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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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crés hors de T Eglise, & de s’en servir à des usages pro-fanes. Le Canon veflimenta (a) qui est tiré d'uneDécrétale faussement attribuée à ce Pape , fait la mê-me défense. Le quatrième Concile de Brague (b)défend aux Clercs 8c aux Moines , fous peine de dé-position, & aux Laïques fous peine d’ex communica-tion perpétuelle , de fe servir des vases sacrés & desornemens Ecclésiastiques , pour leurs usages particu-liers , de les faire vendre, ou de les donner. Le Ca-non Ad nuptiarum (c) ne veut pas que l’on fasse ser-vir aux noces les vases , ni les ornemens de l’Autel,de peur de les souiller & de les rendre indignes dessaints Mystères , & le Canon Nemo ( d ) témoignéqu’on ne doit point ensevelir les corps des Laïquesdans les nappes des Autels , & que les Diacres, quile féront par legereté , ou par mépris, seront séparéstrois ans & six mois du saint Autel , & suspens desfonctions de leurs Ordres.

ii. S’il peut y avoir de la superstition à faire ser-vir les ornemens & les vases sacrés à des usages pro-fanes , il pourroit bien y avoir aussi de l’irrévérenceà faire servir des choses profanes à des usages sacrés :par exemple , des habits d’hommes & de femmes,des manteaux , desjuppes, des voiles, des chaises,des fauteuils, des lits, des courtes-pointes, des tapis,des tapisseries, & d’autres ameublemens mondains , àfaire des chasubles , des tuniques, des dalmatiques,des chappes, des voiles de calices, des dais pour por-ter le saint Sacrement, &c.

Les Théologiens & les Canonistes ont deux senti-mens fur ce sujet. Les uns croyent qu’on peut sansirrévérence, fans profanation, fans superstition, faireune chasuble & un ornement d'Autel de l’habit d’unhomme, ou d’une femme. Les autres en jugent d’unemaniéré toute opposée. Mais s’il m’étoit permis icide prendre parti , je me déclarerois volontiers en sa-veur du dernier sentiment, parce qu’il me paroít plusrespectueux & plus digne de la Majesté de Dieu , dela sainteté de nos Eglises , & de la vénération qui estdûe aux Offices divins , & au plus terrible de nosmystères. Il est d’ailleurs appuyé fur l’autorité deplusieurs Ecrivains célèbres. En voici trois qui seprésentent à ma mémoire. r

Le premier est l’Auteur de la Glose du Canon Adnuptiarum (e) , qui dit formellement qu’on ne doitpoint faire de chasubles, ni d’autres ornemens Ecclé-siastiques de l’habit d’une Dame , ni d’une autre per-sonne.

Le second est Guillaume Durand (/) , qui deDoyen de l’Eglise de Chartres fut Soûdiacre & Cha-pelain du Pape, puis Auditeur de Rote, & enfin E-vêque de Mande , & qui dit aussi formellement quecet Auteur , qu’on ne doit point faire de chasubles,ni d’autres ornemens sacrés de l’habit de quelque per-

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sonne que ce soit. Et le troisième j Pierre Grégoirede Toulouse (g), ce fameux & savant Jurisconsulte ,qui témoigne, conformément à la pensée de Durand »8c de l’Auteur de la Glose du Canon Ad nuptiarum »qu’il est défendu de faire des chasubles , ni d’autresornemens d’Eglise, de l’habit d’une femme. Aujour-d’hui cependant on ne fait nul scrupule du contraire.On allègue même quelques exemples pour disculperune conduite qui paroit si peu régulière ; & sur toutcelui d’un Supérieur du Monastère de saint Udalric

6 de sainte Asie d’Ausbourg , qui fit faire une dal-matique & d’autres ornemens, des habits qu’une Da-me fort riche & fort noble envoya à ce Monastère»en reconnoissance de ce qu’elle avoit été délivrée dûdémon par les prières de ce saint Evêque d’Ausbourg*(h) L’Auteur du livre des miracles de ce Sainten rapporte l’histoire : mais ce qu’a fait un Moineparticulier par simplicité, ou par ignorance, ou peut-être pour épargner à son Monastère la dépense d’unedalmatique, & de quelques autres ornemens, peut-ilêtre tiré à conséquence & servir de régie à toute l’E-glise ? Les personnes & les faits singuliers , dit fortbien Saint Fulbert (i) r Evêque de Chartres, ne pré-judicient point aux loix génerales : ce qui est confor-me à la maxime de saint Jerôme (k.) , & du vénérableAbbé Guibert (l).

On dit encore, qu’à la vérité il y auroit de l’indé-cence si on ne béniíloit pas les ornemens faits d’habitsd’hommes , ou de femmes, avant que de s’en servirpour la célébration des saints mystères ; mais qu'étantbénis auparavant, il n’y a pas plus de mal à les porterà l’Autel, qu’il y en a à consacrer des maisons profa-nes , & des Temples des Idoles au culte du vraiDieu, & à les convertir en Eglises , comme ont faitautrefois les Apôtres & tant d’autres Saints illustres;,8c comme saint Grégoire Pape (m) ordonne à l’AbbeMellitus de dire à saint Augustin de le faire en An-gleterre. Mais ce sont des Apôtres, ce sont des Saintsillustres , & inspirés de Dieu , qui en usent ainsi fc’est un grand Pape qui le conseille. Et pourquoi?pour deux raisons. L’une afin de fortifier peu-à-p elíles Infidelles dans le Christianisme , en les invitant dffvenir adorer le vrai Dieu dans les lieux où ils avoien*accoutumé de s’assembler pour adorer les fausses Divi-nités , ainsi que les dernieres paroles qu’on vient dsrapporter de saint, Grégoire le marquent bien clai-rement. L’autre , par une espèce de nécessité, cau-sée par l’impoffibilité & l’impuissance où ces Saints I etrouvoient souvent de bâtir de nouvelles Eglises poUjassembler les nouveaux convertis , & leur faire prati-quer les exercices de la Religion Chrétienne qu’ils ve-noient d’embrasser. Ni l’une , ni l’autre de ces rai-sons ne peut s’appliquer au fait dont il s’agit. Il u f

(a) Dist. lit. Vestimenta Ecclesiastica , quibus Domino mini-ftratur, 8c sacrata debent elfe 8c honesta : quibus , aliis in usibusnon debent frui quàm in Ecclesiis, 8c Deo dignis officiis.

{b) Cap. Períbna quse íciendo divina vaíà , vel ministeria,aut in usus suos transtulerit, aut comedere în his , vel poculumsibi sumendum elegerit , gradus fui. vel officii periculum fusti-nebit : ita tamen ut , si de fecularibus fuerit, perpétua excom-munications damnetur , si veto Religiofus , ab officio depona-tur. Sub hac quoque damnationis íèntentia 8c illi obnoxii tene-buntur, qui Ecclesiastica ornamenta , vêla, vel quaelibet alia in-dumenta , atque etiam utensilia , sciendo in usus fuos transtule-rint, vel aliis vendenda, vel donanda crediderint.

( c ) Dist. ead. Ad nuptiarum ornatum divina ministeria nonpraestentur : ne, dum improborum contactu, pompaque fecula-ris luxuriae polluuntur , ad officia íàcri ministerii videantur in-digna.

00 Ibid. Nemo pet ignorantiam Clericus mortuum credat ob-volvendum, aut Diaconus scapulas operire velit pallâ quas fuit inaltari, aut certè quse Diacono data est in mensam Domini. Quihaec recerit vel leviter, quasi nihil 8c negligenter habuerit divinaMysteria , Diaconus triennio fexque mensibus à Dominico eritalienus altan, gravi percuffus anáthemate.

(e) Loc. cit. E* veste alicujus Dominae, vel alterius , non dé-bet fierl caíula, vel aliquis ornatus Ecclesise.

(f) L. I. r-d-47- Ex veste cujuscumque períò-

nx fieri non débet caíula, vel aliquis abus facris mysterus députa-nts ornatus.

(g) L. i. Partition, jurif. Con. ícholio ad c. 4. litt. c. P**^ 1 ■

bitum ast ne ex veste alicujus mulieris fiat casula , vel alius ° rI1tus Ecclesiae. „ e ,

(b) En ces termes : Num. 20. p 466.1*0.5. Aâor. 88.0rd.8-^ned. Matrona à dxmonio libetatai 8c fensui lànitatique restituta,ta vestimenta sua quibus eodie induebatur, cum caligís & ca . ^mentis ad fepulcrum sancti Udalriíi per nuntios misit: quibus ct*?prxccpit ut ibi nuntiarent, qualiter Domino concedente petmérita est liberata. Wicfridus ejusdem loci prxpositus , st 111iam 8c custos Ecclesise eo tempore manfit, de froco ejusdem •tronx dalmaticam fieri fecit, 8c alia ejus vestimenta sicut ad ^íérvitium compofuit , ut hoc signum mifericordix Dei í'ccQptiùs posteris in recordatione maneret. ,- oî i#

(i) Epi st. 61. Legi communi Sc univeríàli singulares p erlvel caufae non pratjudicant.

(h) In cap.! r. J on*. j e >

(i) L. 3. depignorib. 88. c. 1. §. 2. Privilégia singulorum

gem non possunt faceré communem. ^

(m) L. 9. Epist. Indict. 4. Epist. 71. Dicite (ce sont les t* eles de saint Grégoire ) quia fana Idolorum destrui in eademAnglorum minime debeant , sed ipsa , q u3e in . eis sunt. 10 ^destruantur. | Aqua benedicta fiat, in eisdetn fanis aspergatur. ^taria construantur, Reliqui* ponantur : quia si fana eadejn ^constructa íunt , necesse est ut à cultu daemonum in ob eqveri Dei debeant commutari : ut dum gens ìplà eadem avider destrui , de corde errorem deponat, 8c Deum verunoscens Sc adorans ad loca quse consuevit familiarius concu