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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS. , a j

nì dire quì en ait le moindre air & la moindre tache. l’Eglise paroissiale de Mellerai , proche Monrmiral,C’est néanmoins ce que ne font pas. au Diocèse de Chartres, il y avoit autrefois une chai»

1. Ceux qui se tiennent le menton de la main droi- ne de fer attachée à la muraille proche un Autel de 8.te, ou qui tiennent le pié droit élevé , tandis qu’on Liénard, avec laquelle on lioit par le milieu du corpsleur dit des Evangiles , Martin de Arlés, Archidia- les hommes & les garçons , les femmes & les filles,cre de Pampelone (a) , dit qu’il a vu des gens en ces tandis qu’on leur difoit des Evangiles de S. Liénard.postures pendant qu’on chantoit l’Evangile à la Messie. Les Prêtres de cette Eglise se trouvoient bien de cette

2. Ceux qui pour guérir de la gale íe font dire un dévotion, parce qu’elle leur attiroit quantitéd’Evan-Evangile de S. Fiacre en tenant à leur main une chan- Ailes & de Messies qu’on leur saisoit dire , & dont ilsdelle éteinte , dans la pensée que si elle étoit allumée, étoient fort bien payés ; & demeurant dans la bonnela gâle s’allumeroit & s’échaufferoit davantage. Un loi, ils s’épargnoient volontiers la peine d’examiner &Curé de mon voisinage s’étant apperçu de cette Su- de consulter si cette pratique étoit Superstitieuse, ouperstition voulut un jour obliger une femme qui la si elle ne l’étoit pas. Mais un de leurs amis a eu assez

J’-u—— r - -i-c--- -Ide charité , de zélé & de lumières pour les retirer de

& pour en désabuser le peuple, ayant

Pratiquoit , d’allumer fa chandelle , fans quoi il luidéclara qu’il ne lui diroit point d’Evangile. Maisc ette femme lui répondit qu’elle n’en féroit rien , &elle aima mieux s’en retourner fans se faire dire d’E-Vangise.

;. Ceux qui se font dire un certain nombre d’E-Vangiles, pour être guéris de certains maux, s’ima-

cette erreur

ôté cette chaîne dans le même esprit que S. Martin fitdémolir un Autel qui étoit consacré à un voleur quele peuple révéroit comme un Martyr , selon le rap-port de Sulpice Sévére (b) , & que S. Charles Bor.romée fit enterrer les fausses Reliques qu’il trouva

Amant que , si on leur en difoit plus ou moins , ils dans l’Eglise de Liano, fur la rivière de Garde, ainsiN'en guériraient jamais. que le témoigne le Docteur Jussano dans la vie de ce

4. Ceux qui choisissent les heures, les jours & les Saint Cardinal (c).tetns pour se faire dire des Evangiles, & qui ne vou- I2 * Ceux qui mènent leurs chiens malades de ladroient pas , par exemple, qu’on leur en dit avant le rage aux Eglises , ou Chapelles de S. Pierre, de S.soleil levé , ni pendant qu’on célébré la sainte Messe Hubert, ou de S. Denys, les plongent dans les puits,aux autels proche lesquels on les dit , ni après le fo- ûu fontaines voisines , ou leur jettent de l’eau fur lekil couché. corps ensuite de quoi ils leur font appliquer à la tête

■ Ceux qui veulent que les Prêtres, ou les Dia- ses Clefs de ces Eglises ou Chapelles, ou un fer chaud,’Cres qui leur disent des Evangiles, loient à jeun. Sc leur font dire des Evangiles , leur faisant mettre le

6 . Ceux qui pour guérir de la dysenterie, ou flux bout de l’Etole fur la tête ; ce qui est une Supersti-de sang prennent un écheveau de fil tout d’nne tion profane, une vaine observance , un faux culte,'

piéce , font passer la personne malade dans cet éche-veau , en commençant par les piés, puis sc font direun Evangile de S. Fiacre , & donnent l’écheveau defil au Saint.

7* Les nourrices qui pour avoir beaucoup de laitportent au marché un fromage mou & tout dégoû-tant , le vendent & donnent l’argent qu’elles en onte p à la fabrique de saint Pantaleon , après s’être faitdire un Evangile de ce Saint Martyr. Cela sc prati-

que assez communément proche Chartres dans l’Egli- que l’on espère.

une observance des choses Sacrées.

Ì1 y a des lieux à la vérité ou l’on ne dit pas desEvangiles fur la tête des chiens , mais fur la tête deceux qui les mènent , en veue néanmoins de la guéri-son des chiens ; & en cela il y a moins de Supersti-tion : mais il y en a toujours, parce que cet usagen’est point autorisé de l’Eglise:, & que l’applicationde ces clefs , ou de ce fer chaud n’a aucune vertuni naturelle , ni surnaturelle pour produire les effets

sc de Lucé, dont S. Pantaleon est 1 e Patron.

8. Ceux qui pour guérir un enfant du mal appelleen certains lieux de saint Gilles , lient un liard, unsoû, ou une autre piéce de menue monnoye, avec unfil de la longueur de Pensant , recommandent Pensanta S. Gilles , & font dire un Evangile de ce Saint àscn intention.

C’est pour cela qu’on ne doit point appliquer les<-iefs des Eglises , ou Chapelles , ni d’autres Clefs,froides ou chaudes, à la tête des chiens pour les gué-rir de la rage, ou pour empêcher qu’ils ne deviennentenragés. Le Cardinal 1 e Camus, Evêque de Greno-ble , dans les Ordonnances Synodales de son Diocè-se (d) , condamne cette coutume comme profane &

9 - Ceux qui pour faire marcher fans peine les en- Superstitieuse , en ces termes : Les Curés auront foin. ar >s lorsqu’ils ont de la peine à marcher seuls , & fans d’abolir la coutume profane dr Superflitieufe de faire ap-secours de quelqu’un , leur font dire un Evangile pliquer par les Prêtres les clefs de VEglise , ou autres clefs ,

saint Luperce à certain jour de l’année , dans — - u ~— — r — .""""

église dediée à Dieu fous P invocation de ce S. ìtyr. Autrefois à S. Luperce , qui est une paroisse à^Ux lieues & demie de Chartres , on les plongeoirj ^s une fosse où il y avoit de Peau , & qu’on appel-

p 0lt la Fontaine de S. Luperce. Mais depuis que laj, 0 ntaine est tarie, on s’est avisé de leur faire dire unévangile dè S. Luperce.

, o. Ceux qui font dire des Evangiles fur un autelf?«r des personnes absentes, faisant mettre le bout deEtole sur l’autel. Un de mes amis l’a vu pratiqueryîlfi à S. Lubin de Chassant , proche P Abbaye dei Ir on au Perche. Mais ses Prêtres qui disoient ces^Vangises n'étoient pas plus éclairés , ni plus réli-” le Ux que les personnes qui ses leur saisissent dire.

H. Ceux qui font dire des Evangiles de S. Lié-j ar d pour des personnes affligées de certaines maladiesatl £oureuscs , afin que ces personnes guérissent, oujurent bien-tôt , parce (dit-on, par une fade & ri-lc ule allusion) que S. Liénard lie , dr délie. Dans

1*0. Tract, de Superstit. Tit. Quòd observantes dies 8tc. Sicutq u , Vl ^ isse fateor quosdam manu dextrâ mentum tenere intérimOcre Evan S elium cantatur , alios pedem dextrum eleyatum te-

nue pour guérir les chiens qui font enragés , ou pour empêcherMar- qu ils ne le deviennent , fur tout dans les paroijfes dediéesfous l'invocatìon de S. Pierre. M. De Sainte Beu-ve dans ses Résolutions de Cas de Conscience (r), estimequ’on ne peut fans Superstition appliquer , soit auxhommes, ou aux femmes , soit aux bestiaux, le ferchaud appellé La clef de S. Pierre , pour la rage. Il

y a de la Superflition (dit-il) d'améner des hommes dr desfemmes daus /’ Eglise , ou des befliaux d la porte de l'E -glifè , pour les faire toucher par le Pretre avec un ferchaud , pour la rage : Car cet attouchement n a aucunevertu naturelle , ni surnaturelle pour produire l effet qu onen attend , & après avoir apporté quelques raisons &quelques autorités qui semblent excuser cette coutu-me , il conclut : Tout considéré , f estime que c’est unechose à abroger avec prudence par les Prêtres dr par lesPrélats , a cause que la chose a tout Vair de Supersti-

tion.

Cette doctrine cependant me paroît contraire à

ce

que

{b) Lib. de Vit. S. Marti. c. 8.(r) Liv. 6. c. 7.

(d) Tit. 1. art. 3. n. q.

(0 Cas. to. a.

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