DES SUPERSTITIONS.
que raconte Grégoire de Tours 0*) , des Chevauxmalades que l’on menoit à S. Martin, & auxquels onappliquoit les clefs d’un Oratoire qui lui étoit dédiéen Guienne.
Mais si Dieu accordoit ces guérisons extraordinai-res au mérite de la foi de ceux qui menoient ainsileurs chevaux à S. Martin , & à la confiance qu ilsavoient dans les prières de ce grand Saint , il ne faitpas tous les jours des Miracles de cette nature, & desévenemens aussi singuliers que font ceux-ci ne peu-vent pas être tirés à conséquence pour excuser la Su-perstition des Chrétiens, qui sc font appliquer à eux-mêmes , ou qui font appliquer à des chiens , la clefde saint Pierre contre la rage , sans ruiner les princi-pes que les Théologiens ont établis pour reconnoître lespratiques Superstitieuses, & en donner une juste idée.
S. Paulin rapporte (b) que les Fidelles venoient detoutes parts au tombeau & dans l’Eglisc de S. Fé-lix ; que les Paysans y portoient entre leurs brasleurs enfans malades , & qu’après avoir recomman-dé les uns & les autres aux prières de cet illustrePrêtre de l’Eglise de Noie , ils étoient le plus sou-vent guéris avant que de sortir de l’Eglise. Maissi cet exemple peut servir à disculper la dévotion d’al-ler aux Eglises ou Chapelles de S. Pierre , de S. Hu-bert & de S. Denys, & d’y mener des Chiens, pourla rage, il ne peut pas servir à justifier la coutume nide se faire appliquer , ou de faire appliquer à deschiens la clef de saint Pierre , ni de se faire dire desEvangiles, ou d’en faire dire à des chiens, le bout del’Etole fur la tête, puisqu’il n’en parle en aucune ma-niéré ; & ainsi il doit être considéré comme étrangerà la matière que je traite.
CHAPITRE X.
Suite du même sujet.
L’Offertoire , autrefois plus long qu*il rìestà présent , à cause des oblations qui s'yfaisoient. Superstitions qui regardent P Of-fertoire. Abus des T r être s qui disant laMesse hante , sont s ablation du pain &du vin avant l y Evangile , ou durant leCredo. Superstitions des oblations du lait,du miel , des raisins , de la chair , du fro-mage , &c. Si l'on offroìt à Rome unAgneau le jour de ‘Pâques â laMeffe. Su-perstition de cette oblation , selon Wala-fride. Oblation des Agneaux blancs àRome le jour de sainte Agnes. Les Pal-liums des Archevêques se font de la laine
M Voici les propres mots (de cet Auteur, qui est fort su-perstitieux): L. 3. Mirac. S. Mart. c. 33. In Burdegalensi au-teur regione hoc anno gravis caballorum extitit morbus. Apudúrbem verò Marciacensem, qu* in hoc termino continetur, sub-dita ditionibus beati Martini , oratorium est ejus 8c nomini, 8cvirtutìbus consecratum. Denique adveniente supradicta clade ,accedebant ad oratorium vota facientes pro equis, ut ícilicet si e-vaderent , ipsi décimas loco conferrent. Cùmque bis h*c cauíàcommodum exhiberet, addiderunt ut de clave ferrea,quae ostiumOratorii recludebat, caractères caballis imponerent. Quo facto,ita virtus Sancti praevaluit , ut 8c sanarentur qui xgrotaverant,& qui non incurrerant, nihil ultra perferrent.
(6) Voici ses paroles ; In Natali 6 . S. Felicis.
^ernere supe juvat variis speUaculafortnis^nne salut antum, & sibi quaque accommoda votìsosceníum ; -vìdeas etiam de rure colonos,
* onfolum gremio sua f ignora ferre faterno,
e fecoìa agra manu sape introducere secum,
Bt Sanao aua.fi conspicuo mandare lìbenter.
Moxque datamsua confises ad ■vota medelamExperte gaudere Deo, & j am creiere r aJMEt vere plerumque brevi sanatasub ips 0Jfimine l&ta fiât jtttoenta reducere teUìs,
de ces Agneaux. La cupidité des Curés& des Moines rendoit autrefois superfti -tieuses certaines Oblations. Offrandes Su-perstitieuses de clous de cheval & de pains-Des cinq Oraisons qui se disent entre/’Offertoire & /’Orate fratres. Leur anti-quité. Elles ne font point Superstitieuses.
VIII. Utrefois l’Offertoire étoit bien plus longqu’il n’est présentement. Car on yjoignoit piuiieurs versets, soit des Pseaumes, soit desautres livres de l’Ecriture sainte , comme on le voltdans l’Antiphonal de S. Grégoire le Grand; & quel-quefois même on y disoit un Pseaume entier , & onrépetoit l’Offertoire à chaque verset du Pseaume, se-lon le témoignage du Cardinal Bona (c). On répe-toit auffi quelquefois certaines paroles du Pseaumed’où étoit pris F Offertoire de la Messe de la xxi. se-maine d’après la Pentecôte : TJtinam appenderentur pec-cata mea , minam appenderentur peccata mea : OuibiUiram merui , quibus iram merui ; gr calamitas ca -lamitas , & calamitas quam patior hœc gravior appare-nt. La même chose se fait dans les versets fuivans.On en usoit ainsi, afin que les fidelles eussent tout letems qui leur étoit nécessaire pour faire leurs obé-rions , & les Prêtres & leurs Ministres pour les re-cevoir.
Dans l’Eglise de Lyon on répete encore aujour-d’hui à l’Offertoire les versets des Pseaumes à certai-nes Messes ; mais à Rome & dans les autres Eglises,on ne les répete point ; & on tomberoit dans la Super-stition du culte superflu, si on les répetoit maintenantcontre la coutume établie depuis si long-tems.
Ce scroit un culte superflu, & une vaine observan-ce tout à la sois , de vouloir dire un Offertoire à I 3Messe de la veille de Pâques , où l’usage de l’EglÙ?est de n'en point dire.
Le Dimanche des Rameaux pendant l'Offertoire,certaines gens font des croix du buis , ou des autresrameaux qui ont été bénis au commencement de 1®Messe , & les mettent ensuite à la campagne dans le scarrefours & les grands chemins , s’imaginant que le*voyageurs qui les trouveront & les salueront en che-min faisant, ne s'égareront point, & n’auront aucunemauvaise rencontre ce jour-là. Mais c’est une vain?observance, & une observance des choses sacrées.
IX. On voit souvent des Prêtres dans les villes»comme a la campagne , qui pour abréger le tems desMesses hautes qu’ils célèbrent, font l’oblation du pai n& du vin avant que de dire l’Evangile, tandis que ^cœur chante le Graduel, YAleluia , le Trait , ou 1 JProse; ou après avoir dit l’Evangile tout bas, &t an 'dis que le chœur chante le Credo. M ais cette c ° n *duite bien-loin d’être autorisée par les Conciles , P arles Pérès, ou parles livres Ecclésiastiques, est ^' re< Etement opposée aux Rubriques de tous les Missels ; ^ceux qui la tiennent renversent l’ordre des cérem 0 'nies de la Messe , & des Mystères qui y sont renfe r 'més , & se rendent coupables de la Superstition ° Ufaux culte, & de la vaine observance. ..
Cet abus a été fort bien remarqué par l’Auteur ( /du livre De la meilleure maniéré d’entendre laJldejfe. Voici comment il en parle : ,, (e) Dans,, Messes hautes (dit-il) il y a des Prêtres qui P e °^,, dant qu’on chante le Credo , font en leur pa rtlC „ l1„ lier toutes les oblations & prières qui font marqu?
„ depuis l’Offertoire jusqu’à la Préface , & seiubl^,, ainsi ne donner aux affistans aucune part de ce stjj„ disent fans eux. Mais ces Prêtres en cela s e o1 ^„ gnent fans doute de l’ordre du Sacrifice. Car Joffrent à Dieu ce qu’ils n’ont pas encore reçu
1 „ P ett '
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(c) L. 2 . Rer. Liturg. c. 8. N. z.
(d) Feu M. I.e Tourneux. .
(e) Au chap. 4.