DES SUPERSTITIONS.
On peut néanmoins le faire ailleurs lorsqu’il y a né-cessité, pourvu que ce soit du consentement & âvecla permission du Pape ou des Evêques» Car en cecas il n’y a nulle contravention aux réglés de l’Egli-se, nulle superstition de dire la Messe sur un Autelportatif, soit en pleine campagne, ou sous des tentes,au milieu d’un camp, soit dans des cryptes, ou lieuxsoû-terrains, soit dans des prisons, ou dans des maisonsparticulières, comme on saisoit du tems des persécu-tions, comme on a fait depuis, & comme on faitencore aujourd’hui en Angleterre, en Ecosse, en Ir-lande , en Hollande, & en beaucoup d’autres endroitsoù l’exercice public de la Religion Catholique n’estpas permis.
Saint Basile (a) parle de cette nécessité dans ses pe-tites Régies, ensorte toutefois qu’elle n’empêche pasqu’on n’offre le Sacrifice dans des lieux fort nets, &fort propres. „ La même raison ( dit-il) qui ne per-„ met point d’apporter dans le Sanctuaire des vases-, profanes, défend aussi de célébrer les saints Mysté--, res dans les maisons des particuliers. Car si Dieu ne-, permettoit pas dans l’Ancien Testament d’en user„ ainsi; Jesus-Christ a dit dans l'Evangile, (b) que-, celui qui est ici est quelque chose de plus grand», que le temple de Salomon. Et saint Paul a dit„ aussi, (c) N’avez-vous pas vos maisons pour y„ boire, & pour y manger, &c. C’est ce qui nousi, enseigne d’une part à ne pas boire & manger dans», fEglise, & à ne nous point servir de l’Eglise,», pour y prendre nos repas ordinaires, Se ce qui nous3 , montre de l’autre à ne pas déshonorer la Cène de„ notre Seigneur en la mangeant dans nos maisons , si„ ce n’eíl dans une nécessité pressante ; & en ce cas-là„ il faut choisir un lieu fort net & une maison fort„ propre, pour nous en servir dans une occasion con-„ venable à la sainteté de ce Mystère” : Mais le Ca-non Confecrationem , (d) 8c le Canon ficut , (e) en par-lent encore plus positivement. Le Cardinal Bona (f)apporte beaucoup d’exemples anciens des Messes quife sont dites en divers lieux, hors des Eglises, & furdes Autels, & fans Autels.
Philostorgius, (g) 8c Nicéphore Calliste, (b) ra-content du Martyr saint Lucien, qu’étant en prison,chargé de chaînes, couvert de blessures,fans pouvoirfe remuer, & n’ayant point d’Autel, il consacra leCorps 8c le sang de Jesus-Christ fur son estomac, secommunia soi-même, & communia ceux qui étoient3vec lui en prison.
Théodoret raconte aussi (i) qu’ayant fait apporterdes vases sacrés dans la cellule du divin Maris, com-
Sulariter ordinato, tenente videlicet civitatem, coníècrata fuerint.Aliter enim non sunt hxc agenda, nec rite celebranda.
(«) Quaest. j io.
U) Matth. IL. 6.
( c ) i. Cor. n. 2î. 23.
(d) Loc. cit.
, <>) Loc. cit. Confecrationem Ëcclesiarum (dit le premier) &,'flàrum celebrationes, non alibi quam in sacratis Domino la»£ ls > abíque magna neceffitate fieri debere liquet omnibus quibus* Ut >t nota veteris & novi Testamenti proecepta. Et le second : Sicutt 0:i alii, quàm íacrati Domino Sacerdotes debent Miílàs canta-E> nec facrisicia super Altare osserre; fl c nec in aliis quàm Do-sacratis lotis, ist est, in tabernaculis divinis precibus à^.outifleibus delibatis, MilTas cantate, aut Sacrifieia offerre licet» l ‘ l fumma coëgerit nécessitas. Latins ergo est Missam non can-aut nonaudire, quàm in illis locis, ubi fieri non oportet:pro fumma contingat neceffitate: quoniam nécessitas legemQ J>habet.
y) L. i. Rer. Liturgie, c. 14. n. 1. 8cc. 19. n. z.ij) L. 2. hist. Eccl. c. 14.
t d h ), L. 8. hist. Eccl. c. 31.De eo Martyre (dit Hicephore) ílludt déeantatum, eum jam moriturum, cùm vis tyrannica nequejjj^Pli, neque íàcrarii copiam faceret, 8c vincula quoque atquemotum prorfus denegarent, in flio ipflus pectore discum-diim 201 ^orrendo illo operatum esse Mysterio, ad eumque mo-to, à ipfum participasse de immaculato Sacrificio, 8t aliis utÇ tjciparcnt mandasse. Sacrum illud in carcere perficiebatur, 8c■ ss"cimen facer ille chorus reprassentabat, qui eum tan-í am morientem stipabat,
Wìi tv or - Religio. c. 20. Juffi sacra vaia afferri, 8c pro altarituli sacrifi 0110rum maaibus » wyiìicum, divinum & salutare ob.
me il l’appelle, ï)ìvtms Maris, Reclus dé 37 . ans, iloffrit le Sacrifice fur les mains des Diacres, faute d’Au-tel.
Saint Antòriitt, (kj lé Docteur Návárrè, (/) &quelques autres Théologiens & Canonistes estimentqu’en quelque nécessité qu’on fe trouve il n’est paspermis de dire la Messe fur la mer ni fur les rivières,lorsqu’il y a danger que l’agitation du vaisseau ne ren-verse le calice & ne fasse répandre le sang précieux duFils de Dieu. Mais Durand (m) croît qu’on l’y peutdire lorsqu’il y a nécessité. Saint Vulfran, Arche-vêque de Sens l’y dît en nâvigeant en Frize, selon lerapport de Jonas, Moine de Saint Wandrille, dans favie; (») & l'usage d’aujourd'hui est de l'y dire, lesvaisseaux étant à l’ancre & hors de péril ; quoique leConcile de Trente, ( 0 ) auquel on a dérogé en cepoint, défende absolument de la dire, hors des Egli-ses & des Oratoires uniquement destinés au culte deDieu. Sigebert (p) 8c saint Antonin (q) rapportentque saint Malo, ou Maclou, la dît un jour en pleinemer fur le dos d’une baleine, qu’il prît pour une Iste.On peut donc fans scrupule, 8c sans crainte de tomberdans la superstition, dire la Messe sur mer& sur terre,hors des Eglises, des Chapelles & des Oratoires,pourvu que ce soit à ces quatre conditions» Premiere*ment, dans un lieu propre, honnête & décent. Se-condement', fur un Autel portatif. Troisièmement,qu’il y ait une vraye nécessité, au moins morale, dele faire. Quatrièmement, que ce soit avec la permis,sion du Pape, ou des Evêques. Autre chose seròit sil’on assectoit de la dire plutôt dans une Eglise quedans l’autre, plutôt fur un Autel que fur l’autre, dansla pensée qù’elle seroit plus efficace & de plus grandsecours pour les vivans & pour les morts. Les Autelsprivilégiés néanmoins semblent favoriser cette prati-que, qui me paroît une vaine observance, & une ob-servance des choses sacrées. Mais nous examineronsdans la troisième partie de cet ouvrage, ce qu’on dit,& ce qu'on croit ordinairement de ces Autels, lorsquenous traiterons des Superstitions qui regardent la Pé-nitence & les Indulgences. ^
CHAPITRE VII.
Des Superstitions qui regardent le nombredes Meílès qu’on peut dire.
Autrefois les ‘Prêtres pouvoìent dire plu-sieurs Mejfes en un même jour. Preuves& exemples de cela. A présent ilsfer oientsuperstitieux s’ils en dìsoient plusieurs , àmoins que ce ne fût le jour do Noêf oules ‘Dimanches & les Fêtes , lorsqu'ilsdesservent plusieurs Paroisses. Raisons dePierre le Chantre , pour faire voir qu'illeur suffit d'en dire une par jour. Jl n'y apoint de superstition dans le grand nombrede Messes qui fe disent aujourd'hui dansl'Eglise. Sentiment des Ecrivains Ecclé-
(k) In Sum. 3. p. Tit. 13. C. 6. §. 4.
(/) Enchirid. c- zf. n. 82. In Mills neceffitate (ditsaint Anto.nìn) licet celebrare in mari, vel super fluvium, ubi probabilitertimeturde effufione sanguinis, propter agitationem navis.
(m) L. 4. Ration, c. i.n. 41. Potest esse nécessitas ut dicatur
in mari. ..
(n) Apud Bolland 20. Martin
(0) Sess. 22. Décret, de Obíèrvand. & vitand. in célébrât. MissNéve patiantur Ep’fiopi privatis in domibus, atque omnino extraEcclesiam, 8c ad divinum tantum cultum dedicata Oratoria, san-ctum hoc sacrificium a Sascularibus, aut Regularibus quibuseum-que peragi.
(p) Epist. ad Tietmar. Abbat.
(q) Supr. 2. p. Tit. 12, c. 8. §. f,
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