DES SUPERSTITIONS.
lebrer la Messe sèche , que l’on appelle , c'est-à-dire , fat-fe toutes les cérémonies de la Messe , excepté la consécra-tion eér communion. Mais pour quelque fin que cetteMesse ait été instituée , quelques célébrés approba-teurs qu’elle puisse avoir , quelque ancienne qu’ellepuisse être, il est mal aisé de ne la pas noter de Super-stition. .
I. Elle n’est autorisée par aucun Concile , par au-cun Pape, ni par aucune régie Ecclésiastique , & el-lé n’est redevable de son origine qu’à la simplicité &àj 1a dévotion indiscrette & mal reglée de quelquesParticuliers , qui se sont imaginés fans aucun fonde-ment, qu’elle pouvoit suppléer au défaut du vrai sa-crifice de nos Autels. Or il est évident par ce quevous.avons dit dans la I. partie de ce Traité (a),Qu'une chose est Superstitieuse , lorsque les effets qu elfeproduit ne peuvent pas être attribues a la nature , çffqu'elle n a pas été instituée de Dieu , ni immédiatementde ïEglise pour les produire ; Sc par conséquent que leSeffets que l’on attend de la Messe sèche ne pouvantêtre attribués ni à la nature, rii à Dieu, rii à l’Eglise,elle est un faux culte , un ctílte superflu, une vaineobservance, & une observance des choses sacrées.
II. La fausseté du culte que l’on prétend fendre àDieu par la M esse sèche j faute aux yeux de tous ceuxqui l’examinent fans prévention. Car cette Messe,qu’est-ce autre chose sinon un phantôme & unmasque de 1 a vraye Messe , Sc pour ainsi dire, uneMornerie du plus auguste de nos Mystères ? Un Prê-tre prend les ornemens Sacerdotaux , fait allumer descierges , s’approche de l’Aufel , dit l’Introïte, lesOraisons , l’Epître , le Graduel, Y-Alléluia , ou leTrait, selon le tems , l’Evangile, l’Offertoire: en-fin dit la Messe, à la referve qu’il ne consacre point,& qu’il ne communie point ; cet appareil extérieursi’impose-il pas aux simples & aux ignorans , qui leVoyant en cet état , ne sauraient se persuader que cequ’il dit ne soit la vraye Messe que le Fils de Díëu âinstituée , & qui se dît tous les jours fur nos Autels ?íL’Eglise n’admet point de fictions dans l’ufage desSacremens ; & • le sentiment unanime & constant desThéologiens & des Canonistes est, qu’on ne peut pasdonner une hostie non consacrée ni à un malade quidemande à communier, & qui n’est pas en état de lefaire, ni à un pécheur impénitent qui se présente à lasainte Table pour sauver quelques dehors & quelquesapparences. Dieu, qui est fauteur de la vérité (ditadmirablement Tertullien (b)) n’aime point les dissi-mulations ; tout ce qui a l’air de fiction passe auprès'st lui pour une espèce d’adultere.
III. C’est particulièrement sous l’idée de faux cul-'le que la Messe sèche a été condamnée , Sc entiere-st £ ut abrogée par plusieurs savans Evêques des Pass-ifs , d ans se urs Synodes Sc Provinciaux & Diocé-a ' n s , & dans les Rituels de leurs Diocèses , entre^tres par Martin Rythovius, Evêques d’Ypres, parj. le tre Curtius , Evêque de Bruges , & par Corne-llls Jansenius , Evêque de Gand , tous trois Doc-e Urs & Professeurs en Théologie de l’Université de'stvain. Estius le marque positivement par les pa-' que je cite (c).
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stles
La Messe sèche qui se dit pour les Trépassés a aussiété condamnée par le Concile de Paris (d) de izn,que l’on a déja cité plus d’une fois , & par le Synodede Bdurdeaux (e) du 15. Avril 1603. sous peined’excommunication : Défendons aux Cures , Picaires &autres Prêtres , de dire Meffe , vulgairement appellée sè-che , aux sépultures des morts, fur peine d'excommunica-tion. Le Rituel de Malines (f) de 11549. défend dela dire , soit à la cérémonie de la Purification desfemmes, soit aux épousailles, soit en toúte autre oc-
casion.
( «) k 1. c. 9.
L. de Spectac. c. 13. Non amat falfum autor veritatis;“krium est apud illum omne quod fingitur. .
Pin * nter vitia feu corruptelas, quas superiorum temporum su-ii t a "egligentia, etiam in ipsius facrificii sacram actionem inve-qu ’ reponi debere illam dudum ac pastim usitatam Missarum,P Q S yocant, siccarum celebrationem , viíum est ReverendiflìmisMl ffnì s Ecclesiarum Belgicarum Episcopis , qui pari consensut a , as ’stiusmodi censuerunt penitus abrogandas , idque statu tise re editis , partim in Synodis ipforum tam diœcesanis,P a jj n Provincialìbus - partim in Directoriis Parochorum , qnxstít°îr ' a ^ eu Manualia vocantur , &c. Abût à nobis ut judiciumk Us ‘ lilm °rum & fanctissimorum Antistitum, quorum Synodali-Uu s r \f tis Miss* siccse sunt abrogataî , inter quos fuere iVIarty-^Co r us ’ iprensis Epifcopus, Petrus Curtius , Brugensis,st J ansenius Gandavensis , omnes Schote Lovaniensis
ra Theologìa Mâgistri Sc Professons, absit, inquam, ut
IV. C’est fous k même idée de faux culte qu’elleà été condamnée par quantité de savans Théologiens.Pierre, Chantre de l’Eglise de Paris (g ), dit qu’elleest vraiment sèche , parce qu’elle est sans grâce &fans hytueur de k consécration de l’Eucharistie , &qu’elle' ne íe dit point pour les fidelles. Eckius (h)l’appelle une invention impie Sc blasphématoire , donton n’a pas entendu parler depuis la Passion-du Fils deDieu ; & il assure que k dire, c’est se mocquer deDieu,' c’est insulter Jesus-Chn'st avec les Juifs, quilui couvròient le visage ; c’est contrefaire eu apparen-ce’ cequ’orine sait pas en vérité. Estius, (i) qui s’estdéclaré le-censeur public de cette Messe, ajoute deuxchoses à ce qu’il nous en q déja dit: l’une, que ceuxqui k disent, ne sont pas moins ridicules , que le se-roit uhe personne, qui ayant invité ses amis à un re-pas , se contenterait de leur faire un beau couvert,de beau linge , de belle vaisselle , de dire Benediciteau,commencement, Sc grâces 1 k fin, fans leur don-ner ni pain, ni vin , ni viande.
. L’autre , qii’on ne saurait k dire , fans faire en4 uelque façon insulte à Dieu le Père , & à Jesus-Chriít son Fils, parce qu’en k disant on fait mine dereprésenter, sans néanmoins représenter cette sainteaction, par laquelle Jefus-Christ s’offre à son Père dans leSacrifice notísanglant. A près quoi, Ce savant Théologienrépond à ce qu’on allègue ordinairemerit en faveur decètte Messe. 1. Que ni le prétendu saint Denys Aréopa-ghc (k) ni le 3. Concile de Carthage (/) -, ne fontrien au sujet.- 2. Que k M.esse des Préfanctifiés estdifférente de 1 a Meffe sèche. 3. Que le sentiment desEvêques qui OM condamné & abrogé cette Messe,doit í’empprter fur la pensée de Gui, de Monr-Ro-cher , qui n’étoit qu’un simple Prêtre, & fur celle deMatthieu Galenus (m) , & du P. Dom André Croc-quet (n) Bénédictin j son interprété., 4. Que le Sa-cerdotal Romain où cette Messe se trouve , n’est quef ouvrage d’un particulier , , & qu’il n’a pas été ap-prouvé par l’Eglise Romaine. Enfin que les Manuelsou Rituels qui prescrivent cette Messe , s'il est vraiqu’il y en ait quelques-uns qui k prescrivent , n’ontété ni publiés, ni approuvés par les Evêques dont i-lsportent le nom, mais peut-être feulement par leurs Vi-caires, peu versés dans 1 a science de l’Eglife.
Enfin le Cardinal Bona (0) déclare que cette Messe
ne
horum judicium sinamus in dubium vocari , aut quoquo pactodeinscitia , temeritate, imprudentia suspectum. reddì.
(d) Can. ii. Nec ut à prœdictis ( c’efl-à-dire les Meffe s dont iìffont chargés) íè exonèrent , íiccas Mislàs faciant pro defunctis,fub eadem distinétione proliibemus.
(e) Ordonnanc. de Bourd. Tit. 1. p. >7.
(f) Tit. ordo introduc. mulier. in Ecclef. post. part. p. j8 0Missam fíccam , ut vocant , neque ad purificandam mulìercm,neque ad celebrandum conjugium , aut ad ulìum alium uíurn cc-lebrari permittimus.
(g) Verb. Abreviat. c. 29. Miflà sicca , qu* est sine gratia 8ehumore conféctionis Eucharisti*, non celebratur pro fidelibus
{h) Loc. cit. Impium & blafphemum est {ce fmt ses protrestermes ) novum aliquorum commentum , & à Christo passi, iaEcclesia inauditum de sicca Missa . . . hoccine est irridere Deum8c illudere Christo cum Judads faciem ejus velantibus spectacuiimore iìmulare id quod in veritate non agitur, r
(i) Orat. 13. Theolog.
(k) L. 1. de Hierarch. Ecclef. c. 7.
(J) Can. 29.
(m) Cateches. 139.
(w) L. 1. Rer. Lit. c. rp. n. 6.
(0) Missa sicca ab indiscreta 8c privata quorumdam dévotion*duxit originem, cui nimiùm indulgentes fuerunt Saccrdotes-
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