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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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§6

DES SUPERSTITIONS.

Wandelbert ne parle que de (a) mille Vierges dansson Martyrologe , & il les sait descendre sur le Rhinà Cologne : & parce qu’il est assez difficile de croireque onze mille Vierges soient venues de Londres àCologne, que de Cologne elles soient allées à Rome,que de Rome elles soient venues à Bâle dans des Vais-seaux, & qu’ayant laissé leurs Vaisseaux à Bâle, ellessoient retournées â pié à Rome , & de Rome reve-nues pour la seconde sois à Cologne , comme le té-moignent l’ancien Auteur cité par Surius, Sigebert t &Pierre de Natalibus ; quelques savans ont cru queceux qui ont donné onze mille Vierges pour compa-gnes à sainte Ursule, s’étoient trompés dans leur cal-cul, en ce qu’ils avoient pris dans les anciens Marty-rologes, S. Urfnl & xi. m. v. sainte Ursule & onzeMartyres Vierges , pour sainte Ursule & onze milleVierges , & qu’ainsi il salloit réduire à onze Viergesseulement les onze mille Vierges.

Le P. Sirmond a eu une autre pensée sur les onzemille Vierges. Il les a réduites à une feule , appelléeUndecimilla , Ondécimille , & il s’est imaginé queèìUndecimìlla , on avoit fait Undecim milita , onzemille. M. de Valois , quiétoit ami du P. Sirmond,le rapporte en cette maniéré : „ (b) II y a eu (dit-il)„ une sainte Ursule martyre , suivant la commune,, opinion. On ignore néanmoins de quel tems elle a,, été ; mais je fuis très-humble serviteur des onze„ mille Vierges. La fable est un peu trop manifeste,, pour pouvoir la souffrir. Voici sur quoi cette er-„ reur est sondée, suivant la conjecture du savant P.,, Sirmond. Ceux qui ont forgé cette belle histoire„ ayant trouvé dans quelques Martyrologes manus-„ crits, SS. URSULA ET UNDECIMIL-,, LA V. M. c’est-à-dire ,fanélœ Ursula & Undeci-„ milla Virgines martyres ; & s’étant imaginés qu’Un-„ decimilla avec l’V. & l’M. qui suivoient , étoient„ un abrégé pour Undecim millìa Virginum Marty-„ rum , ont sait là-dessus ce Roman que nous avons,, aujourd’hui. Je ne comprens pas comment les„ Docteurs de Sorbonne , parmi lesquels il y a tant„ d’habiles gens , ont bien voulu laisser pour Patro-„ nés tutelaires de leur Eglise cette troupe de Saintes,, de contrebande , pendant qu’ils en avoient à choi-„ sir tant d’autres de bon aloi.

N’y ayant donc rien de constant, ni de décidé furle nombre des Compagnes de sainte Ursule , & l’his-toire de cette Sainte & de ses Compagnes étant bail-leurs farcie de contes faits à plaisir, si la Messe qu’onpourroit faire de sainte Urstle dr de ses compagnes indé-finiment , ne regardoit pas le faux culte , je croiraisassez volontiers que celle qui ferait de sainte Urstle drdes onze mille Vierges le regarderait.

XVI. La Messe du Nom de Jésus est dans beaucoupde Missels imprimés depuis l’an 1500. Elle se dit par-ticulièrement le jour de la Fête du Nom de Jésus,qui se célébré dans l'Eglise de Chartres le 14. jour deJanvier. Les Oraisons ne font pas des mieux faites,non plus que la Prose , & c’est , je m’assure, pourcette raison qu’elle a été retranchée des nouveauxMissels , auffi bien que le Titre de cette Messe quiest très-Superstitieux sc) dans les Missels de Char-tres , de 1511. (d) & de 15 2 5 (-).

(a) Tune veneranda simul Rheni fer littora fulgentChristo virgineis erecla trophna mamplisaígrippina urbi quorum fur or imfim olimMillìa, maclavit duftricibus inclita fanchs.

(b) In Valeíìan. pag. 48. 8c 49.

00 M.Thiers pouvoit y ajouter, comme à quelques autres quenous avons déja vu , ct> tout à fait propre à ruiner lu véritablepiete , qui est trop difficile pour un grand nombre de mauvais Chré-tiens.

(d) Fol. 34. vers.

(e) Fol. 36. Quicumque hanc Miflâm lubfcriptam cclebrave-

rit, aut celebrari fecerit per triginta dies Veneris, non morietursine contritions, confessione Sc digna satisfactione atque sanctacommunions; ln „ dies post obitum suum ad gaudia

perveniet aeterna ; & habebit pro^qualibet Missa tria millia anno-ïuiU Indulgentiarum á Papa Bouifacio conceíïàruin.

1. Il faut dire cette Messe pendant trente Vendre-dis : Per triginta dies Veneris. Et c’est une observan-ce des jours. Car pourquoi ne seroit-elle pas auffibonne pendant trente Jeudis, ou trente autres jours,que pendant trente Vendredis ? Pourquoi pendanttrente Vendredis ? Auroit-elle moins de vertu si elleétoit dite pendant 25. 28. 51. ou 32. Vendredis,plus ou moins ? Si son efficacité est nécessairement at-tachée au nombre de trente , c’est une vaine obser-

vance.

2. Ceux qui la disent, ou qui la sont dire pendant;o. Vendredis , ne mourront point fans contrition,fans confession , fans une digne satisfaction, fans unesainte communion (/) : Voilà le Paradis à bon mar-ché ! Pour y aller il ne faut point de pénitences,point de mortifications , point d’aumônes, point debonnes œuvres. Il n’y a qu’à retenir un Prêtre pourdire la Messe du Nom de Jésus pendant 30. vendre-dis , fans même être obligé d’y assister , & on est as-suré de mourir dans la grâce de Dieu, dans la persé-vérance finale. Si ce sentiment est Catholique , j em’en rapporte aux Théologiens.

3. On est assuré que 30. jours après qu’on fer 3mort, on entrera en (jr) possession de la béatitude é-ternelle: Ainsi on ne fera que 29. jours en Purgatoi-re ; mais il faudra y être 29. jours , quoiqu’on soir.mort avec contrition, après avoir confessé ses pé-chés , après en avoir fait une digne satisfaction, aprèsavoir reçu la sainte Communion. Où trohve-t-oudans l’Ecriture & dans la Tradition de pareilles assu-rances du salut ? Ne peut-on pas dire à ceux qui se§donnent si légèrement , ce que la chaste Judith di-soit (h) aux Prêtres de Chabri & de Charmi ? Quiêtes vous, pour oser tenter le Seigneur ? (Ce discoursn’est pas propre à exciter la miséricorde de Dieu,mais plutôt à allumer fa colère & fa fureur. Est- ceà vous à fixer un tems à fa bonté, & à lui donner teljour qu’il vous plaît ?

4. Quand on est assuré de la béatitude éternels *de mourir dans la grâce de Dieu, dans la persévéran-ce finale, on n’a guére besoin des trois mille ans d’I n 'dulgences que le Pape Boniface a accordées p oUfchaque Messe du Nom de Jésus que l’on dira ,que l’on fera dire : Et habebit pro qualibet Mijfa tri*millia annorum Indulgentiarum a Papa Bonisacio concesJdrum. C’est rendre ces Indulgences trop commu-nes , s’il est permis de parler ainsi, (i) que d’en don-ner une si prodigieuse quantité pour dire , ou pon sfaire dire une Messe du Nom de Jésus. A ce cosl telà une personne qui ferait dire en un même jour i°°de ces Messes gagnerait trois cent mille ans d’Indid-gences. Mais Gerson croit qu’il n’est pas au p° u 'voir des Papes de le faire. Jefus-Christ (dit-il) (&est le fui Pape qui puijfe accorder une Indulgence de

de milliers de jours ér d’années , telle qu il s'en tro^dans plusteurs concestions des Souverains Pontifes , ot* ^tres , données en divers tems , en divers lieux & P/ 1 **"differentes causts. Et peut-être que telles concessions en °*mes ont été inventées par des gens qui ne cher choient f* 1/’ intérêt , ou en quelque autre maniéré mal intentionnet-

Dans le Missel Romain (/) , imprimé à Venise1513. la Messe du Nom de Jésus a pour Titre: PffJfa de dulcijfmo & facratifstmo nomine Uomini nostrt j^

(f) Non morietur sine contritions, confessione 8c dig° a ^

factione atque sasicta communione. . ^ e ,

(g) Et infra triginta dies post obitum suum ad gaudia P

niet aeterna. . irll 5

(h) C. 8. v. 11. & iì. Et qui estis vos qui tentatis Dom 1 jNon est iste sermo qui milèricordiam provoeet , sied potiusM^ira m excites 8c furorem accendat. Posuistis vos tempus mtioni Domini, 8c in arbitrium vestrum diem constituíst ls e j,

(i) Et inutiles , doit on ajouter , car quel homme q u ® £jmille y a t’il au monde, à qui un si grand nombre d'Jndugsoit nécessaire ? c’est prendre les Chietiens pour dupes, 4leur faire de pareilles offres.

(k) Opuscul. de Indulg- considérât, o.

(l) Fol. 176.