D E S SUPÈRSTÍÏÌOHs.
ï
8. (a) Cette même parole étant d’autant plus pré-cieuse qu’elle est rare, nos Mystères font d’autantplus estimés qu’on les célébré rarement, & ils ne de-viennent vils que lorsqu’on les célébré fréquemment.
9. (b) Si P Agneau Paschal, qui devoit être uniquedans chaque maison, ne s’ossroit au Seigneur, nis’im-taoloit, & n’étoit mangé à la hâte qu’úne feule fois àPâques : comment les Prêtres osent-ils, pour de l’ar-gent, doubler, tripler, & multiplier avec irrévéren-ce la vérité de la figure? je veux dire, le corps deJefus-Christ qui étoit figuré par l’Agneau Paschal, vuque ceux qui rendent encore ùn culte au tabernacle cor-porel , n ont pas pouvoir de manger de cet Autel.
10. (c) Si. le Grand-Prêtre de la Loi n’entroit avecdu sang qu’une fois l’anrtée dans le Sanctuaire, & qu’u-fte fois tous les jours avéc de l’encens dans le Saint :comment les Prêtres Evangéliques chargés de péchésónt-ils la hardiesse d’entrer deux fois le jour dans leplus Saint de tous les lieux Saints, & de traiter avec fipeu de respect 8 c de crainte ( patce qu’ils y entrentsouvent) les gages célestes de l’amour de Dieu, fanssang & fans encens.,
11. (d) Si darts le saint Ordre des Chartreux on nédit la Messe que les Fêtes & les Dimanches, avecstuelle témérité des Prêtres souillés de crimes peu-’vent-ils traiter avec si peu de respect ( parce qu’ils lefont deux fois le jour) nos Mystères les plus terribles.
12. (e) Un bon Prêtre considérant que notre Sei-gneur avoir été mis le Vendredi Saint dans un tom-beau neuf & un linceul propre, fans changer de placé& fans en sortir que le Dimanche de sa Résurrection,se résolut de ne dire la Messe que deux fois en troisjours, laissant un jour d’intervalle entre les deux, pourpurifier son linceul, c’est-à-dire, fa conscience parleslarmes de la pénitence, afin de réfufciter le troisièmejour, & d’oft'rir le sacrifice avec plus de serveur & dedévotion. Les autres Prêtres ne devroient-ils pas fai-
la même chose à son imitation ?
15. (f) Si quand on jeûne, on fe contente d’ap-Procher une fois le jour de la table corporelle, ne dóit-°n pas Rapprocher encore plus rarement de la tablespirituelle.
Enfin (g) ceux qui disent la Messe deux & troisfois le jour expliquent mal en leur faveur ces parolesde l’Oraison Dominicale: Donnez, nous aujourd’hui no-tre pain de chaque jour. Car outre que le Fils de Dieune dit pas, Dor.nez.-mus aujourd’hui deux fois notre
. (a) Iti illo tempore erat scrmo Dominì pretiosus, quia rarus;P a 8t confectio Eucharistie quia rara: sed nunc vilisj quia toties
l( erata.
{b) Hebr. 13. 10. Si m figura unicus Agnus immolatus in u-? lc a domo, unica vice in Pascha Domino offerebatUr, imrnola-sstur, totus comedebatur, 8c festinanter, tu peccator quomodo^des irreverenter & assidus ipsam veritatem figura; duplicare, tri-Mcare, multiplicare sub nota Lc specie venalitatis, cum de hoc*hnri non habeant edere qui tabemaculo corporis defirviunt l(c) Si legalis Sacerdos semel in anno cum sanguine intrabat inSan cta Sanctorum, semel quotidie cum incenso in sancta: quo->do tu peccator Sacerdos Evangelicus quotidie, 8c ( quod abo-^riabile est) bis in die intrare audes in Sanctiffima Sanctorum,^nium Sanctorum Sancta, 8c cœlestia pignora sic irreverenter„ minus timoratè, quia astiduè, 8c forfait sine sanguine 8c irt-Ce ns 0 j
r jf) Si íànctus Ordo Carthusiensium non nisi in festis 8c pro-duis , spiritual! officio intitulatis, audet conficere: quomodo tustator Sacerdos, intrepidus audes tam sancta irreverenter ( quials 'n die ) tractare ?
p v) Quidam justus advertens 8c considerans quód Dominus inex ta fe r i a positus fuit in monumento novo 8c sindone munda,j ec nrutavit sepulcrum, sed quievit in illo per Sabbathum totum ,Oominica 8c tertia die surrexit, proposait quòd tantùm in ter-0 die conficeret, uno die, quasi requiei intèrposito, in quonndaret sindonem suam, id est, conscientiam lacrymis 8c pœ-j,j te ntia, ut fortius 8c devotiùs reíûrgeret in tertia die ad corpo-j? Domini confectionem. Voilà ce qui s’appelle un rafinement detìev °tion. ^
(f) Si i n jejunio semel tantùm in die acceditur ad mensamstoralem, q Ua ntò m agi s ad mensam spiritualem ?q!£) C. 6 . Quidam malè interpretantur illum locum Dominicae^t'onis; p anem no j} rum quotidianum da nobis hodie. Non ait,Amodie. Matthreus interpretatus est sic: Fanem nostrum supersub-ï f .f' a ì lem - Quem non supersubftantialem Lc quotidianum faciurit,
vilem, quantum in fe est, 8c yenalem, biduatium Lc triduanum.
■* orne II. "
pain de chaque jour : ce pain s’appelle supersubjlantieldans saint Matthieu, 8 c ceux qui le consacrent deux8c trois fois le jour, l'avilissent autant qu’ilesten eux.
Plusieurs de ces raisons combattent le grand nombrede Messes qui fe disent aujourd’hui dans l'Eglise. Enfera l’applicarion qui voudrai pour moi je me con-tente de dire, qifil semble qu’on auroit plus de vé-nération pour l’auguste sacrifice des Autels, si on lécélébrait plus rarement, & si on diíoit moins déMesses qu’on n’en dit depuis quelques siécles. Troisconsidérations me sont entrer dans cètte pensée.
ï. Plus les choses sont rares,plus elles sont précieu-ses. Cette maxime est universellement reçue, 8 c l’ex-périence même nous en convainc. L’abondance ( ditTertullien) (h) est toujours préjudiciable à elle-mê-me. On souhaite avec plus d’ardeur, dit s a ] nt Jérô-me, ( i) ce qui est plus rare. C’est pour cela quésaint Augustin (k) allure, que Dieu nous a voulutoucher par des prodiges extraordinaires, parce quéles miracles ordinaires, quoique beaucoup plus surpre-f>nans, nous paraissent méprisables, lorsque nous les a-vons fans cesse devant les yeux. Encore que cèsoit un plus grand miracle de nourrir tous les hom-mes, que d’en rassasier cinq mille de cinq pains & dédeux poissons, comme a fait notre Seigneur Jefus-Christ , personne cependant ne s’étonne du premier*& tout le monde est surpris du dernier : (7) non par-ce qu’il est plus grand, mais parce qu’il est plus ra-re. Enfin Dieu n’a pas voulu que cette grandemultitude de miracles qu’il a opérés à là naissance dél’Eglise, dufât toujours, de crainte qu’étant si com-muns, (m) les hommes ne les reçussent froidement, aúlieu qu’ils les avoient reçus ávec beaucoup de chaleurlorsqu’ils étoient tout nouveaux.
Si donc ce qui se fait rarement est plus précieuxlorsqu’il se sait, pour user des termes d’AmalairèDiacre de l’Eglise de Mets (n ), n’est-il pas vrai dedire qu’on aufoit plus de respect 8 c dé vénération,pour le sacrifice du corps & du sang du Fils deDieu, si on le célébrait plus rarement quson ne faitdans la plupart de nos Eglises ? ,, C’est la penféé„ du dévot Auteur des livres de l’Imitation de Jefus-,5 Christ. (0) O aveuglement (dit-il)ó dureté du„ cœur humain ! de faire si peu de réflexion fur uri„ don si ineffable, 8 c de s’y accoutumer de telle sor-„ te par l’usage qu’on en fait tous les jûurs, qué l’on„ tombe ensuite dans l’inattention 8 i dans l’indifféren-„ ce. Car si ce Sacrement très-auguste ne fe célébrait„ qu’en un seul lieu, 8 c qu’il ne fût consacré que paf,, un seul Prêtre dans tout le monde, quel respect les„ hommes n’âuroient-ils point en ce lieu pour assister„ à la célébration des saints Mystères”? C’est danscet esprit que saint Odon, second Abbé de Cluni,témoigne dans ses Conférences, (p) qu’au commen-cement de l’Eglife on ne diíoit pas si souvent la Mes-se qu’on sait à présent, mais qu’on la disoit avec d’au-tant plus de dévotion, qu’on la disoit rarement : Etqu’aujourd’huí à la vérité on la dit plus (q) fréquentment, mais auísi ce qui est tout-à-fait déplorable *
qu’ort
(h) L. de habit. muli. c. 7. Semper abundantia contumeliofà ínssemetipsa est.
(2) Advers. Vigilant. Ardentius appetitur quidquid rarius est*
(k) L. 10. de Civit. Dei c. 12. 8t Tract. 10. in Johan. Mirabi-lis visibiiium náturarUrn videndi asfiduitate viluerunt j cum i n u fi.;tatiffimis rarissimisque majora íint.
(l) Hoc riemo miratur; illud mifantur hommes , non q u J a
líiajus est, sed quia rarum est. ■*
(m) Ne eorum consuetiidine frigesceref genus humanum q u •
rum novitate flagravit. C’est pour cela qu’on peut douter d’unJbonne pártié des miracles des derniers liecles. c
• (») L. z. de Ecclesiast. offic. c. 4°. Quidquid rarò fit pretic*
sius fit, cum fat. r
(0) L. 4. c. f.
(?) Quod Myterium primordiis Éccìefia; non tarir fréquenterút nunc, ce e ra ur. tamen quantò rarius, tantò religioíius a-
gebatut.
(gi) At nunc valde quidem, valde frequentius, sed , quod «14nus dokndum est ncgligentius frequeritatur,
li