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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS

C 9

IX. Jetter le S. Sacrement dans une riviere, afind’empêcher l’effet des faux miracles que les hérétiquesfont par la puissance du Démon, c’est un crime demême genre, duquel il ne seroit pas aisé de justifierfe Curé dont parle Césaire d’Héisterbach (a) , qui enusa de la sorte contre les Albigeois : à moins qu’on nedît que son grand zèle & fa simplicité ne lui dussentservir d’excuse légitime.

X. On a déja (b) observé qu’il sembloit que 8.t^enys d’Alexandrie fût dans cette pensée, que l’Eu-rharistie souvent reçûe tenoit lieu de Batême, 8 c parconséquent qu’elle effaçoit le péché originel & les pé-chés actuels commis avant que de l’avoir reçûe. Mais°n a fait voir au même endroit que cette pensée étoitSuperstitieuse, qu'elle étoit un faux culte, un cultesuperflu, une vaine observance des choses sacrées.

XT. On a fait voir la même chose (c) de cette au-tre pensée des Ethiopiens, qui s’imaginent que quandtine femme grosse reçoit l’Eucharistie, l'enfant qu’el-h porte dans son sein est tellement sanctifié par ce 8a-crement, qu'il n’a pas besoin de Batême, & qu’ain-h le péché originel est effacé en lui par l’Eucharistie.

XII. Pelbart de Themeswart (d) raconte que S.Dominique, pour convaincre les Albigeois des véritésffu’il soutenoìt, mit l’Eucharistie dans une fournaiseArdente, 8 c qu’elle y demeura trois jours entiers fanscire consumée. Et saint Antonin rapporte dans sesChroniques (e), que saint Antoine de Pâdouë la pré-senta » un mulet pour la lui faire adorer, afin de con-fondre la malice des hérétiques. Mais ces deux éve-uemens extraordinaires, dont on a ci-devant (f) faitmention, ne peuvent pas servir de réglé; 8 c ce quefirent saint Dominique 8 c saint Antoine de Padûuëpourrait bien passer pour Superstitieux,s’il n'étoit au-torisé par d’auífi grands Saints. Car enfin rien ne peutempêcher qu’on n’applique à la conduite qu’ils onttenue en ces occasions, auflì bien qu’aux autres faitsParticuliers qu’on vient d’alléguer, cette maxime duCardinal de Cusa, qu’on a déja tant de sois repetée.Qii’il y a de la Superstition quand on fait servir leschoses saintes à d’autres usages qu’à ceux ausquels el-es sont destinées (g). Or qui oserait dire que l’Eu-charistie ait été établie, soit pour être présentée à unmulet, ou jettée dans une fournaise ardente, afin deconvaincre des hérétiques ; soit pour sanctifier les en-hns dans le sein de leurs meres ; soit pour effacer lePéché originel; soit pour être mise sur les eaux env ûe d’empêcher de faux miracles; soit pour rendre les^*iamps 8 c les jardins fertiles; soit pour être employéeà des maléfices, à des divinations & des sortilèges ; soit* n fin pour servir de cataplasme aux aveugles nés, &s r emede aux malades & aux bleffés. Elle rìa pas été° nn ée à cette intention (b) , s’il est permis d'user de

expression d’un Poète profane (i), dans une ma-lere toute sainte (kj*

L. y. iUustr. Mirac. C. ti. Sacerdos quidam (dit cet Auteur)qj < ~ at liolicus 8t vitâ religiosus, sciens vera signa cum falsa do-bj Çsse non poíse, corpus Domini cum pyxide ad flumen, ù-*i t q ‘genses populis suas ostensuri erant virtutes, deportavit, di-,, j| | Ue >n audientia omnium : „ Adjuro te Diabole per eum quem,, v manibus porto, ne in hoc flumine, ad huius populi sub-h íc crsi °nem, per hos homines, tantas exerceas phantasias”.Postc Çr( j Vcr ba, illis super undas fluminis ambulantibus, ut prius, 8a-q** non turbata s, corpus Dominicum in flumine jactavit.Mirapb a ltl Potentia ! mox enim ut elementum, tetegit Sacramentum,ceflìt veritati, 8c pseudo illi sancti, quasi plumbum de-

y n tes, i n profundum íunt submersi; pyxis veto cum Sacra-le /;? statim ab Angelis íùblata est. Videns Sacerdos hxcomnia,t'ot racu k> quidem exultavit, sed de jactura Sacramenti doluit.veto noctem in lacrymis 8c gemitu transigeas, mane py-f^/um Sacramento reperit super aï tare.f J !■ c. i. de cette i. p.

S bid -

(e) p” scellât. Coron. B. Virg. I. 4. part. 1. art. z.

(a l „ art - Z. Ti.. a+. c. z. §. í. p. 731. col. 2.

(g) V de ce liv. x

tilt' n res consecratL ad aliud quam proprium usum applicen-(l) é, Superstìfio.

h\ v;° n ^ OS 1 UK situm munus in usus.

(V^g>I., 4 .àeid.

T 0 ì j e q // y a de sûr > c’est qu’aujoutd’hui on n’oseroit, ni

C H A P I T R E Xir.

Des Superstitions qui regardent le Ministrede l’Eucharistie.

Autrefois les fidelles êtoient eux-mêmes lesdispensateurs de P Eucharistie. Ce sontmaintenant le s Prêtres qui la leur admi-nistrent. Le s ‘Prêtres se communient eux-mêmes à P Autel, comme ils ont toujoursfait, selon une Tradition Apostolique. ARome avant le neuvième siécle , les Aco-lythes port oient tous les ‘Dimanches aprèsla Messe , l'Eucharistie aux Curés de laville dans des sachets. Anciennement, les^Diacres communioient les fidelles, & ilsavoient P audace de vouloir communier lesPrêtres ; mais cela leur fut défendu parle 1 . Concile de Nicée, & d’autres Con-ciles leur défendirent même de communierle peuple en présence des Prêtres. Uspourroient pourtant íe communier dans lanécessité , ce que pourr oient faire aussi leslaïques fans superstition. S’ils le faísoienthors de ce cas-là , ils tomber oient dans le cul-te superflu. Horrible impudence de certai-nes femmes des Gaules, qui difiriboientelles-mêmes la communion aux fidelles - 3 cequi leur f ut défendu par un Concile de Pa-ris , & ce qu'elles ne pouvoient faire fansfie rendre coupables du culte superflu.

L Orfque les fidelles recevoient l’Eucharistie dansleurs mains, les hommes dans leurs mains tou-tes nues, & les femmes dans leurs mains couvertesd’un linge, appell ê Dominical ; qu’ils la gardoient dansleurs maisons, & qu’ils la portoient dans leurs voya-ges, par terre & par mer, ils en étoient eux-mêmes lesdispensateurs, fans se rendre coupables d’aucune-Su-perstition. Depuis que ces anciens usages ont cessé,les Prêtres, comme par une Tradition Apostolique,ont continué de se communier eux-mêmes au saint Au-tel, 8c de communier les fidelles, sains 8c malades; &cette pratique s’est toujours gardée dans l'Eglise, ainsique le Concile de Trente (/) le reconnoît par les pa-roles que je cite. A Rome, avant le neuvième siécle,après que le Pape, ou quelque Eyêque en son absen-ce, avoir célèbre les saints Mystères les Dimanches, lesAcolythes portoient l’Eucharistie aux Curés de la vil-le, pour marque de l’union qu’ils avoient avec le sou-verain Pasteur. Cet usage est attesté par le saint PapeInnocent I. (m).

C’é-

faire de tels miracles, nî employer de telles épreuves, non que lesdispositions soient changées. Car les hommes font toujours lesmêmes & ont toujours les mêmes penchans: mais les rems nefont plus si favorables à ces penchans.

(/) Self. iz. c. 8. In Sacramental! autem sumptione semper inEcclesia Dei mos fuit. ut laici à Sacerdotibus communionem ac-ciperent; Sacerdotes autem célébrantes fèipíos communicarent :qui mos, tanquam ex traditione Apostolica descendens, jure acmérité retineri débet.

(m) En ces termes: Epist. ay. ad Decret. Eugub. Episc. Defermento verò, quod die Dominica per Titulos mittimus, super-flue nos considéré voluisti; cùm omnes Ecclesise nostrae intra ci-vitatem sint constitutae: quarum Presbyteri, quia die ips a> pro *pter plebem sibi créditant, nobiscum convênire non poísunt id-circo fermentum à nobis confertum per Acolythos accipiunt'ut se à nostra communione, maxime illa die, non judicent sépa-râtes. Le mot fermentum signifie ici V Eucharistie, par ce qu’o» luidonne ensuite le nom de Sacrement, Quod per Parochias^ (c’e/t-à-dire.dans les Eglises qui font hors de la ville) fieri debere non pute,quia non longe portanda íunt fàcramenta: nec nos per coemete-ria diversa constitués Presbyteris destinamus, cùm Presbyteri eo-rum conficiendorum jus h&beant arque licentiam,

S