*
8o D E S 5 U P ERS T I T I O N S.
ne vient que de la dévotion indiscrète de quelquesparticuliers, & de la trop grande indulgence des Prê-tres. Qu’elle est un phantôme de la vraye Messe (a).Qu’elle est vraiment sèche 8 c stérile , n’ayant ni- con-sécration, ni communion (b). Quelle est semblableâ ces repas de bois & de pierre qu’Héliogabale don-noit souvent à ses convives, selon le rapport de Lam-pridius & des autres Historiens (c): Sc qu’elle est au-jourd’hui (comme il le croit) entierement abolie &abrogée dans tout le monde par le foin des Evê-ques (d).
CHAPITRE III.
Des Superstitions qui regardent les Mestèsà plusieurs faces, ou à plusieurs têtes.
En quel tems on a commencé de dire desMejses à plusieurs faces & a plusieurs tê-tes ? Ce que c'étoit que ces Messes , Apourquoi elles s'appelloient ainfiì sfiue l'a-varice des ‘Prêtres les a introduites dansV Eglise. Pierre , Chantre de l'Eglise deParis , les condamne pour plusieurs rai-sons -, par ce qu’elles font monstrueuses yqu'elle s confondent l'ordre des Mystères dela Messe, qu'il en arrive des inconvenienscontraires à l'institution de l'Eglise y qu'el-les détruisent les figures du Sacrifice yqu'elle s né font point autorisées par l'Egli-se y qu'elles sont semblables à la Statue deNabuchodonosûr ; qu'on n'èn dit point dansles anciennes Eglises où le peuple s'astfemrble y & qu'elle s frustrent les fidelles tré-passés du fruit qu'ils peuvent espérer dela Messe. Elles sont abusives & détesta-bles , selon Durand & le Cardinal Bona.
A U douzième siécle il s’introduisit un horribleabus touchant les Messes. ,On en assembloitplnbeurs les unes avec les autres , ou , pour user dumot propre & ordinaire , on en entait plusieurs lesunes fur les autres en cette maniéré. On commençoitune Messe du jour, ou telle autre que l’on vouloir,on la continuoit jusqu’à l’Offertoire : puis on en re-commmçoit de même une seconde , une troisième &une quatrième, en sorte qu’on y en mêloit quelque-fois des Trépassés. On récitoit ensuite autant de 8e-crcttes qu’on avoir commencé de Meíles, & on ache-voit fous un seul Canon , c’est-à-dire , en récitantune seule sois le Canon, & en disant ensuite autant deCollectes qu’on en avoit dit au commencement. C’estpour cela que ces Messes s’appelloient (e) des MessesL deux , à trois , à quatre, à plusieurs faces, ou aplusieurs têtes. Guillaume Durand (/) nous en faitune peinture fort naïve. L’avarice des Prêtres inven-
(a) Larva est 8t íìmuìatio qusedam verse Misse.
■ (i) Sicca procul dubio & jejuna , utpote caréns non solùraconsecratione, sed etiam sumptione corporis Christi.
(c) Similis cœnse lignese & lapide» quam Lampridius 8c aliireferunt sxpe convivis Heiiogabalum exhibuisse.
(d) Nanc providâ Epiícoporum curâ ubique gentium, ut pu-to, obliterata 8c abrogata est.
(e) Bicipites, Bifaciatae, Trifaciat* , Quadrifaciat», Multifa-<iat», Multarum facierum.
(/) En ces termes: L. 4. Rational. c. 1. n. 24. Quidam inci-piunt Miíïàm de die, célébrantes illam suo ordine , usque ad Of-ferendam : postea incipiunt aliam Missam, 8c eam canfant usquead eundem jocum ; & idem faciunt pluries , si volunt, 8c in-cœptâ Mifla vivorum , incipiunt quandoque Missam mortuo-rum, eam proíequentes usque ad eundem locum : 8c exinde pro-cedentes , dicunt tot Sécrétas quot Miflàs incœperunt , semeltantùm Canonem dicentes 8c consecrantes, 8c ia fine tot oratio-pç 5 dicunt, quot officia Miss» Incœperunt.
ta ces sortes de Messes irrégulieres. Car comme il «eleur étoit permis, ordinairement de dire qu’une Messepar jour , ils s’avisérent d’en assembler plusieurs enune , afin qu’en satisfaisant par ce moyen à la dévo-tion 8 c aux intentions de plusieurs personnes qui de-mandoient qu’on offrit pour elles le redoutable Sacri-fice de nos Autels , ils en pussent tirer plusieurs ré-tributions. Pierre, Chantre de l’Egiise de Paris (/)»qui mourut fur la fin du douzième siécle, comme onl’a remarqué dans le chapitre «précédent , s’est récriecontre cet abus avec beaucoup de force, & il l’a con-damné pour bien des raisons.
1. L’Egiise, selon le saint Apôtre ( h ), est compo-sée de membrés à plusieurs faces. Les Poëres nousreprésentent un Janus à. deux têtes, une Hydre à sep ttêtes , un Briarée à cent mains , un Géryon à dèu*ou à trois corps ; mais nous ne voyons nulle part desMesses (i) à deux , à trois , à plusieurs faces, ouplusieurs têtes y & il n’y a point de monstre pinsmonstrueux que ces sortes de Messes.
1 2. La sainte Messe.renferme en soi de grands Mstères, qui sont marqués par ce,distique :
Exprìmit officmm sujpiria , gloria laudes ,
Kyrie eletfon ter triplicata preces :
Mais les Messes à plusieurs têtes confondent Tordrede - ces Mystères, parce qu’on y triple & qu’on y répe^jusqu’à trois fois-, & même davantage, les prières q ulne le doivent point être.
.3, Dans les Messes à plusieurs faces on ne fait ni ■»laquelle on doit appliquer l’Introïte , ni lequel desIntroïtes donne le nom à ces Messes; & quelque ap-plication .qu’on en fasse, il en arrive toujours des in*conveniens contraires à l’institution de T Eglise. :
4. Ceux qui disent ces Messes combattent la déci-sion du Concile Provincial qui défend de dire desMesses en un même jour , hors le cas d’une néceíf tepressante ; ils (kj ruinent les Mystères qui sont f et1 'fermés dans la Messe, & que l’Egiise a utilement ap'prouvés: ils détruisent, ils falsifient , 8c (/) ils test"dent vaines les principales figures du divin Sacrifia.
5. Ce n’a point été par Tautorité de l’Egiise,
par la cupidité & Tavariçe de ses Ministres , que cerassemblage de Messes a été établi (m).
6 . Puisqu’on n’assemble point les Offices de TEgi*'se, pourquoi faut-il que Tayarice des Prêtres aslemb‘ eainsi les Messes (n).
-7. Cet assemblage de Messes entées les unes fur > eautres est semblable à la Statue de Nabuchodono^’dont la tête étoit d’or, Pestomac 8 c les bras d’argc°j’le ventre & les cuisses d'airain, une partie des pi eSfer, & l’autre de terre (0).
8. On n’ente point ainsi les Messes dans lesses Cathédrales, ni Paroissiales, ni Collégiales, .y a concours de peuple. On doit (p) cependant J ^ter ces Eglises préférablement à toutes les autres, P ^ce que les bonnes coutumes y sont plus exactementservées que dans toutes les autres.
9. Il arrive plusieurs scandales des Messes àsieurs faces, & elles sont cause que les âmes desles trépassés sont frustrées des fruits qu’elles p £llVespérer du Sacrifice.
plti-
sissh
(g) In Verb. Abbreviat. c. 19.
{h) 2. Corinth. 1. _ . f£ .,
(1) Monstruosius omni monstro est Miffis bifaciare, tri ft c& bujusmodi.
(k) Obviatur Mysterio Miss* ab Eecleíîa militer aE?robato- ^(/) Figuram Misse pr*cipuam taies destruunt , vel ftu ainanem esté ostendunt. . ,- (ií
Êî (m) Insertiones Miiîârum non autorisas Ecclelì*, sed cU P ,a ,Ministrorum instituit.
(n) Cùm c Liera officia Ecclesiastica non inserantur, curcium Misse iníèritur pro cupiditate?
(0) Daniel 2. . r ,-a-
(f) A bonis sumenda sunt exemp a. Scimus quia EccìeiiX ..
ventuaîes non habent hauc coníuetudine.n inserendi Missaa.