DES S U P E R S T I T I O N 5.
Jk Chrifli , quam qui devote celebraverit , habebit prorjualibet vice annorum tria. millia de ver a Indulgentia ,concessa k Domino Bonifacio Papa sexto , & dìcitur cumtribus candelis.
Ce Titre est plus supportable qite le précédent,quoiqu’il donne autant d’années d’Indulgences, non àceux qui feront dire la Messe du Nom de Jésus,Mais à ceux qui la diront. Le précédent ne dit pointqui est ce Pape Boniface qui a donné ces Indulgen-ces ; mais celui-ci marque que c’est Boniface VI.Celui-ci néanmoins ne laisse pas d’être superstitieux,en ce qu*il veut qu’on dise la Messe duNom de Jésusavec trois cierges ou trois chandelles : Et dicitur cumtribus candelis. Car ce nombre de cierges ou de chan-delles est une vaine observance que le Concile de.Trente (a) a condamnée.
Enfin dans le Missel du Mans {b) de l’année M 59*il y a une Messe du Nom de Jésus avec ce Titre:Misa de nomine sefu , & quicumque hanc celebrabit autcelebrare faciet , habebit pro qualibet Misa millia anno-rum Indulgentiarum concesarum a Papa Bonifacio. Lestrois mille ans d’Indulgences concédées dans les Mis-sels de Chartres de 1511. &de 1525. & dans le Mis-sel Romain de izi;. à ceux qui diront, ou qui se-ront dire cette Messe , sont ici réduits à mille ans; &c e n’est qu'en cela que ce titre est moins Supersti-tieux que les autres.
XVII. II y a deux Messes particulières du Rosairedans les Missels. La premiere se voit dans le Misselde l'Ordre de Fontevrauld (c) , imprimé â Paris enI606. 8c elle commence par Signum magnum apparuìtìn cxlo. La prose Rirginalis hortuli , &c. est d’un sti-le mystique , comme la plupart des anciennes Proses.La seconde se voit aussi dans le même Missel (d) ,dans ceux des Jacobins, & dans plufieurs autres. El-le commence par Salve radix sangla , &c. 8c ceux«lui la disent, comme ceux qui la font dire , & ceuxqui y assistent gagnent , selon le Missel de Font-evrauld , 88. ans, rr. Quarantaines, & 150. joursd’Indulgences , données par Paul III. & de plus In-dulgence Pleniere accordée par Grégoire XIII. avecPouvoir de délivrer une ame du Purgatoire.
Je ne trouve point que la premiere de ces Messessoit approuvée, mais la seconde l’a été par la Congré-gation des Rites, pour P Ordre de S. Dominique feu-lement. Car il n’y a qu’aux Religieux de cet Ordreà qui il soit permis de la dire, comme il n’y a qu’auxCarmes à qui il soit permis de dire la Mejse de notrebame du Mont-Carmel , que la même Congrégation® aussi approuvée , ainsi que je l’apprens des parolesde Gavantus (e).
La Congrégation des Rites a eu ses raisons de don-cette préférence aux Jacobins pour la Messe duRosaire, & aux Carmes , pour celle de notre Damedu Mont Carmel. Mais avec tout le respect que jed°is à ses Décrets , je ne croirais pas qu’il y eutJrand mal à d’autres Prêtres qu’à ceux de leurs Or-djes, d e dire l’une 8c l’autre de ces deux Messes pri-v degiées , & je ne voi rien qui empêche qu’on neWe Dieu, 8c qu’on n’honore fa sainte Mère dans les^uies termes, & avec les mêmes cérémonies que lesJ Robins & les Carmes. Je remarque au contraire,Hue ces deux Messes , & plus particulièrement celle
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du Rosaire, ont été imprimées dans quantité de Misisels diocésains : preuve certaine que les Prélats qui lesy ont fait imprimer, ne les ont pas interdites aux Prê-tres de leurs diocèses , & qu’en les y faisant impri-mer, ils n’ont pas eu uniquement en vue les Jacobins& les Carmes.
Aussi les Indulgences que les Papes Paul ÍIL &Grégoire XIII. ont concédées aux Prêtres qui disentla Messe du Rosaire, sont pour tous les Prêtres de laConfrérie du Rosaire en général & en particulier,sans aucune exception , 8c fans aucune distinction*Cela est visible par la Formule de ces Indulgences quiest dans le Missel del’Ordre de Fontevrault. Voici dansla note (/) ce qu’elle porte. Or puisqu’on peut dire laMesse du Rosaire dans tous les lieux du monde (g)8c qu’il n’y a pas des Jacobins dans tous les lieux dumonde, il suffit d’être simplement Prêtre , ou tout auplus, d’être Prêtre confrère du Rosaire , sans être del’Ordre des Jacobins, pour la pouvoir dire,& gagnerles Indulgences qui y sont annexées. Je ne parle pointici de l’étendue de ces Indulgences. Le passage deGerson, que je viens de rapporter, ne leur est pas au-trement favorable. Je ne dis rien non plus du pou-voir qui est donné aux Prêtres qui disent cette Messe,de délivrer une ame du Purgatoire , parce que j'exa-minerai ce pouvoir dans le livre suivant , lorsque jeparlerai des Superstitions qui regardent les Indulgen-ces. J'observe seulement qu’il y a certaines chosesdans cette Messe qu’on pourrait bien en retrancher.
1. Elle est intitulée dans presque tous les Misselsou elle se rencontre, la Messe du très-sacré Rosaire:Misa sacratisìmì Rosarii; 8c le Rosaire est appellé tres-sacré dans la premiere Oraison de cette Messe : A.yfte-ria JacratiJJimi Rosarii : & j dans la Postcommunjon :Veneranda sacratisìmì Rosarii Myfierìa. On peut fortbien donner la qualité de tres-sacr*é , au corps de Je-sus-Christ, à son sang, à la parole de Dieu. L’Egli-se, les Conciles, les Pérès en usent ainsi ; mais il n’ya guère qu’une pieté démesurée qui la puisse donnerau Rosaire , infiniment moins précieux que ni lecorps , ni le sang de Jefus-Christ , ni la parole deDieu.
Le Rosaire ne contient pas , ne donne pas la grâceà ceux qui le portent, ou qui le récitent, comme lesSacremens la contiennent & la donnent à ceux qui lesreçoivent avec les dispositions que l’Eglise demande.Cependant ií est assez rare , à la réserve de l’Eucha-ristie, qu’on les appelle tres-sacrés , & je doute qu’onen put trouver des exemples dans l’antiquité.
Dans quelques Missels à la vérité , le titre de laMesse du Rosaire est un pêu plus modeste en appa-rence , parce qu’il ne porte que la Messe du trés-saintRosairey MisasanBisìmt Rosarii. Mais la differencequ’il y a entre tres-sacré 8c trés-saint n’étant pas con-sidérable , 8c l’un signifiant presque la même choseque l’autre , on devrait se contenter d'intituler cetteMesse, la Mejse du Rosaire , Misa Rosarii , & ôter lesacratissmi de la premiere Oraison 8c de la Postcom-munion. Aussi bien la qualité de trés-saint ne se don-ne-t-elle aujourd’hui qu’au S. Sacrement & au Pape s(h) Sanélijsmus portât Sanïïijfimum : SanBisìmus ìn
Chrisla
, («) SeíT. a. Decret. de obs. St evít. ín celeb. Miss. (Le Concî-J u *» condamnée, en ordonnant aux Evêques de retrancher abso-o^ent de l’Eglise les Messes qui se doivent dire en certaine quan-ti e > & avec certain nombre de cierges ou de chandelles; ce qui^ plutôt de la Superstition, que de la vraye pieté.)
r) F °i. 37.
íjn F ol. 58. vers.
y) Fol. 16. St 27. ,
somment, in Rubric. Missal. Ro. p, 4. Tit. 13. n. 2*.nj p a 8 U * nomine Rosarii eircumfertur . concessa tantùm Ordi-j g r *dicatorum , à sacra Rituum Congregatione die 25. Junii& prohibita fuit aliis eodem die , Sc rursus die 8. AprilisIbid. Tit. 17. n. 9. Eodem modo decrevit sacra Rituum^ “Pegitio de Missa S. Mari* de Carmelo die 8. Aprilis i<Sa8,T. à commuais omnibus, sed tantum Carmelitis,
Tme Is %
(f) Beatissimus pater Paulus ÍIÍ. PP. ut patet per Litteras Ro-m* expeditas apud S. Marcum , die 31. Augusti , an D. 1 y 3 7 cConcessit Omnibus et singulis cùm Sacerdotibus , tumlaïcis utriusque sexùs confratribus societatis sanctissimi Rosarii 'qui celebraverint, aut celebrare fecerint, aut adfuerint, prtedictisanctissimi Rosarii beatissim* Virginia Mari* Miss», à Sanctita-te sua approbat* St confirmât* (ubicumque locorum dìcatur) o"mnes Indulgentias qu* recitantibus in una septimana totum Roisarium conceduntur; nempe 88. annorum , ai . Quadrafre
„ PrîPt*í*p#»î» rv»aflflimní« D„»._/-v.
& ïyo. dierum. Pr*terea beatissimus Pater Greg^uIxTlL^P.plenariam peccatorum Indulgentiam , unà cum anim* à pœnisPurgatoriis hberatione, alnsque multis Indulgentiis concessit.
(g) Ubicumque locorum dicatùr.
( b ) On peut dire hardiment que dans cette occasion l’exprel-íion met trop d’égalité entre le Pape St le S. Sacrement ; car quel-le difference y a-t-il entre l’application de trìs-saint au sape 8c de
8 b tris*