DES SUPERSTITIONS.
CHAPITRE III.
Des Superstitions qui regardent les vases sa-crés, les habits Sacerdotaux , les instru-mens Sc les ornemens dont on se íèrtpour dire la Meflè.
*Dans la primitive Eglise on disoit la Messeavec des habits communs & des calices debois , apparemment à cause des persécu-tions i mais cela ne dura pas. S’il y a del’indécence ô 1 de la Superstition aux Prê-tres à quitter leur collet ou rabat , pourdire la Messe ? Quelques réglemens parti-culiers le défendent ; mais des raisons debien-Jéance semblent le permettre. II rìya pas de Superstition aux T r êtres Grecsde bénir & de baiser chaque ornementqu’ils prennent pour la Liturgie ; il y enauroit aux ‘Prêtres Latins s’ils le fai-foient , quoiqu'on le fît autrefois en Occi-dent. Célébrer , ou servir à P Autel avecdeux Etoles , c'est Superstition , ainfi quefaire servir les vases & les ornemens sa-crés à des usages profanes. S'il y en a àfaire servir des habits d'hommes , ou defemmes i à faire des chasubles , des tuni-
f ues , des c happe s , &c. Sentimens des'héologiens & des Canonistes opposésfur cela. Exemples qui semblent prouverque ‘Dieu n y agrée pas qu*on employé des or-nemens mondains à faire des habits & desvases sacrés.
L E Fils de Dieu i (dit le Président Duranti (a)}ne prit point d’autres vêtemens pour célébrer lasainte Cène avec ses Disciples, que ceux qu'il portoitd’ordinaire.
Dans la naissance de l’Eglise on disoit la Messe fansbeaucoup de cérémonies , & en habits communs &ordinaires. Walasride le Louche ( b) le témoigne entermes précis, & il ajoute que de son tems on disoit,que certains Orientaux en usoient de cette sorte. Ho-noré, Prêtre de l’Eglise d’Autun , marque (c) queles Apôtres & leurs successeurs célébraient les sacrésmystères avec leurs habits accoutumés , & avec descalices de bois. Durand assure (d) que dans la pri-mitive Eglise on sacrifioit dans des vases de bois & a-vec des vêtemens communs , parce qu’alors les cali-ces étoient de bois, & les Prêtres d’or , mais qu’au-jourd’hui c’est tout le contraire : Raoul de Rivo ( e)dit qu’au commencement de l'Eglise les Apôtres cé-lébraient les saints Mystères , en sanctifiant la croixpar le signe qu’ils en faisoient , & en récitant l’Orai-son Dominicale , avec leurs habits ordinaires & avecdes calices de bois. Et c’est peut-être pour cela quele Jacobin Antoine de Grossot de la Valteline , aurapport de Fra-Paolo (f) , soutint avec beaucoup de
0 ») L. i. de Rit. Eccles. c. 9. n. Christus in Csena Sacra-wentum inflituens, non aliis quàm propriis vestibus uíus est.
(6) L. de reb. Eccles. c. 14. Primis temporibus communi in-dumento vestiti Miflâs agebant, ficut & hactenus quidam Orien-tal) um facere perhibentur.
(c) In Gemma, ani. I. 2. c. 89. Apostoli 8c eorum succestòresin quotidianis vestibus 8c ligneis calicibus Miflâs celebraverunt.
(d) L. 1. Ration, c. 3. n. 44. In primitiva Ecclesia làcrificiumfìebat in vaus ligneis 8c vestibus communibus. Tune enim erantlignei calices & aurei Sacerdotes. Nunc verò contra est.
(e) Propos. 2 J. Ab initio cùm effet novella Ecclesia , Apostolicum íànctificatione crucis , Lc oratione Dominica, Lî in quoti-dianis vestibus 6c ligneis calicibus celebrabant.
(f ) L, 6. de l’Histoire du Concile de Trente.
fermeté dans le Concile de Trente , (ce qui toutefoisne fut goûté que d’André Duditius , Evêque descinq Eglises en Hongrie , qui couvoit déja le veninde l’hérésie qu'il fit éclore quelque tems après;) quesi les Anciens revenoient au monde , ils ne reconnoî-traient point les vêtemens, les vases , ni les autres or-nemens , soit des Ministres sacrés , soit des Autels;tant ils sont différens de ceux dont on se servoit dansles premiers siécles de l’Eglise , ainsi qu’on le peutreconnoître non seulement par la lecture des livres &des Auteurs , mais encore par les sculptures & lespeintures.
Or cet usage de dire la Messe en habits communs& ordinaires, & avec des calices de bois, dura quel-que tems , apparemment à cause des persécutions,pendant lesquelles l’Eglise n’étoit pas riche en orne-mens , & les Prêtres n'avoient pas la liberté de s’assem-bler & d’offrir le sacrifice rédoutable de nos Autels,avec toute l’honnêteté & toute la bien-séance qui luiest dûe. Il est constant néanmoins que du tems de S.Jerôme on célébrait la Messe avec des habits particu-liers , qui étoient différens des habits civils & com-muns. Car il marque (g) positivement que les orne-mens dont la divine Religion se sert pour le ministèredes? Autels sont tout autres que ceux dont elle se sertdans le commerce ordinaire de la vie civile.
1. Ainsi il y auroit de la Superstition & de Tabiisà dire la Messe avec des habits communs , & fans eaavoir de Sacerdotaux, quoi que dans la pensée du Pré-sident Duranti, de Walasride , d'Honoré d’Autun,de Durand , & de Raoul de Rivo , on l’ait dire au-trefois de cette façon. De savoir si un Laïque, parexemple un Empereur, ou un Roi, qui servirait deSoûdiacre, ou de Diacre à une Messe solemnelle, é-tant revêtu des habits de Soûdiacre , ou de Diacre,tomberait dans la superstition , c’est ce que je isole-rais dire, après ce que j’ai lu dans Y Abrégé de Meze-rai fur l’an 1414. ,, Qu’en cette même année le 16.„ Novembre au Concile de Constance le Pape Jea st,, XXIII. disant la Messe de minuit l'Empereur Si-,, gismond lui servit revêtu des ornemens de Soudia-,, cre ” ; & dans la Chronique de Berri Roi d’arme*de Charles VII. rapportée par Godefroi dans l'histoi-re de Charles VII. „ Que lors que cet Empereur sot„ couronné à Rome l’an 1432. par Eugene IV. il /„ dit l’Evangile à la Messe de ce Pape , revêtu
,, ornemens de Diacre.
2. Les sorciers & les malsaicteurs employent sotf-vent des morceaux des Aubes , des Amits, des Eco-les , des Manipules , des Chasubles , des Tuni-ques, des Nappes, & des Paremens des Autels, p oUtfaire leurs sortilèges & leurs maléfices ; ce qui est u ° esuperstition exécrable.
z. Pour guérir ce qu’on appelle le feu sauvage, &d’autres semblables maladies, il y a des gens qui ap reSla Messe, font du vent fur les personnes qui en f° ntmalades avec un Missel , ce qui est une vaine obser-vance , une observance des santés , & une observancedes choses sacrées , (h) que S. Bernardin de Sse nsleexplique.
4. On ne peut croire fans superstition , qu’il ^qu’il y ait un certain nombre de cierges & de chan-delles allumées à une Messe que l’on célébré , ou s el’on fait célébrer pour obtenir l'effet qu’on en esp crC ’& que s’il y en avoir plus , ou moins , on n’obssdroit pas cet effet. Le Concile de Trente le dec* 3re (i) positivement, & cette déclaration regarde 311 ^
C?) 1 ° cap- 44. Ezechiel. Religio divina ( Jit-il ) alterumtum habet in mimsierio alraris, alterum in uíu vitaque com® ^
(h) En ces termes: Serm i in 40. art. c. 2. to. 1.infirmitati, dictâ Missa, faciunt fieri, loco flabelli, venturstMislTali super aegrotutn, ut sanetur. . . , c Mjs.
(/) Par ces paroles : Decret. de obser. & vit. m licri >seff. ai. Quarumdam Missarum & candelarum certum nuin»“oui magis a fuperíHtíoio cultu , à veia Religions
est, omurno ab Ecclesu rçnaoveaut Episcopi.