DES SUPERSTITIONS. 117
ccux qui affecteraient de dire la Messe ou de la fairedire avec un certain nombre de croix , de chande-liers , d’images, de tableaux & de bouquets fur lesAutels.
Certains Ecclésiastiques vétilleux prétendentqu’il est tout-à-fait indécent & même superstitieuxaux Prêtres de quitter leur collet ou rabat pour la di-te. Ils appellent ordinairement ceux qui la disentfans collet , des Prêtres décollés , & ils justifient cetteindécence & cette superstition prétendue par deuxOrdonnances , l’une de Mr. le Cardinal de Sourdis,Archevêque de Bourdeaux , C d) l’autre de Mr. deSolminiac , Evêque de Cahors. (b) Elles font tou-tes deux conçûes presque dans les mêmes termes queVoici: ,, Etant avertis , que certains Prêtres portans-, des rabats empesés les quittent és Sacrifices, quand„ ils y viennent, & pendant qu'ils célèbrent la sainte„ Messe, & puis les reprennent & contregardent fur,, eux avec un foin efféminé : Nous défendons très-s, étroitement aux Recteurs & Sacristains des Eglises-, Parochialles, & Maisons Religieuses, de laisser cé--, lébrer lesdits Prêtres , qui porteront ces grands ra--, bats empesés, & qui les laissent quand ils célèbrent,-, & reprennent après curieusement, sur peine de nous„ en prendre auxdits Recteurs & Sacristains.
Mais je les supplie très-humblement de considérer,Que le collet ou rabat n’a jamais été mis au rang desornemens sacerdotaux & qui sont nécessaires aux Prê-tres pour célébrer les saints Mystères avec décence.
Qiie les Prêtres ont dit très-longtems la Messe fanscollet , l'usage des collets n’ayant pas deux siéclesd'antiquité, comme il est clair par les Barnabites , les,Théatins, les Jésuites, & les autres Clercs Réguliers,qui n’en ont point encore aujourd’hui , parce qu’ilsont retenu le premier habit de leurs fondateurs , dutems desquels les Ecclésiastiques ne portoient pointde collets.
Que les Moines ont toujours dit 8 c qu’ils disentencore à présent la Messe sans collet.
Que comme on ne trouve pas qu’il y ait ni indé-cence ni superstition qu’un Moine, un Barnabite, unThéatin, un Jésuite, dise la Messe sans collet, on neVoit pas qu’il soit messéant à un Prêtre séculier de ladire sans collet, ni qu’il y ait en cela de la superstition.
Qu’il n’y a nulle loi génerale qui défende aux Prê-tres de dire la Messe fans collet.
Que les deux Ordonnances qu’on allègue sont par-ticulières pour les -Diocèses de Bourdeaux & de Ca-hors ; qu’elles n'obligent que les Prêtres de ces deuxdiocèses : encore íeroit-il bon de savoir si elles y fontMaintenant en vigueur, & si elles n’ont point été ab-ío gées par un usage contraire ? Qu’elles ne parlent deSuperstition en aucune maniéré , & qu’elles ne con-damnent que les Prêtres qui par un foin efféminé , &curiosité affectée , quittent leurs collets pour direJ a Messe ; mais* qu’elles ne condamnent pas ceux quies quittent en vue de conférer la propreté qui con-sent si bien à leur profession , pourvu qu’ils ne leí a ssent point par affectation. Car , comme dit fortsaint Jerôme (c) , il ne siet pas à un Chrétien'âc moins encore à un Prêtre) d’affecter ni la mal-pro-Ç ref é, ni la propreté dans ses habits : parce que l’unl a molesse , & l’autre la vaine gloire, qui sontdeux vices qu’on doit également éviter , selon le sen-tent de ce Père (d)- Ainsi c’est pousser trop loina délicatesse , de s’imaginer qu’il y a de l’indécence9 Ux p r ê tr es, de quitter leur collet pour dire la Messe,"r s’il n > v a pas d’indécence à le quitter , commenth°Urroit-íl y avoir de la superstition ?
1®) Ordon. du Dioc. de Bourd. tit. 25. p. 156.
: 1 Stat. Synod. de Cahors, c. 1 .
Epist. a d Eustoch. de custod. Virgin. Nec affectata: sordes,c jxquisit* munditite conveniunt Christiano.ff.V Epist. ad Nepotian. de vit. Cleric. 8ç Sacerdot. _ OrnatusïUrv.° r ^ es P^fîTnodo fugienda lunt , quia alterum dclicias, alte-gloriam redolet.
Tome II,
Ceux qui y trouvent de l’indécence sont en pîtiSgrand nombre que ceux qui y trouvent de 1a supersti-tion. Mais les uns Lc les autres sont pour k plupartdes gens qui abondent en leur sens , & qui n’ont rienà gâter en disant 1 a Messe , des gens sáns collet, des:gens à petit collet, ou des gens qui portent des man-chettes à leur collet, & qui par conséquent sont sus-pects en cette occasion , & ne méritent pas qu’onfasse attention à leur censure.
6- Un Prêtre ferait superstitieux qui diroit ìâMesse avec un Pallium , comme font les Archevêques,ou avec des ornemens Episcopaux, des sandales, desbrodequins , une croix pectorale , une tunique, unedalmatique , des gants , un anneau, une mitre, &une crosse ; s’il croyoit par là honorer Dieu davan-tage.
7. Un Evêque, ou un Prêtre de l'Eglise Latine lsferait aussi s’il k disoit dans 1a même pensée avec lesornemens des Evêques & des Prêtres de l'EgliseGrecque , ou avec une dalmatique , au lieu d’unechasuble.
8. Les Evêques & les Prêtres d’Occident seraient!encore coupables de Superstition , si toutes les foisqu’ils s’habillent pour célébrer le Sacrifice ils bénis-soient & baisoient tous les ornemens sacrés dont ilsdoivent être revêtus , selon ce qui s’observe parmi lesGrecs , comme nous le voyons dans k Liturgie désaint Jean Chrysostome. Car ces bénédictions & cesbaisers regarderaient le culte superflu ; quoiqu’autre-sois les Evêques eussent accoutumé de bénir tous lesornemens qu’ils prenoient pour dire 1 a Messe , ainsiqu’il est porté par l’ancien Missel de Ratoldus, Ab-bé de Corbie , que le P. Ménard a donné au publicà la fin du Sacramentaire de saint Grégoire , & où àchaque ornement que le Ministre présente à l’Evê-que, il lui dit : Tu Domine optamus jubeas benediceráomnes, ou, Jubé benedicere , ensuite de quoi l’Evê-que les bénit chacun en particulier.
9. Les Diacres , les Prêtres & les Evêques agi-raient contre la défense & l’usage de l'Eglise , s'ils c-toient revêtus de deux étoles à l’Autel. Le 4. Con-cile de Tolède (c ) , en 633. le défend expressément;&' c’est pour la même raison que le quatrième Conci-le de Brague (/ ) , en 67;. veut que les Prêtres, lors-qu’ils disent k Messe , ayent le coû & les deux é-paules couvertes d’une feule Etole.
10. Les ornemens sacerdotaux , & les vases Ecclé-siastiques étant consacrés à Dieu par une bénédictionparticulière , il peut y avoir de la superstition à lesemployer à d’autres usages qu’à ceux auxquels l’Êgli-se les destine. Le Cardinal de C usa (g) le décidenettement. Voilà pourquoi le Canon In sianfta (h)déclare que c’est une chose indigne de faire servirles vases sacrés du Seigneur , quels qu’ils soient,à des usages humains. Le Pape Etienne I. au rap-port d’Anastase le Bibliothécaire (i) , défend auxPrêtres & aux Diacres de porter leurs habits sa-crés
(c) C. 40. Orariis duobus ( Jìtiï) nec Episcopo quidem licet ,nec Presbytero uti; quantò magis Diacono , qui minister eorumest ? Unum igitur orarium oportet Levitam gestare in sinistre»humero, propter quod orat, id est, prsedicat : dexteram autempartem oportet habere liberam, ut expeditus ad imnifrerium íà-cerdotale discurrat. Caveat igitur à modo Levita gemino utiorario , íèd uno tantùm. Sc puro , nec ullis coloribus, aut auroornato.
(f) C. 4, Cùm Sacerdos ad íolemma Miíiarum accedit, aut
pro íê Deo íàcrificium oblaturus , aut Sacramentum corporis &íânguinis Domini nostri Jesu Christi íùmpturus , non aliter ac-cédât , quàm orario utroque humero circumseptus, ita ut de unôeodemque orario cemcem pariter 8c utrumque humerum pre-mens, signum m suo pectore prasferat crucis. F
(g) En ces termes: To. 2. Exercit. U. ex sermon. Ibantma-
gi . 8cc. A res consecrat* ad aliud quam proprium usum a P pli-centur, est superstitio. r rr
(h) Deconsecr. dist. 1. Indignum valde est ut sacra Dominivafà 9 quaecumque íînt, humanis uíìbus íerviant,
(*) I n e î us vita. Hic constituit Sacerdotes 8c Levitas vestibuîsacris in uíù quotidiano non uti , 8c nisi in Ecclesia tantùm,
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