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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS

sincère & désintéressé , & de ne pas gémir devantDieu dans la vue des abus que produit le grand nom-bre des Messes qui se disent aujourd’hui dans lesCommunautés Ecclésiastiques 8 c Régulières, dans lesParoisies & ailleurs. Alvarés Pélagius (a) parle deces abus en ces termes : II se dit à présent tant deMesses pour de l’argent, par coutume , par habitu-de , par complaisance , pour mieux couvrir ses cri-mes , & pour se justifier devant le monde, que le sacrécorps de Jesus-Christ devient méprisable 8 c au peuple& au Clergé. On n’est que trop persuadé de ce quedit cet Evêque si savant 8 c si zélé pour la bonne dis-cipline de l’Eglise : car combien y a-t-il de Prêtresqui étant engagés dans des habitudes criminelles , nelaissent pas pour cela de dire souvent , de dire mêmetous les jours la Messe , par une pure hypocrisie,four mieux couvrir leurs crimes , & se justifier devant lemonde ? Combien y en a-t-il qui ne la diroient pas enbeaucoup de rencontres , parce qu’ils ne font pas assezbien disposés , s’ils n’avoient point de complaisancepour leurs amis , pour leurs Supérieurs , pour lesGrands ? Combien y en a-t-il qui regardent le Sacer-doce comme un (b) métier, qui vont à F Autel com-me les artisans à leur ouvrage , fans attention à l’ex-cellence de la divine hostie qu’ils doivent immoler,fans réflexion fur la sainteté de leur caractère & de leurministère , sans retour fur l’état de leur conscience,sans épreuve d’eux-mêmes , fans préparation , fanspieté, fans ferveur, fans frayeur? Et quel fruit, jevous prie, peuvent-ils tirer de leurs sacrifices?

L’argent n’est-il pas souvent la principale fin qu’uneinfinité d’autres fe proposent en disant la Messe?Combien ceux qui la disent par un principe de dévo-tion sont-ils en petit nombre ? Combien peu y en au-roit-il qui la diroient s’ils n’en efpéroient quelque ré-tribution ? La rétribution sert à les faire subsister, àpayer leurs pensions dans leurs Communautés. Qu’ilssoient en état de la dire , ou qu’ils n’y soient pas,Cest de quoi on ne fe met pas fort en peine. Il fautqu’ils la disent, parce qu’il faut acquitter les chargesde leurs Communautés ou de leurs Sacristies. S’ils nela disent pas , il n’y a ni paix , ni pain , ni portionPour eux. Ce n’est donc que par intérêt qu’ils la di-sent. Ils n’ont point d’autre Dieu en la disant que lePieu Teflon , pour me servir de l’expreflion de Mr.Hourdoise, parlant des Ecclésiastiques qui n’affistoientriix Offices divins que quand il y avoit quelque cho-se à gagner : Deus Tejloms efi Deus eorum. Et de cemauvais motif combien d’irrévérences , de profana-tions , de sacrilèges ?

Ne fait-on pas encore un honteux commerce desMesses en plusieurs maniérés ? Il y a des Prêtres quis ’en chargent d'un plus grand nombre qu’ils n’en sau-r °ient dire , & ou ils ne les disent point du tout,vu ils les font dire par d’autres Prêtres à qui ils don-nent moins qu’ils n’ont reçu pour les dire : pratiquePositivement condamnée par le Decret De celebratione^ifíirum , de la Congrégation des Cardinaux (c) In-terprétés du Concile de Trente , du z i. Juin 162,5.uont voici les termes ci-dessous.

La même Congrégation (d) s’est expliquée avec au-

(*) Loc. cit. Tot hodie dicuntur Miss* quasi quaestuarix , velc °nsuctudinarix ; vel ad complacentiam , vel ad scelera coope-veucht, vel ad propriam justificationem , quòd apud populum ScC hrúm sacrofanctum corpus Domini jam vilescit.iM) Ce défaut régné dans toutes les Communions ou SectesSyétiennes. On /en plaint également chez le Catholique 8c1 "L?, le Protestant. Or comme dans tous les siécles St dans tousPais les hommes ont toujours été Sc feront toujours les mê-> il y a apparence que ce défaut régnera toujours plus ou^oins selon que la discipline aura plus ou moins de vigueur.qM Apud Bassxum in florib. Theolog,pract. V.Mifla vit. n. 8.

^ne damnabile lucrum ab Ecclesia removere volens sacra Con-jpgatio, prohibet Sacerdoti, qui Missam sufeepit celebratidam,certa eleemosina * ne eamdem Missam alteri, parte ejusdem, c ®osm* sibi retend, celebrandam committat.

(*) Ibid. An Sacerdotes , quibus aìiquando offertur elcemosy-• a major soli ta pro celebratione Miss® , debeant dare eamdem*‘ e gram eleemosynam iis quibus Miifas cekbítòdas commit-

tant de clarté fur cette question , lors qu’étant con-sultée , si les Prêtres qui ont reçu une rétribution plusgrande que l’ordinaire pour une Messe, sont dans l’o-bligation de la donner toute entiere à ceux à qui ilsfont dire cette Messe , ou s’il ne suffit pas qu’ils leurdonnent la rétribution qu’on a accoutumé de donner ?Elle a répondu, (e) qu’il falloit absolument leur don-ner la rétribution toute entiere , & qu’on ne pouvoiten retenir quoi que ce soit.

U se trouve d’autres Prêtres qui tirent plusieurs ré-tributions d’une même Messe; d’autres (ce qui arri-ve assez fréquemment dans les grandes villes, qui di-sent deux Messes par jour en deux dissérentes Egli-ses, afin d’avoir deux rétributions; d’autres qui pren-nent plus pour une Messe, que la coutume des lieux,ou la taxe des Diocèses ne leur permet de prendre ;d’autres qui disent des Messes par anticipation, quandpersonne ne leur en a demandé, pour les premiers quileur en demanderont dans la fuite. Enfin en certainesEglises on prend au moins dix fols pour la rétributionde chaque Messe, & en d’autres on en prend au moinsquinze^; cependant ou l’on en prend au moins dix,on n’en donne au plus que huit aux Prêtres qui lesdisent, & ou l’on en prend au moins quinze , on neleur en donne que 10. 11. 12. ou q, au plus. Je fatbeaucoup d'Eglises riches & aisées ou cela se sait sousprétexte qu’on y fournit de Ministres , de pain , devin , de luminaire & d’ornemens pour dire les Mes-ses. Cela est défendu néanmoins par la Congrégationdes Cardinaux (f) qu’on vient de citer.

Si l’on pésoit bien ce honteux commerce deMesses , & les mauvais motifs qui portent à en tantdire aujourd’hui dans nos Eglises , je ne fais pas dedoute qu’on n’y remarquât beaucoup de faux culte,de culte indu & pernicieux. Dieu me préserve tou-tefois de croire que la multitude des Messes soit su-perstitieuse de soi. „ Parce qu’on en dit plusieurs„ tous les jours , c’est en cela même (comme parle,, l’Auteur de limitation de Jesus-Christ (g) ) que„ Dieu fait éclater fa grâce & l’amour qu’il porte aux„ hommesd’avoir voulu qu’il y eut plusieurs Prê-„ tres , & que son fils unique fut offert en beau-,, coup de lieux, pour étendre ainsi la communion de,, son saint corps dans toutes les parties du mondeMais auffi ne puis-je m’empêcher de désirer, avec ar-deur qu’on remedie aux abus qui naissent de cettemultitude de Messes, & qui défigurent l’Eglise.

Pierre le Chantre {h) estime que pour en arrêterle cours il faudroit qu’il y eut peu d'Eglises & peud’Autels dans les Eglises ; qu’on ordonnât peu dePrêtres ; que ceux qu’on ordonneroit , on les ordon-nât avec choix ; & qu’on choisit aussi avec beaucoup

de

tunt : an verò satis sit, ut dent celebrantibus eleemosynam Con-suetam ?

(e) Debere absolutè integram eleemosynam tribu ère Sacerdoticelebranti, nec ullam illius partem sibi retinere posté.

(f) Voici la question qui lui a été proposée : Ibid. Quxritur

an permittendum, sit administratoribus Ecdefiarum , ut retineantaliquam eleemofynarum portionem , pro expensis manutentionisEeclesi*, Altarium, infervientium, paramentorum , Juminum ;vini, hostiae , 8c similium ? Et -voici la réponse qu elle y a faite íA d íèptímum reípondit sacra Congregatio , permittendum noneste ut Ecclesi* , ac loca pia , feu illorum administratores , exeleemofynis MiíTarum celebrandarum ullam , utcumque minì-mam, portionem retineant , ratione expensarum quas íubeunt inMissarum celebratione, nilï cum Ecclesia:, vel loca ipsa alias nonhabent reditus , quos in ufum earumdem expensarum erogare li-cite poíïmt , & tune , quàm portionem retinebunt, nullatenusdebere excedere valorem expensarum , qu* pro ipsomet tantùmMiss® sacrificio necessariò sunt subeund*, Sc nihilominus eo eti-am casu curandum esse, ut ex pecuniis, qax iupersunt ,. expen-sis , ut supra , deductis , absolutè' tot Miss* celebrentùr quotprsescript® fuerint ab offerentibus eleemosynas. ’ ^

(g) L .4.C. 1.

(h) In verb. abreviat. C. 19. Ad hune ftlorbum multipHcem(Jit-il) ab Ecclesia expellendum , unicum hoc credo esse -eme-dium, videbcet fa esset paucitas Ecdefiarum, paucitas in eisdemaltarium, paucitas St delectus Ordinatorum , delectus etíam or-dinatorum St admittendorum, msùper delectus maxime pragoistorum minorum Sacerdotum.

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