DES SUPERSTITIONS. íìí
dans l’Afrique feulement : un qui est accordé aux Ré-férendaires de l’une & de l’autre Signature, pour endire, ou en faire dire avant le jour, dont toutefois lePape Paul III. (a) leur ordonne d’user rarement &modérément : un qu'ont les Evêques (b) pour enfaire dire avant le point du jour, dans leurs voyagesfur des Autels portatifs. Enfin il y en a que quelquesautres Papes ont donné aux Prêtres tant aux Réguliersque Séculiers, pour en dire avant le point du jour,ou après midi.
Pie V. néanmoins a révoqué , cassé & ânnullé ,tous les privilèges d’en faire dire après midi , fousquelque prétexte, pour quelque raison , & à quel-ques personnes qu’ils ayent été accordés, soit par lesPapes, soit par leurs Légàts, soit par leurs Grands-Pénitenciers. On peut voir fa Bulle dans le secondTome du Grand Bullaire, & dans Quarenta. (c) El-le est du 2.9. de Mars i;66. Il ne dit rien à la vé-rité dans cette Bulle, des privilèges de dire la Mes-se avant le jour: Mais comme il déclare que ceuxde la dire après midi sont contraires à 1’ usage del’Eglise, & aux Ordonnances des Saints Peres ; ilest à croire qu’il ne penscroit pas autrement de ceuxde la dire avant le jour. De sorte que c’est allercontre l'usage de l’Eglise & contre les Ordonnan-ces des Saints Peres, que de la dire, ou avant lejour, ou après midi.
Ceux-là seroient coupables de superstition qui af-secteroiënt de dire la Messe, ou de la faire dire lanuit, & qui s’imagineroient qu’elle auroit plus deVertu & d’efficace, étant dite la nuit, que si elleétoit dite le jour, sous prétexte que le Fils de Dieul J a instituée Sc l’a dite la nuit; Car ils contrevien-draient à l’usage de l’Eglise , qui a jugé plus àpropos de la dire le jour , que la nuit, quoi quele Fils de Dieu l’ait instituée & l’ait dite la nuit ;comme elle a trouvé qu’il étoit plus de la bien-séance d’obliger les Fidèles dé communier à jeun, quede communier après avoir mangé, bien que les Apô-tres ayent communié la prémiere fois de la main duFils de Deu, après la Cène légale, & par conséquenta près avoir mangé.
La Messe de mi-nUit est donc aujourd’hui la feulequi se puisse dire régulièrement la nuit. Elle estd’ancienne institution; mais il ne laisse pas pour celade se commettre beaucoup de Superstitions à son su-jet. En voici quelques-unes.
1. Faire boire les chevaux &les bestiaux âu retòurde la Messe de mi-nuit, avant que d’entrer dans lâchambre où l’on couche » & avant que de parler àPersonne, afin de les guérir, ou de les préserver dut^al de . . .
r. Garder du pain-beni de la Messe de mi-nuit, &ìe porter sur soi, pour n’être point mordu des chiensenragés.
En certains lieux les Bergers & les Bergeres s’ërn-P r essent à qui ira le prémier, ou la prémiere,à l’Of-jèrte de la Messe de mi-nuit, dans la créance que ce-'Ui q u i i ra i e prémier, ou celle qui ira la prémiere ,^pra cet te année là les plus beaux agneaux de la Pa-lisse ; ce qui est une vaine observance, une obser-vée des jours, & une observance des choses sa-Cr ée$.
4 > En d’autres lieux, chés les Laboureurs, le pre-mier de la maison qui revient de la Messe de mi-nuit,Ptend une pélée de cendres, & la met à part; le pre-mier qui revient ensuite de la Messe du point duJour, gc le premier qui revient de la Messe du jouretl font de même ; puis ils mêlent ces trois pélées deCendres avec le blé qui doit être semé aux semailles
(*) BuUa rit. §. if- Indulto celebrandi, íèu celebrari faciendi
'ydiem, parcè utantur.
Yl Ex Glossa in cap. ultim. de Privileg m 6.c] "J In Sum. Bullar. V. Missa. Hoc ab antiquo Catholicae Ec-taris instituto sanctorumque Patrum decretis deviare cqnside-
Tome II,
prochaines j & s’imaginent que cela empêche la brotie-re, comme ils rappellent, c’est-à-dire, la nielle, oul'ivraie, qui rend les blés noirs, auffi-bien que lèpain qui en provient. Ce qui est auísi une vaineobservance & une observance des jours.
5; Il y en â qui pour le même effet & dans la mêmevûê, serment la porte du logis fur eux ; au retour dela Messe de mi-nuit, ramassent les cendres du trésorierde la bûche de Noël, & les mêlent avec les grainsqui doivent servir l’année suivante pour ensemencerles terres.
Ce seroit un culte tout-à-sait illégitime de dire làMesse & de consacrer le corps Sc le sang de Jesus-Christ le Vendredi Saint; La Tradition de l’Eglisey est contraire, comme il est marqué dans le CanonSabbatho , (d) qui est du Pape Innocent I. ( e ^ J ra .ditio Ecclejtit habet ìflo biduo ( c’est-à-dire, le Vendre-di & le Samedi Saint ) Sacramentel penitus non celebrari.Cette Tradition est attestée par le 16. Concile deTolède, (f) en 693. qui ordonne qu’on dira tous lesjours la Messe pour le Roi d'Espagne Egica, & pourtoute fa famille, excepté le Vendredi Saint, qui estun jour où il n’est permis à personne de célébrer lesMystères sacrés. Elle est encore attestée par les(g) Auteurs qui ont écrit des Offices de l’Eglise.Durand (b) en rapporte ses raisons, - & P Auteur de lâGlose du droit Canon (i) en p’arle conformément àRabân, & à l’Ordre Romain (£_) : car cet Ordre(l) témoigne positivement qu’on ne dit point la Mes-se le Vendredi, ni le Samedi Saint , & DominiqueSoto (m) assure, que ce seroit un péché mortel de lâdire le Vendredi Saint, parce que ce seroit contreve-nir aux usagés 8 c aux cérémonies de l’Eglise, qu’onest obligé de garder.
II est aussi défendu de la dire le Samedi, suivant léCanon Sabbatho ,- 1 ’Ordre Romain, & ces paroles del’Auteur, de la Glose du Canon vifiim 'Excipìtur etìamSabbatham fequens , quia potim refertur ad Dominicamfequentem , & ceux qui en disent de privées ce j our-la, (ce qu’ils ne devroient faire aU moins qu’aprèsl’Office solemnel de l’Eglise, & pour une cause né-cessaire) ne peuvent pas sc prévaloir des publiquesque l’on y dit : parce que ces dernieres ne lont pasà proprement parler, du Samedi Saint, mais de lânuit suivante , comme le (n) remarque le CardinalBoná, 8 c qu’elles regardent déja la Résurrection duFils de Dieu comme présente; En effet dans la pre-mière Oraison de cette Messe il est sait mention dela nuit & de la Résurrection du Fils de Dieu tT>eus qui hanc fitcratijstmam noElem gloricl Dominìca.Rejurreílìonis illustras. Dans TEpître, F Apôtre saintPaul nous exhorte à la Résurrection spirituelle : Siconfurrexifiis cum Christo qua fursttm Jhnt quœrìte.Après l’Epître on chante l’ jilleluia, qui est une mar-que de la joie que l’Eglise commence à ressentir de
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(d) De coníêcrat. dist. j;
(s) Epist. 1. ad Décent. Eugub. Epis.
(/) C. 8. Excepte Passionis DominicK die, quando altaria de-'nudata períistunt, nec cuiquam in eodem die Missarum licet íò-lemnia celebrare.
(?) L. ». Instit. Cleric. c. ;6. In hac die (dit ttabm) Sacra-menta penitùs non celebrantur, íèd Eucharistiam in Coena Do-mini coníècratam peracto Officio Lcctionum Sc Orationum, Scíànctse Crucis íàlutatione reíumunt.
{h) L 6 . Rational. c. 77. n. zr. & íeqq.
(i) In can. visum, Dist. 1. ,
(k) Tit. Ordo iri die Parasceves. Excipitur íèxta séria ante P a -
scha in qua. secundùm Ordinem Romanum, non conficitursed oblatio prsecedentis diei cum vino sumitur. *
( l ) Feria sexta parasceves, qua; Sc sexta Sabbathi diestur Misfa non cantatur, sed neque in Sabbatho sancto, usq ue a ‘d vigiliasnoctis.
(m) In 4» dist- x;. q. 1. art. 2. Colligito peccatum esse mor-
tale in die Parasceves consecrare, arque adeo privatim celebrare:nam ester contradicere juttiflim» cseremonise Ecclelhe, quœ pluri-mùm refert. ’
(») L. 1. Rer. Liturg. c. 18. n. 5. Sabbatho íâncto lícst Míflànunc celebretur, ea tAwen agi solebat in noûe Resurrectionis,ad quam spectat, - - -
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