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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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1 0 I

DES SUPERSTITIONS.

fans les faire approuver, fans les faire autoriser de l’E-glise , on en verroit un fort grand nombre de mal fai-tes, de ridicules, d’impertinentes, dans les Missels,& dans les autres livres Ecclésiastiques, comme fontcelles dont parle S. Augustin (<r), lorfqu'il dit, Qu’oncorrige tous les jours quantité de prières qui passentpar les mains des savans, & qu il s’y trouve beaucoupde choses contre la Foi Catholique.

Mais ce qu’on dit ici des Oraisons se doit auffiétendre aux autres parties de la Messe, aux Graduels,aux Offertoires,aux Alléluia, aux Préfaces, aux Com-munions, aux Bénédictions, & particulièrement auxProses, entre lesquelles il y en a quantité de fades, debadines, & qui devroient être ensevelies dans un per-pétuel oubli, n’étant nullement conformes à ce qu’onvient de dire du z. Concile de Miléve.

VI. Quelques défenses que l’Eglisc ait faites en di-vers tems, de rien changer dans ses Offices, il y a eudes gens assez téméraires en France, pour faire chan-ter à la Messe des JEpîtres traduites en rithmes Fran-cises. Cela n’étoit pas fort ordinaire./Cependant ce-la s’est fait dans l'Eglise de Chartres, il n’y a qu’en-viron zoo. ans. J’ai vû dans la Bibliothèque du Cha-pitre de cette Eglise, un Manuscrit où il y avoitquantité de ces Epîtres rithmées, & je me souvienstr ès-bien qu’il y en avoit quelques-unes qui avoientpour titre.

Li Apôtres cette Leçon.

Firent en grand’ dévotion :

tains lieux, depuis la saint Etienne, jufqu’à l'Octa-ve de l’Epiphanie, & dont il est parlé dans une Or-donnance d’Eudes de Sulli (e) , Evêque de Paris, del’an 1198. dans la Lettre circulaire (f) de la Facultéde Théologie de Paris aux Evêques & aux Eglisesde France, dansBeleth (g ), & dans Durand (h). LesPrélats de l’Eglise ont ouvert les yeux fur ce désordreil y a déja plusieurs années, Se leur vigilance s’est fitutilement & si efficacement employée à purger les li-vres Ecclésiastiques des sautes dont ils étoient aupara-vant défigurés, qu’ils font aujourd’hui presque tousincomparablement plus exacts & plus châtiés qu’ilsn’ont été depuis plusieurs siécles, & cela en exécutiondes Conciles qui en ordonnent la révision & la cor-rection. Mais si on ne dit plus maintenant d’Epîtressuperstitieuse à la Messe, celles qu’on y dit, toutes.canoniques & toutes orthodoxes qu’elles sont, ne lais-sent pas encore, quoique contre l’intention de l’Egli-se, de donner lieu à des Superstitions. En voici quel-ques-unes qui me viennent présentement en l’esprit. IIy a des femmes grostes assez folles pour croire que íìelles demeurent assises pendant l’Epître de la Meíïe(d’autres disent pendant l’Evangile) elles accoucherontplus heureusement, & avec moins de douleur. II y ades gens au contraire, qui se tiennent debout durantla Messe, dans l’esperance qu’ils auront un meilleursuccès de leurs affaires, & fur tout qu’ils gagnerontles procès qu’ils ont. II suffit de rapporter ces obser-vances pour en faire voir la vanité Sc la Superstitionridicule.

Pour LeBio Aîluum Apojlolorum. Quelque Chanoi-ne , ou quelque Chapelain Poète avoit apparem-ment travaillé à ce bel ouvrage, & il avoit eu assez decrédit dans fa Compagnie pour le faire lire publique-ment dans l’Eglife. Voilà une preuve de la simplici-té, de l’ignorance, de la fausse dévotion Sc du mau-vais goût de ces tems-là ; & c’est de ces quatre souf-res que sont parties tant de choses absurdes 8 c imper-tinentes, que l’on dit dans la plupart des anciens li-y res de chant, des anciens Missels & des anciens Bré-viaires. Quand un Curé, un Vicaire, un Prêtre danstine Paroisse, un Chanoine ou un Chapelain dans uneEglise Cathédrale ou Canoniale, un Moine dans unMonastère, savoit un peu plus de Latin, & avoit unPeu plus de capacité que les autres, il faisoit une Ru-stique, il brodoit un Introïte, un Kyrie eleïfon , unGloria in exceljîs , un SanBus Sc un Agnus Dei ; il sai-sit une Prose, ou une Hymne, il composoit un Of-bce entier à sa mode, & selon ses lumières, & on lectiantojt ensuite sur la foi & la parole de son Auteur,la ns se mettre en peine s'il étoit dans les régies, s’il yay oit des erreurs, ou s’il n’y en avoit pas. De-là sontVe nus ces ridicules offices que l’on avoit dans quel-les livres Ecclésiastiques, comme dans l'OrdinaireMs. de l’Eglise de Rouen, lequel se trouve dans labibliothèque de feu M. Bigot: L’Office des Pasteurs ,^ jour de Noël; l’Office des Pèlerins , du Lundi dej/ques ; r Office des enfans , du jour des Innocens ; & laf 0ce Jston des Anes , du jour de la Circoncision. Def font venues auffi la Prose de /’ Ane , ou la Prose desY**, qui fe chantoit à. la Messe du jour de S. Etienne,> que le Pere Théophile Raynaud dit (b) avoir lûea °s le Rituel d’une Eglise Métropolitaine qu’il neDivine point; & la Prose du Bœuf , qui se disoit à laj e sse du jour de S. Jean l’Evangéliste, & qui selons e sterne Auteur (c) , auffi bien que la Prose de l'Ane , fai-0lt partie de la (d) Fête des foux , qui duroit en cer-

,} f*) L ib. 6 . contra Donatistas c. 27. Multorum preces emen-U'D Ur ouotià, si doctioribus fuerint recitatx, 8c multa in eisP^iuntur contra Catholicam fidem.n W Heteroclit. Spirit. cœlest. & Infern. Sect. 2. punct. 8.

íi'ibid.

ï-ssss V °yez au sujet de cette Fête licentieuse Mr .Thters dans sonc °nnu des 3* ux > & Menerai dans son Histoire de Frmce. Elle a étée auffi sous le nom de Fête des [onduleres.

Lomé J L

C H A P I T R E IX.

Continuation du même Sujet.

Vusage de faire dire des Evangiles j* Et oiefur la tète , ne fe justifie pas par le t émoi*gnage de S. Augustin dans un de ses Tr ai*tés fur 8. Jeanmais st Eglise st autoriseen diverses occafions. T)eux choses à ob -server dans cette cérémonie. Superstitionsqui regardent les Evangiles , la maniéréde les dire , dr les personnes qui fe lesfont dire. Si on en peut dire pour des ani*maux malades. Si ston peut appliquer àdes chiens le fer appellé La Clef de 8 .Pier-re. Chevaux malades menés à un Oratoi -re de S. Martin en Guyenne. Enfans drbestiaux malades portés dr menés au tom*beau de S. Félix de Noie.

VIL T E Cardinal de Cusa (f) estime que c’est ê-fl j tre Superstitieux que d’employer les cho-ses sacrées à d’autres usages qu’à ceux ausquels ellessont destinées. Il semble, selon cette maxime, qu’ily ait de la Superstition à se faire dire des Evangiles lebout de l’Etole fur la tête, pour être préservé, ouguéri de quelque maladie corporelle, par l’inter-ceísion des Saints, ou des Saintes, que l’on réclamecertains jours de l’année en certaines Eglises, & encertaines Chapelles. Car l’Evangile, qui est une deschoses les plus sacrées que nous ayons dans notre R e _ %ligon, n’est pas. fait pour nous préserver , ni pour nous

gué-

( f ) In Appendi. Notar. ad opéra Petr. Blefens. Edit. Gus.sanyill.

(f) Ib íd - ...

(g) In Explicat. divin. orne. c. 72.

(h) L. 7. Rational. c. 42. n. if.

(i) To. 2. Exercit. 1 . 2. ex Serm. Ibant Magi &c. Si res con-siicratae ad aliud quam proprium ufurn applìcentur, eít Super-stitio.