqué par le Canon Non oportet (b),Par lequel il est défendu de dire des Méfiés fur lestombeaux des morts qui font en pleine campagne, Scd’y distribuer la divine Eucharistie aux Fidelles. Ce'lui ne se pouvoit faire sans renouvelles la coutume'lu’avoient les Payens d’offrir des sacrifices tous les® n s au mois de Fevrier, & de porter des viandes fur* e s tombeaux des morts, s’imaginant que les âmes destoorts erraient tout autour (dit la Glose de ce Canon)^ (c) qu’elles mangeoient ces viandes ; au lieu quec etoient les (d) Démons qui venoient la nuit fuivan-te ses manger.

grand Théologien, ni un fort

CHAPITRE IX.

Des Superstitions qui regardent les intentionsavec lesquelles on reçoit PEucharistie.

Communier par hypocrisie ,pour paroître hom-me de bien , pour sauver les apparences ,c'eft sacrilège & Superstition tout ensem-ble. Sentimens de S. Jean Chrysostomesurcette communion. & intention de commu-nier le jour de la fête de sainte Anne, pdr-ce qu*en communiant ce jour-là on reçoitla propre chair de cette Sainte, est Super-stitieuse , aujst-bien que l'intention de com-munier pour recevoir, non Jésus-Christ,mais une chair formée du plus pur sang dela sainte Vierge. Irrégularité & Supersti-tion de la communion pour les morts , envue de soulager les âmes du Purgatoire. S.Thomas la condamne expressément. II y aquelques Révélations qut semblent la juf-t ifier. Ce qu'on doit croire de ce s sortes deRévélations. Les Communions qui se fontpour le s vivans ne font pas moins erronéesque celles qui se font pour les morts, &pourquoi? Communier avec quelqu'un enintention de V épouser , ou de s'en faire ai-mer, c'est faire de l’Eucharistie un malé-

su:

'*) L. 4,, de la Demotlorri. c. f.

De Coníècrat. dist. i. Non oportet Clericos ignaros & pr*

uni. 1. ánuh ojjoiiec vacucus Cv

d 'stfk° res ^ u P er monurnen ta in campum mysteria portare, ai^art Uere Sacrameiita : sed aut in Ecclesia, aut in Basilica ulof îer rUm P-diqui» sont deposita:, ibí pro defunctis oblationtdç[ e re ' Nec liceat Christianis prandia ad defunctorum íèpulcríàcrificare mortuis.

"-eprehendit ( ce font les propres termes de cette Glose ) pragu|j s c °nsoetudinem Clericorum & Laïcorum. Solebant enim linJii 0 an nis certa die offerre eleemoíynas super tumulos scorunC Qr Uo . r um, & Clerici illuc euntes secum portabant sacrament:ít t or * S & sanguinis Christi : 8c íuper tumulos ea distribuebantconsuetudo facta fuit à Gentilibus, qui ílngulis annisoin 6 b^ruario, die certo, epulas offerebant soper tumulos sooVerf a 5 lortUor um, quorum animas credebant circa tumulos consol'r ^ sodé refici; sed Datmones eas de nocte consomebant.teu t j y a Glose met là pieusement les Démons en jeu. Si l’Autr 0ll °? « Glose eut été un peu versé dans l’Antiquité, il y auroiît q u e , c l ue ces Démons c’étoient les Prêtres 8c leurs Ministresv sotades UCS dévots Lc dévotes du Paganisme, qui mangeoient ce

ì.*fnc II.

fice amoureux. Exemples de cette commuanion. Faire un préservatif d u S. Sacrementcontre la stérilité des mouches à miel, oucontre les infestes qui gâtent les légumesdes jardins, c'est être Superstitieux. Cequ'on doit juger des Communions qui sesont à intention de découvrir les personnesqui font accusées ou soupçonnées de crimes .Hivers exemples de ces Communions ,mais qui ne doivent pas faire de loi , l’E-glife s'étant déclarée contre cettë forte d'ê-preuve .

O N ne communie pas toujours avec des fins aussidroites, & des intentions aussi pures, q ue l’E-gliíe le demande.

I. Combien voit-on de Communions Pharisiennes,s'il est permis de les appeller ainsi ? je veux dire com-bien voit-on de Chrétiens qui ne communient que parhypocrisie, & pour paroître gens de bien aux yeuxdes hommes? qui ne s’approchent de la sainte Tableque par la rencontre des Fêtes, afin de garder quel-ques dehors, & de sauver quelques apparences? Onveut faire croire qu’on fait son devoir, & qu’on estenfant de l’Eglise j on ne veut pas passer pour rebelleà ses loix ; on ne veut pas fe faire montrer au doit ; sefaire distinguer des autres fidelles, en ne communiantpas lorsqu’il y a obligation de le faire. On communiedonc par des considérations toutes humaines & toutespolitiques, & non pour fe sanctifier, pour devenirplus vigilant sur soi-même, plus exact observateur descommandemens de Dieu, plus attaché aux devoirs defa profession. „ U y a long-tems que ce dérèglement„ afflige l’Eglise, puisque S. Jean Chrysostome en„ témoigne son chagrin par ces paroles (c) : J’en voisplusieurs qui sc contentent d’approcher de l’Eucha-„ ristie comme par rencontre, & plutôt par coutume„ & par obligation, que par élection & par esprit. Cesi, gens-là veulent participer aux saints Mystères en„ quelque état qu’ils fe trouvent, lorfqu’ils voyent,, venir le Carême, ou la fête de l’Epiphanie. Mais,, ce n’est pas le tems qui nous met en état de faire„ cette action. Ce n’est ni le Carême, ni l’Epiphanie,, qui nous rendent dignes de nous approcher du Fils,, de Dieu , mais la sincérité & la pureté de cœur. A-,, vec ces dispositions, approchez vous en toujours»„ fans ces dispositions, ne vous en approchez ja-

,, mais.Considérez avec quel soin & avec

„ quelle réverence on mangeoit de la chair des victi-,, mes dans l’ancienne Loi. Que ne préparoient-ils„ point ? Que ne faisoient-ils point, sc purifiant fans„ cesse pour ce sujets Et vous autres vous appro-„ chant d’une hostie que les Anges ne regardent qu’a-„ vec une frayeur sainte & respectueuse , vous vous„ imaginerez que c’est assez pouf vous préparer â une„ si grande action, que de vous regler par les inter-„ vales du tems, & les rencontres des Fêtes ?.. .

,, Dans les autres" tems souvent vous ne communiez,, pas, quoique vous soyez disposez, & le jour de,, Pâques vous communiez, quoique vous ayez com-,, mis des crimes. O coutume déraisonnable ! O ima-„ gination trompeuse ” !

Outre que ces sortes de communions hypocritessont sacrilèges, elles sont Superstitieuses, dans la penséede Lactance (f) , qui assure que la Religion regarde levrai culte & la vraye pieté, & que la Superstition re-garde le faux culte & la fausse pieté. Elles le soncaussi dans le sentiment de St. Thomas (g) & des au-tres

so) Homil. in c. i. Epi st. a d. Ephefi

[f) L. 4. divinar. Instit. cap. 28. R e lîoí« „ • ,

•stitio saisi. ell 2 10 y en cultus est, Su-

rrstitio saisi.

(s)

o

r) 2. 2. q. 91. art. 1. in Corp. Superstitio est vitium Religío»ìppoíitum secundùm. exceffum.