DES SUPE R S T I T I O N S.
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guérir des maladies corporelles , mais pour nous in-struire dans la Foi , dans la pieté , & dans la vertu.Tout ce qui est écrit (dit le S. Apôtre (a) ) a été écritfour notre instruéìion , afin que nous concevions une espé-rance ferme far la fatience & far la consolation que lesEcritures nous donnent.
Ceux qui défendent cette pratique allèguent ordi-nairement en fa faveur un passage de saint Augustinque voici , & qui est pris de son 7. Traité fur S.Jean (b). Quoi donc? dit ce saint Docteur. Lorsquela tête vous fait mal; uous vous louons de ce que vous yaffliqués l’Evangile de saint fean , plutôt que d’avoirrecours aux ligatures. Car la foiblejfe de ceux qui y ontrecours est réduite d un tel f oint , & nous fait st grandepitiés que nous nous réjouissons quand nous voyons qu'unefersonne qui est dans son lit , travaillée de fièvres & dedouleurs , ne met fin espérance qu'en l'Evangile de S.Jean qu'elle apflique a fa tête. Le sujet de notre joyene vient sas de ce que cet Evangile a été fait four cela,mais de ce qu’on le fréfere aux ligatures. Si donc vousl'affliqués k votre tête, afin de faire cejfer votre migrai-ne , fourquoi ne l’appliqués-vous pas a votre cœur , afinde le guérir du péché ? Faites donc. Mais que ferés-vous ? aéppliqués-le a votre cœur ; que votre cœur soitguéri , cela est bon. II est bon aujst de ne vous point met-tre en peine de la santé de votre corps , stnonde la deman-der a Dieu. S’il voit quelle vous soit avantageuse , ilvous la donnera : mais s'il ne vous la donne pas , c'estqu’il ne jugera pas qu'elle vous soit utile. Mais ils neconsidèrent pas que S. Augustin est plutôt contreeux, que pour ceux dans cet endroit.
1. S. Augustin ne parle que de l’Evangile de S.Jean ; & on dit des Evangiles tirés des quatre Evan-gélistes fur la tête des Fidelles.
2. II y a une difference notable entre appliquer l’E-vangile de S. Jean k sa tête , comme parle S. Augu-stin, & fe faire dire des Evangiles de saint Jean , oud'un autre Evangéliste, ayant un bout de ì’Etole furfa tête. On n’a besoin ni de Prêtre, ni de Diacre pourle premier ; on en a besoin pour le second.
Z- Si l'Evangile de 8. Jean (selon S. Augustin)n'est pas fait pour guérir de la migraine (c) : pourquoiveut on que cet Evangile & ceux des autres Evangé-listes soient faits pour guérir des maladies corporelles ?N’étant pas faits pour cela , n’est-ce pas les faire ser-vir ì des usages contraires à leur destination ? Puisdonc que l’usage de fe faire dire des Evangiles ne peutêtre justifié par ce passage de saint Augustin , il fauts’e-n tenir à ,l’autorité de l'Eglise qui approuve cetusage , & dont l’approbation doit être vénérable àtous les Fidelles. A la vérité je ne voi dans aucunMissel, ni dans aucun Rituel , ni dans aucun céré-monial ancien , qu’elle leur prescrive la maniéré de sefaire dire ainsi des Evangiles, ni qu’elle marque lesprières qui fe doivent dire devant, ou après les Evan-giles en cette occasion. Mais ce qui fe pratique danslé Batême , & dans la Purification des femmes aprèsleurs couches est apparemment ce qui a donné lieu àla cérémonie que nous examinons. Car il est expres-sément marqué dans quantité de Rituels (bien qu’ily en ait aussi quantité qui n’en disent rien) qu’aprèsl’administration du Batême , on doit apporter le nou-veau bâti ré au lieu ordinaire , & que le Prêtre doitdire fur lui l’Evangile de S. Jean , & lui ddnner labénédiction [d).
D’autres Rituels, comme celui d’Angers, de 1626.ceux de Paris , de 1615. de i6;o. & de 1646. celuià Beauvais , de 1657. celui de Chartres , 8 c celuiRouën, de 1640. & celui de Meaux , de 1645. a-
(a) Rom. 15. 4.
(b) In c. 1 ( p ar ce pa {f a g e paro ; t _ ue § Augustin a préféréu n moindre abus a un plus grand, &. c’est tout ce qu’on peut di-re pour justifier le raisonnement de ce 8. Docteur.)
(c) Non quia ad hoc factum est.
(d) In lóco solito reponitur infans (dit le Rituel Romain dePaul V.) super quem sacerdos dieu sequens Evangelium secun-dum Johannem, quibus nnvtis dat benedìctîonem;
joutent, qu’après l’Evangile de S. Jean & les prièresqui le suivent , le Prêtre fait baiser F Etole à l’en-sant (e) : & le dernier Rituel de la Province de Reimsdit en termes formels : Le Prêtre mettra fin Etole enforme de croix sur la tête de Pensant , & récitera l’Evan-gile de saint Jean en la maniéré suivante .... ayantrécité cette oraifin , ,, Protector in te sperantium ”,il féra baiser P Etole a Pensant ; qui est justement cequi se pratique à l’égard de ceux qui se font dire desEvangiles.
La même chose se pratique aussi â l'égard des fem-mes qui se présentent à l’Eglise pour être purifiées sprès leurs couches , dans les lieux où cette cérémonieest observée. Car les Rituels de Paris, de Beauvais»de Chartres, de Rouën , de Meaux , que je viensde citer, & beaucoup d’autres ordonnent au Prêtre,après qu’il aura béni le pain q u'elles doivent apporter,de leur mettre le bout de l’Etole fur la tête , de leurdire un Evangile, & ensuite de leur donner l’Etole àbaiser (f).
Ce n’est donc pas être Superstitieux que de fe fairSdire des Evangiles l’Etole fur la tête. Ainsi l’Abbed’Heisterbach , dont parle Césaire d’Heisterbach (g) >qui en dit à une femme obsédée du malin esprit, pro-éhe Aix-la-Chapelle, ne l’étoit nullement. Les paro-les de cet Auteur font remarquables. II écrivoit sonlivre des Miracles , en 12.22. comme il le témoignélui-même (h).
Jean du Verger de Havranne, Abbé de S. Ciran»savoit trop bien sa Religion pour conseiller des obser-vances Superstitieuses aux personnes qui prenoient fe*avis. Cependant il conseillé à un Ecclésiastique deses amis , d’engager une Dame de qualité, dont il a-voit la conduite , de fe faire dire toutes les Semainesun Evangile , l’assurant que cette pratique de piej 6lui fera fort avantageuse. Pour s'humìlier (lui dit-st)(<") fous la puissance des Prêtres de Jesus-Christ , elle fr*toutes les semaines une fois dans me Eglise , où elle se f e *ra imposer les mains & lire un Evangile par le Prêts 1 ’a la fin duquel elle baisera fin Etole avec respeél. Cela (rde plus grande utilité qu elle ne pensera peut-être , parfrsque les plus petites cérémonies & les moindres parolesP Eglise produisent de grands effets , quand on les reff^avec une vraye foi, qui n’est pas toujours petite, lorsqu 0 *en a peu de sentiment , pourvu qu on la témoigne par dfallions d’humilité'. II y a pourtant deux choses extrê-mement importantes a considérer dans la cérémonie <*fe faire dire des Evangiles. L’une regarde les Prêtre*& les Diacres qui les disent ; l’autre les personnes ssí 1fe les font dire. Les Prêtres & les Diacres qui les di-sent doivent éviter avec beaucoup de soin les juste*reproches qu’on leur peut faire , d’indévotion» ^d’interêt sordide , lorsqu’ils les disent fans attentifà la hâte, & comme en courant, lorfquhls ne so* ^sent pas tout au-long , lorsque ne prenant pas CÊdes Messes du jour , ou les tronquant notableme^ils en disent d’autres qui font plus courts, afi° ddire un plus grand nombre, & de gagner davant 3 ?® ’ce qui ne se pratique que trop souvent dans lesEg llK
& les chapelles où il y a grand concours de peup^r ^Les personnes qui fe les font dire doivent aumtenir en garde contre la Superstition, & ne rien f air j
(e) Quo dicto Sacerdos Stolam ori infantis admovebst
landain. xtr e-
(f) Deinde Sacerdos (disent ces Rituels) Stolâ positâ (u* _ e .
mo Stolîe poíìto , ou Stoíse extrema parte) posita super cap^jus , legit Evangelium íèquens. ... & post dat ei stolam aculandum.
(g) L. 6. Miracul. c. n.
(h) L. 10. c. 48. Dum Abbas noster ( dit-il ) anno P rx f^ rar et,monte sancti Salvatoris juxta Aquisgranum , Miíïâm ce "\_j le-finitâ Missâ oblata est mulier obíèflà , super cujus caputgistèt lectionem Evangelicam de Aftensione & ad ìlla ver > • llSter agios manus imfonent & bene habebunt . manumLposuisset . dremon vocem ermstt tam homb.lem . ut o*
terrerentun & Spirit Lcttr . 4z. de la Edit. P- 349 '
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