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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPER

a point d’ïnfidéles parmi nous qu’on piiisse fortifierdans la foi Chrétienne , en faisant servir des habitsmondains à de saints usages. Et quelle néceíïìté ya-il de prendre des habits mondains , pour en fairedes ornemens , qu’on peut plus legitimement faired’étoífes qui n’auront point été employées à des usa-ges profanes? Je trouve des exemples dans l’antiquitéqui m’empêchent de croire que Dieu agrée cette pra-tique. Saint Théodore, Archimandrite, (a) refusade fe servir au saint Autel d’un calice d’argent par-faitement beau, parce qu’il avoit été fait d’un pot-ì-eau qui avoit servi à une femme de mauvaise vie,& il obtint de Dieu par ses prières , que ce caliceparût très-noir aux yeux des hommes.

Le saint Evêque Nonne, à qui sainte Pélagie laissaîa disposition de tous ses biens, qui étoient extréme-taent considérables, défendit très-expreílément & fouspeine d’excommunication d’en porter quoique ce fût,ni dans la maison de l’Evêque, ni dans l’Eglife, par-ce qu’elle les avoit acquis par ses infâmes commerces ;& il commanda qu’on les distribuât aux veuves, auxorphelins & aux pauvres, afin que ce qui avoit étégagné par crime , fût utilement & saintement em-ployé, & que les richestes d’une pécheresse fussentchangées en des trésors de justice, ainsi qu’il est ditdans la vie de cette (b) fameuse Pénitente.

Enfin Perinthius Evêque de Byzance avoit achetéd’un Orfèvre un vase d’argent qui avoit appartenu àUn Magicien nommé Paulin, pour le mettre à la placed’un vase d’airain où l’on recueilloit l’onguent pré-cieux qui couloir des Reliques de sainte Glycérie ,croyant par là honorer davantage cette Martyre. Maisil ne l’eut pas plutôt placé, que la Sainte en eut hor-reur ( selon le témoignage de Nicéphore ) (c) 8c quel’onguent cessa de couler, comme il avoit coutume defaire ; dequoi Perinthius étant surpris, il eut recoursaux larmes & aux prières : & Dieu lui ayant fait con-Uoître fa faute, il ôta aussi-tôt le vase d’argent & re-wit celui d’airain où il devoir être, & l’onguent coû-ta comme auparavant. ;

C H A P I T R E IV.

Des Superstitions qui regardent les dispo-sitions extérieures avec lesquelles ondoit dire la Meslè.

-1/ y a de la Super(lition I. A ne pas •vou-loir dire la Messe dans une nécessité pres-sante fans s*être confessé fiorsqu'on se sentcoupable de quelque pêché mortes & qu’onnesçauroit avoir de Confesseur, t. A nepas la vouloir dire fi on ria dormi aupara*vant. z. A ne pas la vouloir dire qu’a-près avoir pris une noix confite . 4 * A nepas la vouloir dire fans auparavant avoiravalé un verre de vin , ou mangé du painbéni. f. A ajfedier de la dire avec lesplus beaux ornemens & à P Autel le mieux

, («) I n eìus vita. Le scrupule dont il s’agit étoít un vrai scrupu-^'de Moine. Dieu 8t la Religion sont au dessus de ces petitesatte ntions.

U>) C. 10. apud Surium, 8, Octob. Confestim Epsscopus ac-«fivit ad fe seniorem Ecclesise Custodem, eâque prsesente omnesac ultates ejus illi tradídit: „ Adjuro te (inquiens) per ínscpara-’> biletn Trinitatem, nequid e% his rébus inferatur vel in Episco.*’ P' domum, vel in Ecclesiam : sed in viduas 8t orphanos &’* Pauperes erogent ur omnia ut qu se malè & per scelus parta’’ tunt, bené 8c religiofê expendantur, 8c opes peccatricis con.s> y ertantur in justitiíe thesauros”.

( c ) L. 18. Hist. Eccles. C. zr. Ille statim (dit cet historien )ìnteam phialam fubducit 8t priorem illam a-’ream, perinde at-^ u . e Puram 8e quasi virginem atque immaculatam ( ministram, cul-fr 1 re 'igioso restituit. Et ecce tibi de repente unguentum rursum- îturit 8c miraculorum latex denuo exundat.

S T t T I O N S. ìtp

paré d’une Eglise. 6. A la dire en éperons& en épée. C’est une indécence de la direles piés , les jambes , ou les cuisses nues.

C E que nous aVons ci-devant (d) remarqué desSuperstitions qui regardent les dispositions ex-térieures & corporelles avec lesquelles les Laïques doi-vent s’approcher de la Communion, peut servir à sas*re comprendre les Superstitions que les Prêtres peu-vent commettre en fe préparant â la célébration dessaints Mystères. II fera bon néanmoins de répéter icien peu de paroles ce que nous en avons dit, & d’yajouter quelque chose.

r. Un Prêtre feroit plutôt facrilege que Supersti-tieux s’il s’approchoit des saints Autels avec une con-science souillée de crimes, avant que d’avoir conçUla douleur nécessaire, & s’être confessé, le pouvantfaire. Mais aussi feroit-il plutôt superstitieux que sa-crilège , si, étant dans l'obligation de s’en approcherpar le devoir de fa charge, ou de son emploi, il re-fusoit de le faire parce qu’il fe sentirait coupable dequelque péché mortel dont il feroit contrit, maisdont il ne pourrait fe confesser faute de Confesseur.Le Concile de Trente (e) a levé tous les scrupulesqui lui pourraient venir de cette disposition & décette impuissance, lorfqu’il a déclaré que les Prêtres ,en cas de néceíïìté pressante, peuvent dire la Messefans s’être auparavant confessés, encore qu’ils fe sen-tent coupables de péché mortel, pourvu qu’ensuiteils fe confessent, auísitôt qu’ils auront trouvé un Con-fesseur. Mais cela regarde bien plus les dispositionsintérieures, que les extérieures.

2. Ce feroit un culte superflu & une vaine obser-vance à un Prêtre de ne pas vouloir dire la Messe,s’il n’avoit dormi la nuit précédente. Car outre queles veilles ne font point un obstacle à la célébrationde la Messe, qui doute que ce Prêtre rte fût en étatde la dire, s’il avoit passé cette nuit en prières, ou àquelque autre sainte occupation, comme à admini-strer les Sacremens aux malades, â lès consoler, â lesservir dans leurs,besoins, à rendre ail prochain quel-ques offices de charité ?

z. Il tomberait dans les mêmes superstitions , &-encore dans celle du faux culte* shl s’imaginoit q.u’i!lui fût permis de prendre une noix musquée ou con-fite, on quelqu’autre aliment de bonne odeur avantque de dire la Messe, afin de se mieux préparer à re-cevoir l’Eucharistíe , comme faisoit le bon Prêtredont parle le Cardinal Caïetan dans fa Somme (f).

4. II se rendrait coupable des mêmes péchés, sipour avoir plus de force de corps & d’esprit, &pour recevoir son Sauveur avec plus de joie, il croyoitpouvoir en fureté de conscience, avaler un verre devin, ou manger un morceau de pain béni, avant quede dire la Messe, Grégoire de Tours (g) rapporteque le Prêtre Epachius fût ( h) puni exemplairement

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(d) L. Z. chap. 6 .

(e) Sess. 13. c. 7. Ecclesiastica consuetudo (dit cette saintéttiïemblée ) déclarât, eam probationem neceílariam este , ut nullusíìbi confcius mottalis peccati, quantumvis fíbi continus videa-tur, absque prsmissa Sacramentali confessione, ad lacram Eu-chatistiam accedere debeat. Quod à Christian,s omnibus. et.amab iis Sacerdotibus, quibus ex officio incubuent celebrare, hxcsancta Synodus perpetuò servandum esse decrevit, modo non dé-fit illis copia Confessons. Quòd si necessitate urgente Sacerdos,abíque praevia confeífiosle celebraverit, quam primum conlìtea-tur.

(/) V. cofnmunio íàcram. n. i.

(£) L. 1. Mirac. de glor. Mart. c. 87. Nec dubitat miser vîtiomadefactus ( dit-il) appetere quod jejunus quisque non fine metupotest terrente conseientia explicare. Verùm ubi explicitis verbissacris confracto corporis Domimci Sacramento, & ipse sumpsit, 18c aliis distribuit ad edendum ; mox equini liinnitus ad modumvocem emittens ad terram ruit, ac ípumas cum ipsa Mysteriisacri particula, quam dentibus comminuere notí valuit, sb orsprojiciens, inter manus suorum ab Ecclesia deportatur.

(h) Si le châtiment de ce Prêtre est bien véritable, il faut a.voiier que la vengeance divine est beaucoup plus indulgente au-jourd’hui qu’elle ne l’étoit alors.

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